De Guillaume de Sonnac à Wilhelm de Sonay,

une recherche sur les origines du Grand-Maître templier.

Par Jean François LAVRARD président de l'association Guillaume de Sonnac 

 

 

     Les provinces de Poitou et d’Anjou sont associées très tôt à la naissance de l’ordre du Temple. Guillaume IX fut le premier signataire, dès 1124, de la longue liste des dons faits au Temple en Occident (1), suivi, la même année de Foulques V d’Anjou (2). C’est d’ailleurs par l’Anjou et le Poitou, après sa terre natale, la Champagne, qu’Hugues de Payns commença sa tournée des provinces françaises pour implanter l’ordre en Occident (2). Le Poitou fut d’ailleurs l’une des premières provinces dans l’organisation du Temple avec un siège provincial à Poitiers, au même titre que la France, l’Angleterre, l’Aragon, le Portugal, les Pouilles et la Hongrie. Ceci est attesté dès 1139 dans la plus ancienne règle française qui nous soit parvenue (3). Le premier précepteur de Poitou-Aquitaine, Guillaume Guidaugier, nous est connu dès 1141 (4).

1 – Albon p.1 n° II

2 – Leroy p. 42

3 – Dailliez les règles p. 34

4 - Alias p. 211 n° 2197

  

     Selon toute vraisemblance, le Poitou était administré par les templiers autour de ses deux « Baillies » principales, Auzon près de Châtellerault pour la partie nord et La Rochelle pour le sud (5). Il nous reste quelques monuments témoins de la période templière dans la Vienne dont la chapelle de la commanderie d’Auzon qui est parvenue, presqu’intacte, jusqu’à nos jours, mais après de nombreuses vicissitudes (6). Habitant au pied de ce monument, j’ai très tôt été attiré par son histoire et notamment celle de l’un de ses précepteur, Guillaume de Sonnac qui s’est illustré auprès de Louis IX lors de la septième croisade (7).

        5 – Revue de l’Orient latin - Trudon p. 515 et 518

6 – Société des sciences de Châtellerault

7 - Biographie ou Wikipédia

 

 

 

     Avec le présent article, je voudrais vous présenter mes recherches sur l’histoire du Grand-Maître qui devraient intéresser particulièrement les amis du vieux Chinon. Cette présentation bouscule les données couramment admises sur le personnage et je tiens à vous montrer qu'elles reposent sur une enquête minutieuse qui nous a permis de réhabiliter le véritable nom du Grand-Maître et d'avancer sur la connaissance de ses origines, ce qui nous permet de mieux comprendre ses relations avec Saint-Louis, notamment durant la croisade.

 

     Après vous avoir brièvement présenté Guillaume de Sonnac en introduction, je vais montrer qu'il s'appelait en réalité Wilhelm de Sonay, qu'il n'était originaire ni du Languedoc, ni du Rouergue ou du Quercy comme on l'a cru jusqu'à présent, mais de la région de Chinon et des trois provinces qui lui sont contigües, la Touraine, l’Anjou et le Poitou. Nous verrons ensuite quelles sont les conséquences de ces nouvelles données sur le déroulement de la septième croisade.

 

 

 Guillaume de Sonnac

            

 

     Avant d’entrer dans le sujet, permettez-moi de vous présenter très sommairement notre Grand Maître :

 

     Sa date et son lieu de naissance ne sont pas connus, mais il a dû naître un peu avant 1200. En 1224 il est recteur templier de la commanderie d'Auzon (8). En 1228, il est précepteur de la même commanderie (9).

8 – AHP 1973 T. LIX p. 200-201 n° 124

9 – AHP 1923 T. XLIV p. 77 n° XXXIX

  

      Il devient maître du Poitou et d'Aquitaine de 1236 (10) à 1246 (11). Il effectue le « passage » en Terre Sainte en 1247 (12) et est alors élu Grand-Maître de l'Ordre, poste d'importance où on le voit côtoyer le roi Henry III d’Angleterre (13), le doge de Venise Jacob Teupolum (14), le patriarche de Jérusalem (15), Saint-Louis (16), la reine Marguerite de Provence (17), les frères de Saint-Louis, Robert d'Artois (18), Charles d'Anjou et Alphonse de Poitiers (19), Jean de Joinville (20), Henri Ier de Lusignan roi de Chypre (21), le sultan Al-Malik Ayyûb (22) et beaucoup d'autres…

10 – AHP 1872 T. I p. 105-106 - BN n.a.l. 37 folio 415

11 – Teulet 1866 T II p. 622 n° 3523

12 – Bulst Thiele – p. 248

13 - Bulst Thiele – p. 247

14 - Bulst Thiele – p. 248-249

15 – Matthieu Paris – T IV p. 640

16 - Bulst Thiele – p. 250

17 – Gestes des Chiprois n° 262 p. 741 et Société de l’histoire de France, règle catalane n° XLV p. 207

18 - Bulst Thiele – p. 252-253

19 – Michaud et Poujoulat T I p. 351 (conseil de Louis IX après l’arrivée d’Alphonse de Poitiers).

20 – Wailly Joinville chapitre L p  136 n° 245

21 - Gestes des Chiprois n° 262 p. 741

22 – Paulin Grandes chroniques de France chap. XLVII p. 304

 

      Il participe lors de la septième croisade (la première de Saint-Louis) à la terrible bataille de Mansourah en Egypte (18).

 

      A Mansourah, son altercation avec Robert d'Artois est restée célèbre (23). Robert voulait attaquer de suite les sarrasins qui venaient de subir une première défaite. Guillaume était d'avis d'attendre que la troupe ait terminé de passer le gué, selon les ordres du roi. Les insultes fusent et, pour ne pas être déshonorés, c'est à qui montera le premier à l'assaut. La garde du sultan menée par Baïbar se ressaisit et massacre tous les chevaliers entrés imprudemment dans Mansourah. Robert d’Artois est tué et Guillaume fait partie des très rares survivants, mais il a perdu un œil dans la bataille. Il mourra glorieusement au combat trois jours plus tard, le 11 février 1250, après avoir perdu l’autre œil.

23 - Matthieu Paris – T V p. 147

 

      Voici, très résumée, la vie de notre héros que vous pourrez découvrir plus en détail au chapitre douze du livre que j’ai écrit avec Robert Ducluzeau. Mais revenons à nos recherches sur les origines du Grand-Maître.

 

 

  

I - Les historiens ont tenu pour acquis le fait que notre

Grand Maître était nommé Guillaume de Sonnac

 

 

 

      J'ai recensé 44 textes chez les chroniqueurs du Moyen-Age qui concernent les templiers lors de la septième croisade (24), dont la célèbre bataille de Mansourah. La liste sommaire de ces textes est citée en note mais il serait trop long, bien que passionnant, d’en comparer les différentes versions. C’est à partir de ces chroniques que nous pouvons établir la biographie de Guillaume de Sonnac, mais uniquement à partir du moment où il fut élu Grand-Maître.

24 – liste en annexe 1

            

     Le fait que l'ensemble des auteurs appelle notre homme « Guillaume de Sonnac » est dû au livre écrit par Jehans de Joinville : « des saintes paroles et des bons faiz nostre roy saint Looys

 

      Jehans de Joinville fut le biographe de Saint-Louis pendant la septième croisade. Il est issu de la haute noblesse champenoise. Il fut sénéchal de Champagne et se croisa en 1244. Il devint conseiller et confident de Louis IX et négocia la reddition en 1250 après Mansourah. Il refusa de se croiser à nouveau en 1270 (huitième croisade) et meurt en 1317, âgé de 93 ans ! (25)

25 - arlima.net

 

      Son ouvrage lui a été commandé par la reine Jeanne de Navarre, épouse de Philippe le Bel, 50 ans après les faits. La seconde partie de l'ouvrage décrit en détail le déroulement de la septième croisade et sa prolongation en Terre Sainte à partir des notes que Joinville avait rédigées sur place.

  

     Joinville ne cite le nom de Guillaume de Sonnac qu’une seule fois, au chapitre LIV. Les autres fois où Joinville parle de Guillaume, il emploie les mots « li Temples » « li Templier » « li maistres »… (26)

  26 – Les chapitres parlant des templiers sont : XXXIXXLIXLVLLIILIV.

 

Joinville offrant son livre à Louis X le Hutin
BN : FR12568 Frontispice
Guillaume de Sonac maître du Temple
BN: FR 13568 chapitre LIV

 

 

     Il est compréhensible que cette source n'ait jamais été mise en cause concernant Guillaume de Sonnac. En effet, son rédacteur Jean de Joinville était présent lors des événements et il a côtoyé de près notre Grand-Maître. Il a vu sa blessure. On ne peut donc rêver témoin plus direct.

 

     Quelle est exactement la nature du document dont nous disposons ? Il faut d’abord savoir que Joinville a longuement mûri son ouvrage. Il en avait offert le manuscrit tout enluminé d’or et d’azur à Louis X le Hutin, arrière-petit-fils de Saint-Louis, en 1309. Ce livre magnifique a disparu, comme ont disparus les notes et manuscrits qui avaient servi à Joinville pour écrire son ouvrage et qu’il conservait précieusement en son château. C’est ainsi que pendant des siècles Joinville ne fut connu que par des copies fortement corrigées du XVIème siècle. En 1761 Maurice de Saxe ramena de Bruxelles un manuscrit qui longtemps est passé pour un original. En le rapprochant des deux copies corrigées du XVIème, on s’est aperçu que ce manuscrit, tout en étant du XIVème (1330-1340) n’était qu’une copie assez erronée de l’original. (27)

27 – Wailly Joinville p. XI

 

      Le fait que les trois manuscrits qui nous restent orthographient le nom « Guillaume de Sonnac » de la même manière, montre que ce nom figurait probablement sur l’original. Il est à noter cependant que sur le manuscrit de 1330, Sonnac est écrit avec un seul N ce qui n’a, à l’époque, aucune importance comme nous le verrons par la suite. Mais peut-on faire confiance à une seule source, même répliquée de multiples fois, alors qu'elle s’oppose à de nombreuses autres sources que nous allons étudier ?        

 

     Voici donc la raison unique pour laquelle notre Grand-Maître a toujours été appelé « de Sonnac » sans que ce nom n'ait jamais été remis en cause jusqu'à nos jours. La conséquence principale de l'emploi de ce suffixe en « AC » a fait que l'origine du Grand-Maître a toujours été recherchée dans le sud de la France.

 

 

 

 

II - Les historiens ont tenu pour acquis le fait

qu'il était originaire du sud de la France.

 

 

     Les livres qui citent Guillaume de Sonnac comme acteur de la septième croisade sont légion, j’en ai listé 371 en 2011, mais il y en a encore bien d'autres parus depuis. Beaucoup d'informations puisées dans ces livres se contredisent et sont parfois manifestement erronées. Certaines sont même totalement farfelues, notamment celles qui nous proviennent des traditions maçonniques ou ésotériques.

 

     Il existe trente biographies plus ou moins complètes sur la vie de Guillaume de Sonnac, dont vingt se prononcent sur les origines du Grand Maître (28). Sur le tableau annexé en note, nous constatons que les auteurs anciens ont pris pour certaine l’origine Languedocienne de Guillaume de Sonnac (les neuf lignes bleues). Les historiens plus récents se sont ralliés aux recherches d’Hippolyte de Barrau (les dix lignes rouges) qui estimait que Guillaume de Sonnac était originaire du Rouergue et apparenté aux Saunhac-Belcastel (29). L'origine rouergate de Guillaume de Sonnac n'a été que très récemment mise en cause (une ligne verte) mais sans preuve historique suffisante (30).

28 – Liste des principales biographies en annexe 2

29 – Gaujal T. IV p. 112

30 – Juillet, revue Lemouzi n° 192 p. 132

 

 

 A - Languedoc

 

  

     En 1789, Mansuet écrivit une « Histoire critique et apologétique de l'ordre des chevaliers du Temple de Jérusalem », œuvre très détaillée et documentée qui a longtemps fait référence (31). L'auteur n'explique cependant pas pourquoi il donne une origine languedocienne à Guillaume de Sonnac. C'est au village de Sonnac-sur-l’Hers dans l’Aude qu’a dû penser Mansuet. Mais il lui a fallu un autre indice pour choisir ce village parmi les autres Sonnac existants.

31 – Mansuet T. II p. 5

  

      En effet, un certain Hugo de Nissun, templier à l’origine puis évêque de Sébaste en Terre-Sainte, déclare au pape Innocent IV en février 1253, être consanguin avec feu notre Grand Maître (32). Je pense que c’est à partir de cette parenté, certainement connue de Mansuet, que celui-ci a déclaré Guillaume de Sonnac natif du bas Languedoc, considérant que Nissun était le village de Nissan-lez-Ensérune près de Béziers dans l'Hérault.

32 – Röhricht additamentum p. 36 n° 575 anno 1179

  

     Tous les historiens anciens admettront cette hypothèse comme juste. Ainsi feront les révérends pères de Saint-Maur quand ils écriront leur « Art de vérifier les dates des faits historiques », référence incontestée (33). Même si les templiers voyageaient beaucoup, on voit mal cependant comment un templier originaire du Languedoc aurait fait sa carrière complète entre Châtellerault et Poitiers, en plein pays picto-angevin, alors que Sonnac-sur-l’Hers dépendait de la maison d’Aragon-Catalogne.

33 – L’art de vérifier les dates T. V p. 352

 

  

B - Rouergue

 

 

      Comme on l'a vu, une grande famille du Rouergue, les « Saunhac », a revendiqué sa filiation à la famille du Grand-Maître (29). Cette revendication a pour origine monseigneur Jean-François de Saunhac-Belcastel, vicaire général de Cahors puis évêque de Perpignan en 1820. Le baron de Gaujal, auteur d’un ouvrage citant Guillaume de Sonnac comme natif du Rouergue, déclarait l'avoir fait pour contenter la famille, sans disposer de preuve suffisante pour l'affirmer historiquement (29).

  

      La généalogie des Saunhac est passionnante et développée dans huit ouvrages locaux (34). Les ruines du château familial de Belcastel, datant du Xème siècle et donné à la famille en 1385, sont magnifiques. Toutefois, le seul argument avancé par monseigneur de Saunhac pour rattacher Guillaume au village de Sonnac en Rouergue (Sudrossa en latin), est qu’aucune autre famille n’a revendiqué d'affiliation avec notre Grand-Maître au moment de la création de la salle des croisades du Musée de l'Histoire de France voulu par Louis-Philippe à Versailles (35).

34 – Bonald p. 285-315

35 – Bonald p. 112

 

  

C - Quercy

 

 

      Dans le département du Lot existe un village appelé Sonac (Salnacus en latin). Ce village a beaucoup plus d’atouts pour prétendre avoir été le lieu de naissance de Guillaume de Sonnac. Plusieurs templiers ou hospitaliers ont effectivement porté le nom de Sonac et on sait qu’il y a eu une maison hospitalière dans le village. Un petit château a également appartenu aux Sonac, aux Bruyères et aux Corn, il a été incendié à la révolution. Mais là encore nous n’avons d'autre preuve qu’une simple similitude de nom (30).

 

  

 

III - Nos recherches ont montré

 qu'il s'appelait en fait Wilhelm de Sonay

 

 

 

      Il a donc fallu recenser tous les manuscrits du XIIIème siècle concernant Guillaume pour avoir une idée de son nom réel, mais également de son parcours avant d’être élu Grand-Maître. J'ai recensé quinze manuscrits qui nomment notre homme (36). Il serait trop long de détailler chacune des sources, je les ai résumées en un tableau en signalant la date du document et le nom utilisé pour désigner le Grand-Maître.

36 – liste des manuscrits

  

      Aucun de ces manuscrits ne nous éclaire sur sa date ou lieu de naissance. Deux documents (rouge) datent du temps où Guillaume fut recteur puis précepteur d'Auzon, six (bleu) quand il fut précepteur d'Aquitaine, cinq (vert) quand il fut Grand Maître, et quatre (violets) sont posthumes. Les documents en italique proviennent de scribes étrangers ou ont été recopiés sur d'autres documents, ils sont donc à prendre en compte avec plus de précautions quant à l’orthographe du nom.

 

     Aucun de ces documents ne mentionne le nom de Sonnac. Aucune terminaison en AC. Les quinze documents sont très dispersés (Poitiers, Paris, Vatican, Venise, Londres et Barcelone) mais nous avons la chance d'avoir à Poitiers un original qui cite par deux fois le nom du Grand-Maître (37). En voici la reproduction en illustration. Même pour les non-initiés, on y lit clairement « de Sonaio ».

37 – Archives de la Vienne 3H1 799

 

acte de concession de la maison de Volandon à Etienne de Saint-Cyr par Guillaume de Sonay
Archives départementales de Poitiers 3H1 799 - 1239
Dénomination de Guillaume de Sonay sur l'acte trécédent
Dénomination de Guillaume de Sonay sur l'acte trécédent

 

 

     Il est instructif de s'attarder un peu sur l'utilisation du prénom Wilhelm. Au début de sa carrière puis avec ses interlocuteurs poitevins ou chypriotes (Chypre était alors terre poitevine), Notre Grand- Maître se fait prénommer Wilhelm, du nom de saint Guilhelm de Gellone, chevalier courageux et intrépide, comte de Toulouse, cousin germain et chevalier de Charlemagne (38). Ce prénom d’origine germanique était depuis longtemps utilisé comme prénom patrimonial à la maison de Poitiers. La forme initiale s’écrivait avec un W inconnu dans le gallo-latin du Vème siècle. Sa prononciation était différente selon les régions et son écriture était également variable. La forme normande est William, la forme occitane est Guilhèm et en langue d'oïl, Guillaume, en Lorraine Villaume, en Franche Comté Vuillaume et dans l’Ain Guillerme. Guillaume est le prénom utilisé pour le Grand-Maître une fois le Poitou nettement conquis par les Capétiens. Le Saint-Guillaume que nous connaissons maintenant comme patron des Guillaumes est, depuis 1218, Guillaume de Bourges (né de Corbeil), archevêque de Bourges, pourfendeur des Cathares, qui a supplanté Guilhelm de Gellone (39). Au début du XIIIème siècle, l'utilisation de la forme Wilhelm est donc typique de notre région et déjà démodée.

38 -Wikipédia Guillaume de Gellone

39 - Wikipédia Guillaume de Bourges

   

      Pour ce qui est du nom de famille, la forme, presque unique sur sept des neuf manuscrits provenant de scribes français, est Sonayo avec un i ou un y, qu'il y ait un ou deux n ne fait aucune différence à l'époque. Nous pouvons donc affirmer que son nom était Sonayus en latin et Sonay en Français. En fait Sonnac et Sonnay sont des noms de lieux équivalents, Sonnac est exprimé en langue d’Oc et Sonnay en langue d’Oïl (40). En Poitou, au XIIème siècle, la langue populaire était assez mélangée mais plutôt influencée par la langue d’Oïl, par contre on parlait la langue d’Oc, plus poétique, à la cour de Poitiers. Le fait que le vrai nom de Guillaume soit « Sonay » doit nous faire rechercher ses origines au nord de notre région plutôt qu’au Sud.

40 – Mémoire de la société archéologique de Touraine 1864 vol. 15 p. XV

 

      Ce n’est donc pas « Sonnac » qu’il fallait chercher mais « Sonay ». Nous voici donc aiguillés vers une autre direction, avec des bases nouvelles et inexplorées. Pour la suite de notre exposé, j'utiliserai le vrai nom de baptême de notre Grand-Maître, Wilhelm de Sonay. Avant de continuer toutefois, il nous faut examiner quelques considérations susceptibles de nous guider pour la suite de notre enquête.

 

  

Considérations diverses

 

 

     1 - Nous avons vu qu'un certain Hugo de Nissun déclarait au pape Innocent IV être consanguin avec feu Guillaume de Sonay (32). Or, sans faire appel à une autre orthographe, il existait une famille « Nissun » en Bas-Poitou, Nissun faisant référence de nos jours à « Nizeau » près de Fontenay-le-Comte, petit hameau collé à Velluire. Cette famille est plusieurs fois citée dans le cartulaire de L’Absie proche de la maison de Sainte Gemme visitée par G. de Sonnac (41). Les Nissun semblent apparentés aux Velluire, famille très connue du marais vendéen. Il est possible mais pas certain que la consanguinité entre Hugo de Nissun et Wilhelm de Sonay soit expliquée par la famille de la mère du Grand-Maître, ce qui serait le degré de parenté le plus proche entre Guillaume et Hugo.

41 – Archives du Poitou 1895 vol XXV p. 67-109-117-121

 

     2 - Il existe un autre templier du nom de Sonayo, il s’agit de Savaricus de Sonayo, précepteur de Fretay, Dolus-le-Sec et la-Chastre-aux-Grolles en 1246, donc du temps où Wilhelm de Sonay était son supérieur direct (42). Ces commanderies sont tourangelles (Sud-Est de Tours). Ce fait connu n'a cependant jamais été mis en avant quant à la recherche des origines de notre Grand-Maître, il est cependant un argument fort en faveur d'une origine régionale et plus spécifiquement tourangelle.

42 – Jacquet p. 59-62-70 à 74-147-148

        ou Alias p.396 n° 4229

 

     3 - Enfin, de toute sa carrière, nous ne voyons jamais Wilhelm de Sonay quitter le Poitou entre 1224 ou il est recteur d’Auzon et 1246, dernière date connue pour son préceptorat à la tête de la province d'Aquitaine (36). Peut-être était-il un peu casanier, il s'est en tous cas peu éloigné de Poitiers, contrairement à d’autres templiers qui n’ont cessé de se déplacer, nous avons donc de ce fait tendance à privilégier un lieu d’origine peu éloigné du Poitou.

  

      Ne pouvant tirer plus de renseignements des manuscrits, nous allons recourir à une étude toponymique sur le vocable Sonay – Sonayus en latin sur l'ensemble de la France actuelle (source Géoportail).

 

  

 

 IV - Nos recherches ont montré que ses origines se situent

entre la Touraine, l'Anjou et le Poitou.

 

 

 

A - Etude toponymique

 

 

 

      Il y a actuellement en France trente-sept lieux qui portent un nom se prononçant comme Sonay (43), je les ai reportés sur les deux cartes ci-jointes.

  43 – Liste en annexe 3 :

 

ou équivalent en France
Carte des lieux appelés Sonay
lieux appelés Sonay ou équivalent
Carte détaillée en Anjou, Maine, Touraine et Poitou

 Limites pour les départements et couleurs pour les provinces

 

 

        Si nous oublions les points isolés aux quatre coins de la France actuelle, dont ceux qui manifestement dérivent des mots « Saône » ou « Sone », il nous reste dix-neuf lieux concentrés sur la Touraine, l'Anjou, le Poitou (Haut et Bas) et, par extension le Maine et le Perche (44).

44 – Liste des 19 lieux régionaux en annexe 4

 

 

 

 

     Restait à trouver les points communs présentés par ces différents lieux.

 

     On constate :

 

1 - Que neuf de ces dix-neuf lieux sont le siège d'un fief du XIème au XIIIème siècle.

 

2 - Que huit des dix-neuf lieux montrent une présence ancienne voire très ancienne souvent de type défensif (préhistoire, gauloise, romaine ou haut moyen-âge avec la présence d'une motte castrale dans quatre cas).

 

3 - Que six de ces différents endroits ont une relation avec Saint-Martin ou avec son monastère dénommé « Marmoutiers » à Tours.

 

4 - Mais le fait le plus impressionnant est que quatorze d'entre eux ont été une position stratégique défensive sur les frontières très mouvantes du comté d'Anjou entre le Xème et le XIIème siècle. Ceci nous permet de classer les sites du tableau dans l’ordre chronologique d'apparition de la frontière correspondante. Chacun des sites est plus ou moins proche d'un ou de deux châteaux principaux des comtes d'Anjou et complète ainsi une ligne de défense continue.

 

     Il serait trop long de détailler les quatorze sites et d'expliquer un à un pourquoi ces endroits ont précisément été choisis par les comtes d'Anjou pour défendre leurs frontières, nous nous limiterons donc à trois exemples (que je n'ai pas choisi par hasard j'en conviens !). [Nota Bene : huit lieux supplémentaires sur les trente-sept d’origine peuvent être « repêchés » si l’on admet que les successeurs anglo-angevins des comtes d’Anjou et leurs alliés ont continué la stratégie castrale originelle angevine jusqu’à Richard Cœur-de-Lion. Cinq autres lieux locaux semblent avoir été fréquentés par les descendants de la famille de Sonnay-Cravant ce qui ne laisse que dix lieux sur les trente sept non impliqués par notre recherche.]

 

 

  B – Le Bas-Sauné à Ambillou-le-Château

 

 

     Avant 937 Foulques II dit le Bon cède le Saumurois au comte de Blois Thibaud le Tricheur. La frontière Est de l’Anjou passe alors par Gennes pour rejoindre le Thouet vers Saumoussay (45). Elle passe alors dans la commune d’Ambillou le Château ou nous trouvons les lieux dits « Bas Sauné », « Haut Sauné », « la Fosse de Sauné » et « les Noyers de Sauné ». C’est un site de défense idéal en bordure de la forêt de Milly certainement vers la « Pierre Couverte » qui domine le site. Un château secondaire devait y compléter les fortifications principales de Gennes et de Saumoussay.

45 – Halphen p. 14

 

Carte des Sauné d'Ambillou-Château
Commune d'Ambillou-Château : le Haut Sauné, le Bas Sauné, Les Noyers de Sauné, la Fosse de Sauné, Pierre Sonnant

 

 

     Le lieu restera frontière jusqu’en 1026 date de la conquête du Saumurois par Foulques Nerra. Plus à l’Est, le conté d’Anjou englobait déjà le Loudunais frontalier avec le Poitou.

 

  

 

C - La motte de Saunay à Prinçay (86)

 

  

      Aux environs de 970, Geoffroy Grisegonelle, comte d’Anjou, reçut ou conquit (on ne sait pas trop) le Loudunais aux dépens du comte de Poitiers Guillaume IV Fier-à-Bras (46). Les chroniques angevines parlent d’une bataille ayant eu lieu aux Roches-Saint-Paul (47), commune de Dissay, à l'endroit que nous pouvons voir sur la carte (étoile violette). A l'époque, après un tel coup de force, la première décision était d'installer des hommes liges pour occuper les points clefs de défense pris aux ennemis et ainsi défendre les frontières du pays conquis (48).

46 – Halphen p. 7

47 – Marchegay et Salmon p. 376

        ou Richard T. I p.115

48 – Halphen p. 112-113 et 152 à 175

 

Carte de la région de Loudun montrant Moncontour, Mirebeau, Faye la Vineuse, La Chaussée, la Motte de Saunay, Roches Saint Paul, le Petit Sonnay, Le Rognon, les moulins de Bafolet, Mirebeau

 De gauche à droite, étoiles violettes : le Petit Sonnay – Roches Saint Paul

                                                             étoiles bleues : le Rognon – moulins de Bafolet – Motte de Saunay

                                                                      rectangle rouge : forteresses de Moncontour, Loudun, Mirebeau, Faye

rectangle bleu : la Chaussée      

                                           flèche bleue : direction de Sonnay-Cravant les Coteaux

 

      La motte de Saunay (étoile bleue de droite) se trouve sur la frontière sud-est du Loudunais avec le Poitou. Quatre châteaux principaux (encadrés de rouge sur la carte) ont été élevés par Foulques Nerra fils de Geoffroy Grisegonelle pour défendre le Loudunais : Loudun, Mirebeau, Moncontour et Faye-la-Vineuse (49). Foulques avait en effet été confirmé vers l’an 1000 comme suzerain de Loudun et Mirebeau par Guillaume V de Poitiers dit « le Grand » (50).

49 – Halphen p. 154

50 – Richard T. I p. 149

 

     La motte de Saunay occupe un site équivalent à celui du château, plus récent, de la Roche-du-Maine, sur la commune de Prinçay, au sommet de la crête qui domine la vallée du Mable. La vue y est magnifique vers le Poitou. C'était une position de défense capitale sur la ligne joignant Faye-la-Vineuse à Mirebeau. Faye (qui signifie forteresse), avec plus de 10 000 âmes à l’époque, était la grande ville de la région avec son château et quatre églises (Richelieu n’existait pas encore !) (51).

51 Wikipédia - Faye la Vineuse

 

      Sur le lieu dénommé motte de Saunay, il n'existe plus rien si ce n'est une cheminée de ventilation des champignonnières installées dans les anciens souterrains-refuges de Prinçay (52). Il était courant à l'époque que les seigneurs angevins s'installent dans les anciens châteaux de bois bâtis sur une motte castrale avant de construire de solides châteaux de pierre (53). Ceci a certainement été le cas avec la motte de Saunay proche de l’impressionnante motte de Courteloup à une centaine de mètres. Des fouilles seraient nécessaires pour savoir si cette motte ne cache pas une ancienne forteresse de l'époque de Foulques Nerra.

52 - Wikipédia - Prinçay

53 – De Salies chap. VI - pdf p. 28

 

      L’extension de la sénéchaussée de Saumur au-delà du Loudunais étant très postérieure, le lieu est resté frontière entre Anjou et Poitou jusqu’au mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Henri II dit Court-Mantel ou Plantagenêt le 18 mai 1152. Il perd alors de son intérêt stratégique (54).

54 – Halphen p. 40-41

        ou de Salies chap. XVIII - pdf p. 71

 

 

 D - Le château de Sonnay à Cravant les Coteaux (37)

 

  

      Le troisième lieu que nous allons examiner est dénommé Sonnay près de Cravant-les-Coteaux, poste avancé pour défendre Chinon des attaques venant de la vallée de la Vienne. L’emplacement est idéal dans ce but si l’on considère le site de la motte de Sonnay situé un peu plus haut que le château actuel sur le coteau rive droite de la Vienne. On y note, comme à Prinçay, la présence d'une ancienne motte castrale et d'un camp gaulois indiquant l'occupation défensive de très longue date. Sonnay est également le siège d'un fief qui a une longue et passionnante histoire illustrée sur le site de monsieur de Foucaud (55). Il est possible de fixer à quelques années près l'installation des Angevins à Sonnay entre 1038 et 1044, puisque c'est en 1038 que, selon de Salies, Foulques Nerra négocia avec la ville de Chinon la remise du château (56) et en 1044 que Geoffroy Martel remportait la victoire de Nouy sur Thibaud III de Blois (57). Il recevait contre la libération de ses ennemis l'ensemble du comté de Touraine, ce qui fait que Chinon n'était plus dès lors un poste frontière.

55 - chateau-de-sonnay

56 – De Salies chap. XXII - pdf p. 89

57 – Halphen p. 47-48

  

     Sonnay a pour nom latin Sonaio (58), totalement compatible avec notre recherche. C'est le cas également pour la motte de Saunay près de Prinçay (59). Sur les 14 sites, à part Prinçay et Chinon, il n'y en a que deux autres dont le nom latin coïncide avec notre recherche : le prieuré saint Martin de Saulnay dans l'Indre (60) et celui de Notre Dame à Saunay en Indre et Loire (61), mais pour ces deux lieux plus spécifiquement religieux et il n'y a pas de seigneurs séculiers connus associés comme nous allons le voir par la suite.

58 – Pouillés de Tours p 47

59 – AHP 2000 Fontevraud T. I p. 241 n°242

60 – Pouillé de Bourges p. 45 – 67

61 – Pouillé de Tours p. 29 – 42

     

arborant la cape de Saint Martin en étendard
Sceau de Foulques Nerra

 

 

      Nous avons vu que beaucoup des sites dénommés Sonay avaient un lien avec Saint-Martin, c’est le cas du château de Sonnay (62). Ceci peut s'expliquer par le fait que, le 13 décembre 887, Ingelger, l'ancêtre des comtes d'Anjou, alors sénéchal de Tours récupéra, manu militari, la dépouille de Saint-Martin à Auxerre ou elle avait été déposée pour échapper aux pillages Vikings. Pour sa récompense, lui et ses barons, dont celui de Preuilly-sur-Claise obtinrent l'honneur de succéder à Hugues « Capet » pour porter la Cape de Saint-Martin lors de leurs combats (63).

62 - Histoire du château de Sonay

63 - Chalmel T. I p.355 à 359

 

     C'est ainsi que l'étendard de Saint-Martin devint le signe distinctif et vénéré de l'ost angevin donc de nos fameux « de Sonay ».

 

 

 

 

 

E - Saunay de Prinçay et Sonnay de Cravant

ne forment qu'un seul et même fief au XVème siècle.

 

  

      Plusieurs documents établissent que le fief de Sonay près de Chinon est constitué des seigneuries de Sonnay, de Rougnon et de la Chaussée vers 1430 (64); de Sonnay, la Chaussée et le Roignon en 1441 (65) et de Oiron - 79, Rochefort - 86, Champigny-le-Sec - 86, le Roignon - 86, la Chaussée - 86 et Sonnay - 37 en 1450 (66).

64 – Bétencourt T. IV p. 119

65 – Frasson-Cochet p. 147-148 n° 249

66 – Vallet de Viriville p.19

           

     L’ensemble de ces textes établit donc formellement la liaison entre les villages du Rognon et de la Chaussée, fiefs loudunais, avec le site du château de Sonnay près de Cravant-les-Coteaux. Or ceci, à première vue échappe à toute logique, les deux terres étant éloignées de 40 kilomètres, distance considérable à l'époque. Il nous faut trouver une raison logique à un tel éloignement.

 

     De plus, deux chartes du cartulaire de Fontevraud nous apprennent que des Sonay étaient seigneurs des moulins de Bafolet (étoile bleue sur la carte) (67) en forêt de Scévolles et que deux Sonay ont été témoins d'un don près du village de la Chaussée (59). En rapprochant tous ces lieux sur la carte, il ne fait aucun doute qu'ils appartenaient tous au même fief, englobant la motte de Saunay, le Rognon, la Chaussée et Bafolet. Saunay et le Rognon étaient des postes frontaliers avancés et fortifiés, Saunay entre Faye et Mirebeau, Le Rognon entre Mirebeau et Montcontour. La ligne de défense du sud Loudunais était ainsi complète.

 67 – AHP 2000 Fontevraud T. I p. 250 n° 250

            

     Cette recherche toponymique, bien que très instructive, ne saurait être suffisante sans être complétée par une recherche sur les personnes ayant porté le nom « de Sonay » ou son équivalent jusqu'au XIIIème siècle.

 

  

 

F - Les « Sonay »

 

 

 

       J'ai donc trouvé seize « de Sonay » (ou orthographe proche) ayant vécu aux XI, XII et XIIIème siècles (68).

 68 – Liste des « de Sonnay » en annexe 5

 

     Deux de ces Sonay se sont exilés en Angleterre vers 1200 – 1230 en plein déclin de « l'empire Plantagenêt », ce qui n'est pas étonnant pour des soldats angevins. Une autre source en signale en Savoie vers 1280. Ce sont manifestement aussi des exilés ayant répondu à l'appel de Boniface de Savoie, archevêque de Canterbury et oncle par alliance d'Henry III d’Angleterre, lorsqu'il décida de fortifier sa ville d'Ugine en 1248 (69).

69 - Wikipédia Boniface de Savoie

           

     A part ces trois cas, tous les noms restant peuvent raisonnablement être rattachés à l'un des quatorze lieux déjà signalés. La recherche ayant été menée sur l'ensemble de la France, ceci confirme bien que le nom de famille « de Sonay » est effectivement originaire des provinces d'Anjou, Touraine ou Poitou (Haut et Bas).

 

      En bleu, deux noms peuvent être rattachés au Sauné d’Ambillou le Château, en vert cinq noms rattachés au Sonnay de Cravant-les-Coteaux et deux en rouge au fief de Prinçay.

 

      Nous ne trouvons plus de Sonay ayant possédé ce lieu proche de Cravant après le XIIIème siècle. Les derniers descendants ayant Pierre pour patronyme sont de très petite noblesse (valets) et vendent des terres tenues noblement autour de Mirebeau et de Parthenay. Il semble donc que la famille se soit installée au XIIIème siècle autour de Parthenay et soit à l'origine des noms de lieux que l'on trouve autour de cette ville (dont le petit Sonay près de St Loup-sur-Thouet vendu par un Pierre de Sonnay à l'abbé de Bourgeuil en Touraine (étoile violette sur la carte).

 

 

 

  G – Des liens familiaux unissaient les Sonay de Prinçay, de Cravant et d’Ambillou

 

 

 

     Célestin Port nous indique que Thibaud de Saunay fut le seigneur du Sauné d’Ambillou en 1201 et qu’il fut suivi de Geoffroy de Saumoussay en 1364 (68-G). Or la dame de Narçay et Sonnay près de Cravant en 1372, Isabelle de Maillé, était l’épouse de Geoffroy de Saumoussay (sans doute le même) (58). De ces deux informations, on peut en déduire que la famille de Saunay d’Ambillou s’était éteinte au cours du XIIIème siècle, que le fief était passé aux Saumoussay, seigneurie voisine. Isabelle de Maillé descendante de l’illustre famille tourangelle qui avait vu naître un templier renommé, Jacquelin de Maillé, avait reçu en héritage le Sonnay de Cravant avant de se (re ?)marier avec Geoffroy de Saumoussay. Elle avait certainement été précédemment mariée avec un Sonay de Cravant car elle prie pour la continuation de la lignée de Sonay. Geoffroy de Saumussay au XIVème siècle a donc été momentanément propriétaire de trois Sonay différents, ceux de Prinçay, de Cravant et d’Ambillou.

 

 

H - Wilhelm de Sonay est probablement originaire du château de Sonnay près de Chinon

 

 

     En résumé, voici donc les arguments démontrant que Wilhelm de Sonay est originaire de Touraine et plus précisément de la famille qui possédait les châteaux de Sonnay près de Cravant et de Saunay à Prinçay :

                       

          1 – Ayant réalisé toute sa carrière avant son passage en Terre Sainte entre Châtellerault et Poitiers, il est logique de lui donner une origine proche de ces lieux.

 

           2 – Hugo de Nissun, originaire de Fontenay-le-Comte (Bas-Poitou) se déclare consanguin avec Wilhelm de Sonay (32).

 

            3 – Sonay est un nom typique des provinces d'Anjou et Touraine en pays d'Oïl au XIIème siècle.

 

           4 – Un autre templier, Savaricus de Sonayo, était précepteur de Fretay en Touraine (68-I).

 

           5 – Le château de Sonay près de Chinon (58) (avec le fief de Saunay à Prinçay (59) qui lui est associé) est le seul fief du nom latin de Sonayus (au XII ème siècle) auquel on peut associer une famille avec plusieurs représentants portant ce même nom.

 

     Ainsi, il est fortement probable que Wilhelm de Sonay descende d'une famille angevine, issue de soldats vassaux des comtes d'Anjou, anoblie par Geoffroy Grisegonelle au Xème siècle pour défendre la frontière sud-est du Loudunais (46). Entre 1038 et 1044, cette même famille a reçu de Foulques Nerra ou de Geoffroy Martel le fief de Sonnay près de Cravant (56), avant-poste de défense du château de Chinon. De ce fait, cette famille faisait partie de la cour royale anglo-angevine lors de ses séjours sur le continent.

            

     Permettez-moi, avant d'aborder le dernier volet de mon exposé, de vous faire part de mon sentiment sur la signification originelle du nom « Sonay ». Certains linguistes rattachent le nom de Sonnay à une divinité gauloise ou germanique « Suna », dieu du Soleil. D'autres invoquent le bruit de l'eau ruisselante d'où le nom de la rivière Saône. Pour ma part, je pense, comme le suggère les noms des lieudits « Pierre Sonnant » et « Pierre Couverte » près de Sauné en Anjou, que « Sonay » désignait probablement au Xème siècle le guetteur chargé de « sonner » l'alerte en cas d'attaque des Vikings du haut de la tour de guet surmontant la motte castrale.

 

  

 

V - Ces origines retrouvées donnent un nouvel éclairage sur le déroulement de la septième croisade.

 

 

     Les parents de Wilhelm avaient probablement mal vécu la déchéance dans laquelle les avait plongés la politique désastreuse de Jean-sans-Terre (70). Lors de l’attaque du château de Chinon par Philippe-Auguste en 1204-1205, ils avaient bien failli perdre la forteresse de Sonnay. Eux dont la famille côtoyait les grands de « l'empire Plantagenêt », en étaient réduits soit à s'exiler comme nous l'avons vu plus haut, soit à subsister selon les mots même de Matthieu Paris (71) :

70 - Wikipédia Jean sans Terre

71 – Paris T. IV p. 496

 

      Les Poitevins malheureux, mais non dignes de pitié car la trahison est innée chez eux, tombèrent dans un tel état d’abaissement aux yeux des Français qu’ils n’osaient ni ne pouvaient marier leurs filles qu’avec la permission des Français. Et comme ils étaient sous la domination de ceux qui les haïssaient, ils devinrent comme des serfs de la plus basse condition. De plus, ce ne fut que moyennant une lourde et grosse rançon, qu’on laissa debout leur châteaux, qui devaient être ruinés au gré de leurs ennemis et encore en y plaçant de bonnes garnisons françaises.

 

     Les quatre pèlerinages de Foulques III Nerra à Jérusalem (72) (avant la première croisade !) et le destin fabuleux de Foulques V (73), qui confia son comté à son fils Geoffroy V le Bel dit Plantagenêt pour aller épouser Sybille de Jérusalem et devenir roi en Terre Sainte, ont certainement influencé la jeunesse de notre Wilhelm de Sonay. Foulques V, avec Hugues de Champagne avaient d'ailleurs été les deux principaux soutiens laïques de l'ordre du Temple lors du voyage d'Hugues de Payns en Occident (74). Toute cette tradition angevine était soigneusement transmise au sein de la famille de Sonay et c'est ainsi que Wilhelm s'engagea dans la milice du Temple pour avoir la chance de partir lui aussi à Jérusalem et échapper aux malheurs dont était accablée sa famille.

72 - Foulques III Nerra

73 - Wikipédia Foulques V

74 – Leroy p. 31 -41 -42

 

     Depuis 1214 donc, Philippe-Auguste avait officiellement rattaché le Poitou au domaine royal (paix de Chinon) (75), mais occupé en Flandres, il n'avait pas eu le temps de pacifier le territoire et d'installer un comte apanagiste à Poitiers (76). Les barons poitevins choisissaient, selon leur intérêt immédiat, de rendre hommage soit aux Capétiens soit aux Plantagenêts. Le plus puissant d'entre eux, Hugues X de Lusignan avait épousé en 1220 Isabelle d'Angoulème, la veuve de Jean sans Terre et mère d'Henry III d’Angleterre, roi d'Angleterre mais également duc d'Aquitaine (77). Hugues X rend donc naturellement hommage aux Plantagenêts.

75 - Wikipédia Traité de Chinon

76 - Wikipédia Philippe II

77 - Wikipédia Isabelle d'Angoulème

 

      En ces temps troublés, 1223, la vie publique de Wilhelm de Sonay débute à Châtellerault, l'année où eut lieu le mariage de Clémence de Châtellerault avec un membre de la famille de Lusignan, Geoffroy II dit la Grand’Dent (78). Wilhelm de Sonay a probablement assisté à ce grand mariage. Le 6 août 1223, le tout récent roi de France, Louis VIII rassemble une grande armée pour chasser les angevins d’Aquitaine (79). L'année suivante il traverse Châtellerault pour aller prendre Poitiers et le maximum de positions en Aquitaine (80). Nos jeunes mariés prêtent alors, de plus ou moins bonne grâce, hommage au roi de France (81). Ils seront vicomtes de Châtellerault de 1224 à 1239 (82). La relation de Wilhelm avec Geoffroy la Grand'Dent a été bonne si l'on s'en réfère aux multiples dons de ce dernier au Temple (83).

78 – Hérault T. I - p.409

79 – Wikipédia Louis VIII

80 – Boissonnade p. 99

81 – Lalanne T. I - p. 228 ou Hérault T. I - p.114 - 357

82 - Hérault T. I - p.120

83 – Hérault T. I - p.356 et 358

 

      Wilhelm devient maître d'Aquitaine en 1236 (84), il gère donc un territoire à moitié Capétien et à moitié Plantagenêt. En tant que templier, ne dépendant que du pape, il ne peut ni ne doit prendre parti pour l'un ou l'autre des deux souverains, mais compte tenu des origines que nous avons mises à jour, on peut imaginer que sa préférence naturelle allait du côté Plantagenêt.

84 – AHP – I – p. 105

 

    Louis IX, ayant succédé à son père en 1226, adoube son frère Alphonse comme comte apanagiste de Poitiers en 1241 (85). La réaction ne se fait pas attendre et en 1242, il doit faire face à une coalition composée du roi Henry III d’Angleterre, des barons du sud Poitou avec en tête Hugues X de Lusignan, et Raymond VII de Toulouse qui voulait récupérer ses terres perdues lors de la croisade des Albigeois (86).

85 – Ducluzeau p. 31 à 63 ou Wailly Joinville p. 43-45

86 – Ducluzeau p. 40 – 43

 

      Ce n'est donc pas sans ressentiment que Wilhelm de Sonay vit arriver à Poitiers le 4 mai 1242 l'armée de Louis IX forte de 30 000 hommes (87). On ne sait rien de cette première rencontre entre Louis IX et Wilhelm de Sonay mais on imagine sans peine qu'elle dut être assez froide. Après une guerre éclair se déroulant sur le premier semestre 1242, Saint-Louis impose la loi  capétienne sur l'ensemble du Poitou.

87 – Ducluzeau p. 45

 

     Après une période aussi éprouvante, vient le temps de la reconstruction. Les templiers d’Aquitaine ont subi de lourdes pertes en Aunis et Saintonge. Wilhelm essaye de récupérer de nouveaux subsides auprès des responsables du désastre. C’est ainsi qu’il envoie un messager, le frère Thomas, auprès d’Henry III pour lui demander de s’opposer à ce que la ville de Bordeaux lève des droits de douane sur les activités du port ou éventuellement permette aux templiers de le faire (88). La Rochelle et les autres ports de Saintonge sont devenus français et les templiers doivent alors passer par Bordeaux pour le commerce avec l'Angleterre.

88 – Bulst Thiele p. 247 – 254

 

     En 1244, Louis IX se relève d'une terrible maladie qui a failli l'emporter. Il fait le vœu de partir en croisade (89). Cette septième croisade est minutieusement préparée avec l'appui des templiers (90). Ce projet commun va enfin donner un but aux ardeurs guerrières des barons du Poitou. On ne sait pas comment Wilhelm et Alphonse de Poitiers collaborèrent à cette préparation mais ce projet commun ne put que rapprocher les deux hommes.

89 - Wikipédia Louis IX 

90 - Aigues-Mortes

 

     Pour illustrer encore les liens unissant Wilhelm aux anglo-angevins, on peut également citer la supplique adressée en 1246 par Isabelle d’Angoulême à Louis IX (91). Instigatrice du soulèvement des barons poitevins, à 60 ans cette dernière est mourante à l’abbaye de Fontevraud où elle s’est retirée du monde (92). La supplique d’Isabelle est destinée à renouveler l’hommage qu’elle avait fait, probablement de mauvaise grâce, à la Sainte-Chapelle en février 1245 et surtout à demander que ses neuf enfants Lusignan puissent également prêter hommage et recevoir par là même la protection du roi de France, ce qui est bien naturel pour une mère sur son lit de mort. Bien sûr son état ne lui permet pas de se déplacer aussi fait elle la liste de ses plus fidèles connaissances pour que deux d’entre eux puissent porter sa lettre à Saint-Louis. Le premier de ces cinq hommes de confiance est notre Wilhelm qu'elle cite par son prénom de baptême.

91 – Teulet T.II p. 622 n° 3523

92 - Wikipédia Isabelle d'Angoulème

 

     En 1247 Wilhelm de Sonay est nommé Grand-Maître. Cette même année, le 13 octobre, il fait parvenir avec le maître des hospitaliers Guillaume de Châteauneuf un messager templier à Henry III, porteur d'un vase de cristal contenant le sang du Christ (93). Wilhelm désirait certainement, par ce geste destiné à fournir à l'Angleterre des reliques dignes de celles de Saint-Louis, inciter Henry III à accorder plus de soutiens à la croisade. Henry III porta personnellement en procession le Saint-Sang depuis Saint Paul jusqu'à Westminster (94). On comprend quelle déception Wilhelm dut éprouver de voir l’Angleterre participer aussi mollement à la croisade. Il est cependant certain que l'on doit à Wilhelm la présence du contingent anglais commandé par William Longue-Epée et Geoffroy de Lucy (95).

93 – Paris – T. IV p. 640 et suiv.

94 – Vincent p. 7 à 19

95 – Paris T. IV p. 629 – 635

  

Henry III pieds nus porte le Saint-Sang de Saint Paul à Wesminster - Cambridge MS 16 f. 215r.
Henry III pieds nus porte le Saint-Sang de Saint Paul à Wesminster - Cambridge MS 16 f. 215r.

 

      Si les relations de Wilhelm comme Grand-Maître avec Henry III sont plutôt fructueuses, il n'en est pas de même avec Louis IX. Vers le mois d'octobre 1248 Wilhelm et le Maréchal templier Hugo de Jury écrivent à Louis IX à Chypre que le sultan d'Egypte Al-Malik Ayyûb est prêt à négocier la paix avec les croisés et leur a envoyé un émir. Des bruits dans l'entourage de Louis IX laissent entendre que Wilhelm est lui-même à l'origine de la demande de négociation. Louis IX, n'étant pas disposé à annuler une croisade aussi longuement préparée, reproche à Wilhelm sa décision et lui interdit vertement de donner suite au projet (96).

96 – Achery p. 624 à 628

 

      Wilhelm apporte souvent la contradiction lors des grands conseils comme celui qui eut lieu à Chypre en 1248. Wilhelm et les hospitaliers préconisent un débarquement immédiat à Acre mais Henri Ier de Lusignan menace de ne pas se joindre à la croisade s'il n'est pas envisagé un débarquement en Egypte après un hivernage à Chypre (97). Il est dommage que le Grand-Maître n'ait pas eu alors plus de crédit car le déroulement de la croisade eut été tout autre. L'image de Wilhelm auprès de Louis IX, due à son origine familiale, aura certainement affaibli la position des moines soldats. La prise de décision contraire à la position du Grand-Maître aura pour conséquence l’amollissement de l'ost pendant son séjour prolongé à Chypre (98).

97 – Geste des Chiprois n° 262 p. 741 ou Grousset T. VII p.274

98 - Grousset T. VII p.273

 

Mignature : Saint Louis vogue vers Damiette - le concenssus sur le cap à prendre est difficile 14 pour et 4 contre

 La discussion est animée, faut il aller à droite ou à gauche ? – BN FR 5716, fol. 40

 

 

     La confiance envers le Temple n'en est pas atteinte puisque Louis IX envoie la reine Marguerite de Provence à Acre puis à Château-Pèlerin, chez les templiers, pour y accoucher en sécurité. Le bébé du nom de Jean ne survivra pas (99).

99 - Geste des Chiprois n° 262 p.741 ou Fraissinet p. 71

 

      Après la prise de Damiette, en 1249, c'est à son ami anglais Robert Sanford, alors précepteur d'Angleterre, que Wilhelm écrit en premier pour relater la conquête de la ville (100). La dure règle des templiers est particulièrement respectée par Wilhelm lors du séjour à Damiette, alors que les troupes croisées font preuve d'un relâchement général. C'est ainsi qu'il refusera à la reine Marguerite de Provence la réception d'un serf qu'elle désirait faire entrer au Temple (101).

100 – Matthieu Paris – T VI addimenta - p. 162 n° 82

101 – Annuaire de la société de l’histoire de France - Règle catalane n° XLV p. 207

 

      Il se peut que Joinville ait, plus ou moins consciemment, utilisé la forme occitane « Sonac » pour bien signifier à ses lecteurs que Wilhelm de Sonay était d'origine anglo-angevine et autrefois opposé au parti capétien. En effet, il ne restait à cette époque aux Anglais que l'Aquitaine et la Gascogne en pays d’Oc.

 

      Mais l'anicroche la plus sérieuse est celle relatée par le seul Matthieu Paris (102). William Longue-Epée arrive à Damiette, en renfort, avec le contingent anglais, en juillet 1249. Après plusieurs exploits vers Alexandrie et la prise d'une opulente caravane, il se brouille avec le bouillant comte d'Artois défendu par son frère Louis IX. Écœuré, William quitte alors Damiette pour se réfugier à Acre chez les templiers ou les hospitaliers. Il n'est pas exclu d'ailleurs qu'il soit parti avec Wilhelm qui est présent à Acre à cette période (103).

102 – Paris T. V p. 76 et 130

103 – Belgrano n° XXXIII p 62

 

      Louis IX rappelle à Damiette Wilhelm de Sonay et William Longue-Epée qui assistent alors à l'arrivée des derniers renforts accompagnant Alphonse de Poitiers (104). A nouveau, un conseil royal se range derrière l'avis de Robert d'Artois qui exige l'attaque immédiate du Caire sans prendre Alexandrie, contrairement à l'avis de notre Grand-Maître (105). Là encore, si Louis IX avait écouté la voix de la sagesse, la septième croisade aurait été tout autre, Alexandrie et Damiette pouvant facilement être échangées contre Jérusalem (106), vrai but de la croisade !

104 – Paris T. V p. 142

105 - Grousset T. VII p.290

106 - Paris T. V p. 143

 

Dans le récit de Matthieu Paris, on sent poindre l'exaspération de Wilhelm et William envers Robert d'Artois, exaspération qui culminera avec la vive altercation dont nous avons déjà parlé et qui sera la cause de l'anéantissement de la cavalerie franque lors de la bataille de Mansourah et donc indirectement de la captivité du saint roi (107). Cette défaite est donc due, in fine, à la suffisance de Robert d'Artois, Capétien, envers deux chevaliers du parti anglo-angevin alors en infériorité.

107 - Paris T. V p. 130

 

     Le grand projet de la croisade qui a ressoudé l'Occident n'aura donc pas réussi à éteindre totalement les dissensions régionales.

 

      On est très loin de la présentation officielle et simplifiée retenue par l'histoire de France ! Les inimitiés franco-anglaises sont loin d'être terminées alors que la guerre de cent ans n'a pas encore débuté !

 

 

Conclusion

 Ses armes – sa généalogie

 

     Même si je vous ai cité beaucoup d'anecdotes sur la vie de Wilhelm de Sonay, je ne vous ai rien dit ni de ses armes ni de sa généalogie. Mais les connaîtra-t-on un jour ?

Récapitulatif des armes attribuées à Guillaume de Sonnac

    

     Laurent Daillez lui fait porter « d'azur à la croix alésée d'or » (108) mais la référence qu'il cite (manuscrit de Cahors) ne décrit pas cet écu (109).  La source citée étant erronée, on ne peut retenir ces armes comme étant celles de Wilhelm de Sonay.

108 – Dailliez gouvernement et institutions p. 58

109 - Templiers.net Cahors

  

      On trouve souvent, dans la littérature récente et dans internet, « d'or au lion rampant de sable, couronné, lampassé et armé de gueules, accompagné de douze carreaux aussi de gueules posés en orle » mais ce sont les armes des Saunhac, piste que nous avons rejetée dès le départ (110).

110 – Marillier p.74

 

       Les défenseurs de Sonac en Quercy lui donnent d'azur au sanglier passant de sable surmonté en chef d'une étoile d'or, d'après le sceau d'Aymar de Sonac ou d'azur à une oie d'argent surmontée en chef d'une étoile d'or celui de Raymond de Sonac (111).

 111 - Revue Lemouzi n° 192 p. 140

 

       Peut-être les armes du château de Sonnay reprises par Jacques Alexandre Becquet du Viviers lors de l’achat du fief de Sonnay en 1771 à partir d’armes préexistantes ? Les vraies armes restent à trouver, l'enquête n'est donc pas terminée...



Bibliographie en annexe 6