TOURAINE

 

     La Touraine, pour la période étudiée a été un champ de bataille continuel entre le comte d'Anjou et le comte de Blois jusqu'en 1044. Les frontières y ont changé constamment. Ce seront donc 11 occurrences de base qui seront étudiées et 14 compléments.

 

     Mais d'abord quelques dates ;

 

- 52 av JC Soumission aux légions de Crassus.

- vers 360 Caesarodunum capitale de la 3ème Lyonnaise.

- Vers 372 Fondation de Marmoutiers par St Martin (370-397)

- 461 Premier concile de Tours.

- 463 Siège de Chinon par Aegidius.

- 486 Clovis bat Syagrius à Soissons.

- 507 Clovis bat les Wisigoth à Vouillé. Création de la mon-                naie tournois frappée par la collégiale St Martin.

- 511 Création de la Neustrie.

- 567 Second concile de Tours.

- 594 Grégoire de Tours écrit l'histoire des Francs.

- 710 Création du duché du Mans.

- 732 Charles Martel bat les sarrasins entre Poitiers et Tours.

- Av 778 Création de la marche de Bretagne confiée à Roland.

- 791 Fondation de l'abbaye de Cormery.

- 813 Troisième concile de Tours.

- 845 Le viking Hasting est repoussé.

- 853 Les vikings pillent Tours et Marmoutiers.

- 860 Robert le Fort marquis Neustrie et marche de Bretagne.

- 866 Hugues l'Abbé marquis de Neustrie et comte de Tours.

- Vers 877 Ingelger puis Foulques Ier vicomtes de Tours.

- 886 Eudes puis Robert Ier marquis de Neustrie.

- 902 Foulques épouse Roscille de Loches, Villentrois, la Haye

- 908 Thibaud l'Ancien de Blois vicomte de Tours.

- 923 Hugues le Grand marquis de Neustrie.

- 935 les Hongrois repoussés à Châtillon.

 

- 940 Thibaud se nomme comte de Tours et de Blois.

- 956 Hugues Capet marquis de Neustrie

- 960 Thibaud Ier cte de Blois, Tours, ChartresChateaudun.

- 986 Fin des marches de Neustrie.

- 989 Guerre entre Foulques Nerra et Thibaud en Touraine.

- 991 Construction de Montbazon.

- 994 Construction de Langeais.

- 996 Prise momentanée de Tours par Foulques Nerra.

- 997 Robert II reprends Tours et Montbazon.

- 1005 Foulques construit Montrichard.

- 1016 Siège de Montrichard. Bataille de Pontlevoy.

- 1017 Construction de Montboyau par Foulques.

- 1028 Foulques reprend Montbazon.

- 1040 Mort de Foulques Nerra.

- 1044 Bataille de Nouy, Geoffroy Martel comte de Touraine.

- 1050 Condamnation de Béranger au 4ème concile.

- 1068 Foulques IV emprisonne Geoffroy III à Chinon.

- 1069 Révolte d'Amboise et la Roche-Corbon.

- 1080 Révolte de Geoffroy de Preuilly.

- 1096 Construction du château de La Haye.

- 1109 Foulques V comte de Tours.

- 1129 Départ de Foulques pour Jérusalem.

- 1152 Henri II épouse Aliénor d'Aquitaine.

- 1163 Alexandre III convoque le 5ème concile de Tours.

- 1195 Richard Coeur de Lion reprends Loches à Philippe II.

- 1204 Rattachement de la Touraine au domaine royal.

 


Possessions de Foulques Nerra en 987
Possessions de Foulques Nerra en 987

      Selon Louis Halphen "le comté d'Anjou au XIe siècle" pages 14 et 15, voici la carte de l'Indre et Loire montrant, en jaune, l'étendue approximative des possessions des vassaux de Foulques Nerra lors de son avènement en 987 (ronds noirs avec le nom du fief). La ville de Tours en rouge était pratiquement enserrée mais dépendait encore du domaine royal. Tout le gris représente les possessions des vassaux d'Eudes Ier de Blois. Foulques Nerra avait obtenu un droit de passage en vert de la part d'Hugues d'Alluyes seigneur de Château-la-Vallière et Saint-Christophe (voir note 8 de la référence ci-dessus) pour rejoindre ses possessions tourangelles à partir des angevines. Une guerre sans merci était inévitable.

 

     En marron les châteaux qui vont être construits pour la conquête de la Touraine par Foulques Nerra. En violet Betz le Château qui a fait l'objet d'une remarquable et complète étude proche de notre sujet : Samuel Riou et Flore Marteaux, « Une motte castrale dans le contexte des recompositions politiques au tournant de l’an mil (Région Centre, Indre-et-Loire) », Revue archéologique du Centre de la France, Tome 51 - 2012.

 

 

     - 1 - Sonnay, 37110 Saunay :

 

     Cette commune de 650 habitants est située à 5 km à l’Est de Château-Renault. Elle a également porté le nom de Sonnay au moyen age et elle est principalement connue par le fait que saint Martin de Tours y a détruit un temple gaulois pour y construire une église dédiée à Notre Dame à la fin du IVème siècle (Histoire des Francs). Le nom latin de cette paroisse était alors Solonacum ou vicus Solonacensis. Solonacum était placé sur une importante voie romaine de Vendôme à Amboise. L’église Notre Dame actuelle date du XI, XVI et XVIIème siècle. Une autre église du XIème St André puis St Gervais est actuellement transformée en habitation. Voir également "Noticia galliarum" 1675 d’Adrien de Valois au mot Cisomagus Solonacum. Sonnai était chef lieu de viguerie au IXème siècle (bibliothèque de l’école des chartes 1862 année 23 série 5 – Tome 3 page 311).

 

     Notre Dame est remarquable par son inscription datée de l’an 874 ( "Nouvelle encyclopédie théologique" de l’abbé Migné Tome 11 1851 page 115).

 

     Dans le cartulaire de Cormery (37320) , en 854, le clerc Vautier (Waltarius de Villare) donne au père abbé Audacher et aux religieux de Cormery une partie de ses biens situés "in pago Turonico, in vicaria Subnasse, super fluvium Bredana, in locis nuncupatis Villare, Gomolido seu et Monsello, nec non Comberia… et in villa Beria" ( "Mémoires de la société archéologique de Touraine" Tome 14 1864 page 12 et Tome 12 1861 page 39). L’auteur, l’abbé J.J. Bourassé, président honoraire de la société, traduit Villare par Villaines (37190 Tome 12 note 1 page 39) ou par Villiers (37150 Tome 12 page 303) et vicaria Subnasse par Sonnay (Tome 12 page 302). Villiers est proche de Cormery (17 km à l’Ouest) alors que Villaines est proche du château de Sonnay (20 km au Sud Ouest). Le ruisseau passant à Saunay s’appelle la Brenne donc compatible avec fluvium Bredana. Nous rattacherons donc cette donation à la commune de Saunay (qui portait alors le nom de Subnasse).

 

     En 946 Joseph II archevêque de Tours donne le village de Sulnacum : Sonnay à l’abbaye Saint Julien de Tours qui y fonde un prieuré (Revue rétrospective, ou Bibliothèque historique série 2 Tome IX page 30 publié par Jules Antoine Taschereau en 1837).

 

     Solonacum est traduit par Sonnai dans la "Géographie historique et administrative de la Gaule romaine" de Ernest Desjardins Hachette 1878 page 483 et dans le "traité de numismatique du moyen âge" de Arthur Engel Leroux 1891 Tome 1 page 144. Un trésor de 200 pièces datées d’avant l’an 300 a en effet été découvert dans le cimetière.

 

     En 977 Saunay est appelé Massiacus Sulnacus. L’appellation Sonnay a été utilisée du XV ème au XVII ème ( "Fragments de chartes du Xe siècle provenant de St. Julien de Tours" de Charles de Grandmaison 1886 page 83-84 et "Bibliothèque de l'École des chartes" 1886 Tome XLVII pages 252-253.

 

     Le fief de Saunay relevait du trésorier de l'abbaye de Saint-Martin. Ceci est mentionné en 1295 dans un manuscrit de Péau Gastineau chanoine de Saint Martin de Tours ( "Mémorial de l'année Martinienne" abbaye de ligugé 1960-61 page 85).

 

     D'après Marchegay, un certain Aimery de Saunay eut un procès avec l’abbaye de Saint Florent entre 1022 et 1055 au sujet d’une serve nommée Ermengarde ( "Revue des provinces de l'Ouest" Année 5 1857 page 419) après étude nous nous rallierons plutôt à la thèse de Louis Halphen qui relie Aimery de Saunay au Sauné d'Ambillou-Château ( "Le comté d'Anjou au XIème siècle 1906 p. 261-262-421) ce qui est logique car ce Sauné est beaucoup plus près du château de Trèves dont il est question dans le livre noir de Saint Florent.

 

     Sur la carte de Cassini c’est le nom Sonnay qui est utilisé.

 

     Dans "Pouillés de la province de Tours" de Auguste Longnon 1903 page 13 (Pouillé rédigé vers 1300, l’auteur pensant 1275 environ) La paroisse de Saunay est désignée comme « ecclesia de Sonnayo ». Plus loin, sur les comptes de l’évêché de 1330 page 29, le prieuré de Saunay (prioratus de Sonnayo ou Sonaio) donne 60 s. Encore plus loin page 36 au pouillé du XIV ème siècle, Saunay est appelé ecclésia de Sonaio et donne 50 s. Fin XIV ème le pouillé porte Sonnaio page 42. On trouve aussi parfois Sonai.

 

     Dans le cartulaire de Saint Julien de Tours est relaté une enquête faite vers l’an 1300 pour savoir à qui, du "priour de Sonnay" ou du comte de Blois, incombait l’entretien du pont de Sonnay. Il s’agit d’un pont sur un étang de Saunay ( "Chartes de saint Julien de Tours" fascicule 2 in "Archives historiques du Maine" Tome XII de 1913 pages 124 et suivantes). Page 58 et 75 du fascicule 1 la dénomination latine de Saunay y est "de Somniaco" en 1091 et 1106. On trouve encore Sonnay (9 fois) Sonay (2 fois) Sonnai (3 fois). Voir le site de Denis Jeanson 1, 2 et 3. A l'adresse suivante voir aussi les documents H 503, 509 et 968.

 

      En guise de résumé, voir le Carré de Busserolle Tome VI page 19

 

     Voila donc un lieu important, chef lieu de viguerie, chargé d'histoire, qui portait le nom même de Son(n)ayo à partir des années 1100. De plus le site est sur la frontière angevine de 1044 à 1144, frontière du nord Touraine avec le comté de Blois. En effet, en 1144 Sybille de Château-Renault épouse Thibaut V de Blois, ce qui supprime l'intérêt stratégique du guet. La terre de Saunay qui relevait de l'abbaye de Saint Martin, a été donnée à Saint Julien en 946 par l'évêque de Tours. Saint Julien y fonde aussitôt un prieuré qui gère le fief.

 

     Il n'y a pas eu de famille du nom de Saunay à partir de ce fief essentiellement religieux. Seule, la "Chronica magistri Rogeri de Houedene" de William Stubbs chronique anglaise publiée en 1870 page 88 cite Etienne de Blois, mort avec son frère Thibaut V à la croisade en 1190, troisième fils de Thibaut IV de Blois (1090-1152) et de Mathilde de Carinthia (Autriche +1160) comme comte de Saunais. Il peut s'agir de ce Saunay bien qu'il n'appartiennait plus alors aux comtes de Blois, mais plus probablement d'une déformation de comte de Sancerre, ce qui est suggéré dans la note p 88, car de là à parler d'un comté de Saunay, il y a un monde ! (Voir à ce sujet l'étude patronymique)

  

     Le site a pu être un poste de guet avancé du château de Château-Renault (ci-contre) à la lisière du bois de Saunay. Effectivement, un peu plus loin, sur l'autre lisière de la forêt, on trouve le château des Marronniers à Saint-Cyr-du-Gault qui a récemment défrayé la chronique. Ce château du XIXème a eu un précédent daté du XIVème qui a manifestement été construit sur une motte du Xème siècle compte tenu du lieu dit de "Basse Cour" attenant au château. Saunay a donc pu jouer le rôle habituellement tenu par les Sauneries !

  

     Dans "l'Histoire de Vendôme et de ses environs" de Michel Simon 1834 pages 61-62, il est dit que Caraman (Chéraman 37110) ou Villamoran (Morand 37110) avait été donné par Geoffroy II Martel en 1044 à Geoffroy de Château-Gontier son filleul. Il l'avait également marié à une nièce d'Agnès de Poitiers épouse de Geoffroy Martel. La naissance de leurs fils Renaud coïncidant avec leur installation dans la forteresse de Chateau-Renault (1040) laissée par Thibaut III de Blois, il l'appelèrent Château-Renault, nom que la ville a toujours. Une autre version est présentée par Wikipédia dans le cadre de la vie de Renaud II fils de Renaud I de Château-Gontier. France ballade présente une autre version un peu différente. De toutes les façons, Renaud aurait gardé Château-Renault de 1044 à 1066 date à laquelle Guicher Ier revint dans ses droits. La présence simultanée d'un prieuré et d'une tour de guet sur le vicus de Solonacum n'est pas du tout incompatible et expliquerait effectivement la mutation du nom d'origine vers Sonay (avec un O et non AU).

 

     - 2 - Saunay, 37380 Saint-Laurent-en-Gatines :

 

      Denis Jeanson mentionne une ferme de Saunay sur l'ancienne paroisse de Chenusson en 1812. Le lieu n'est pas répertorié ni sur les cartes ni au cadastre. Il y avait un prieuré Notre Dame à Chenusson qui dépendait de Saint Julien de Tours fondé avant 1143. La commune voisine de Saint Laurent était une possession de Marmoutiers avant 1007 également avec un prieuré. C'est le seigneur de Château-Renault qui assurait la sécurité des prieurés d'autant que nous sommes ici à la frontière entre la Touraine, le Maine et le comté de Vendôme. Le site devait surveiller Marray rapportant au château de Lavardin (ci contre) du conté de Vendôme dont le comte était Geoffroy II Martel jusqu'en 1056 mais qu'il fallut rendre à Foulques L'Oison à la demande du roi Henri Ier avant de passer chez les Preuilly en 1085. Il fallait également surveiller La Ferrière et ses forges rapportant aussi au château de Lavardin.

 

     - 3 - Saunay, 37370 Saint-Paterne-Racan :

 

     Denis Jeanson cite un Saunay dans la commune de Saint Paterne Racan, Aucune trace de ce saunay, peut-être s'agit-il de "Le Jaunay" mal écrit comme cela est déjà arrivé. Saint Paterne appartenait à la collégiale Saint Martin. Ce Saunay a pu être sans certitude à la frontière des Seigneurs de Château-la-Vallière et Saint-Christophe, plutôt considérés comme seigneurs du Maine avec les possessions royales ou angevines Tourangelles au même titre que Sonzay ci-dessous au n° 22.

 

     - 4 - Le Saunay, 37270 Montlouis-sur-Loire :

 

      La Bourdaisière, en 1044, était un château des comtes d'Anjou, Nouy environ 2 km à l'est commune de Saint-Martin-le-Beau appartenait au comte de Blois. Le Saunay est entre le château de la Bourdaisière et Nouy sur le point haut de la colline (83 m) où manifestement se tenait une tour d'observation pour surveiller le "Vieux Château" de Nouy. C'est à Nouy qu'eut lieu la célèbre bataille qui donna définitivement la Touraine à Geoffroy II Martel le 22 août 1044. En regardant bien la photo satellite du lieu (ci-contre), on peut apercevoir l'emplacement des pieds de cette tour carrée qui faisait 23 m de coté à la base de la motte castrale. Sur les photos aériennes de 1950-1965 du site Géoportail, on remarque déjà ces traces avant la construction de la ferme des Roussières dont dépend ce terrain.

 

     La victoire de Nouy est en grande partie assurée par les renseignements sur les mouvements de troupes de Thibaut III de Blois collectés par Lysois, sénéchal de Geoffroy II Martel . Ce dernier, hébergé par l'abbaye de Saint Julien était occupé à assiéger la ville de Tours. La tour de Saunay a fatalement joué un rôle important lors de cette bataille en guettant les mouvements de troupes le long du Cher autour de Nouy.

 

     A la bataille de Nouy Geoffroy Martel portait l'étendard de Saint Martin que les comtes d'Anjou et de Preuilly avaient seuls le droit de porter (page 173) depuis le rapatriement d'Auxerre du corps de Saint Martin par Ingelger. La légende approprie la victoire à ce grand saint.

 

     On ne sait pas quand Lysois a conquis et construit le château de la Bourdaisière mais le château d'Amboise confié par Louis II le Bègue à Ingelger en 878 fut confié par celui-ci à Robert Haimo. Par la suite Foulques Nerra le confia à Lysois et ce dernier n'eut de cesse d'agrandir son domaine qui apparemment, d'après la carte du préambule, ne comprenait pas encore la Bourdaisière en 987. Après la bataille de Nouy en 1044, le site ne sera plus sur la frontière puisque l'ensemble de la Touraine fut intégré aux possessions angevines.

 

     - 5 - Les Saunés, 37600 Saint-Jean-Saint-Germain :

 

     Denis Jeanson cite les Saunés sur la paroisse de Saint Jean sur Indre près de Loches en 1826 et 1960. La cartographie actuelle ne reprend pas ce nom, peut être s'agit-il des Champs Cenay encore visibles sur le cadastre de saint Germain. C'est un site stratégique sur les coteaux de la rive droite de l'Indre 54 mètres au dessus du village de saint Germain. Nous sommes tout proche de Loches que Foulques Ier d'Anjou avait reçu de son mariage avec Roscille de Loches vers 920. Le site domine donc l'endroit exact où l'Indre entre définitivement en pays lochois. Perrusson proche appartenait au père de Roscille en 853, il en fit don à l'abbaye de Cormery qui y fonda le prieuré de Saint Genest. Nous sommes juste à la frontière avec le fief de Buzançais dont la famille était apparentée aux Ingelgeriens suite au mariage d'Ingelger avec Aelendis de Buzançais et Chatillon (ci-dessus). Verneuil sur Indre (Touraine) formait un seul fief depuis 871 avec Buzançais (Berry). En 1030 Foulques Nerra contrôle Buzançais et le site n'est toujours pas sur la frontière des possessions angevines de Touraine. Par contre il devient nécessaire lors de la révolte de la maison d'Amboise réunie au fief de Buzançais suite au mariage, organisé par Foulques Nerra, de Lysois de Bazogers avec Hersende de Buzançais en 1014. Cette révolte faisait suite à l'emprisonnement de Geoffroy le barbu par son frère Foulques IV le Réchin. Elle commença en 1068 sous Sulpice Ier et se termina en 1109 année de la mort de Foulques IV le Réchin et de la réconciliation d'Hugues Ier d'Amboise avec Foulques V. La guerre reprit en 1135 entre Sulpice II et Geoffroy le Bel jusqu'à l'intervention du futur Henri II en 1153 pour la libération des successeurs d'Amboise emprisonnés par Thibaut IV.

 

     - 6 - Lieu des Saunays, 37500 Thizé :

 

      Denis Jeanson signale le « lieu des Saunays » paroisse de Thizay en 1771. Le lieu n'est plus cartographié ni cadastré. Nous sommes cependant à la lisière du bois de Fontevraud, nécropole des Plantagenêts. C'est Ermengarde d'Anjou qui, avec son demi frère Foulques V, en 1112, est la première à prendre l'abbaye sous la protection comtale. Une butte naturelle près de Thizay est défendue par le château de la Frau et a pu être fortifié. Le coteau motté (maintenant matté) pourrait également être le lieu recherché. On peut expliquer le pluriel en pensant qu'il y avait un Saunay avant la remise du château de Chinon et un autre après pour surveiller la Vienne dans l'autre sens. A Cinais, la commune voisine, il y avait un oppidum gaulois appelé "Camp des Romains" également très bien placé pour la surveillance. Avec le château de la Roche-Clermault et celui de Sonnay nous avons une ceinture efficace pour garder le château royal de Chinon, place forte principale des Plantagenêts. 

 

      Après la chute de Saumur, les possessions angevines arrivent tout proche du château de Chinon (Nazelle, par exemple, près de la Roche-Clermault relevait de Saumur). Dés 1026 un Saunay a donc pu être bâti pour surveiller les troupes de Chinon. C'est en 1038 que, selon de Salies (Chap XXII p. 280), Foulques Nerra négocia avec la ville de Chinon la remise du château. En 1044 Geoffroy Martel remportait la victoire de Nouy sur Thibaud III de Blois. Il recevait contre la libération de ses ennemis l'ensemble du comté de Touraine, ce qui fait que Chinon n'était plus dès lors un poste frontière.

 

     - 7 - Château de Sonnay, 37500 Cravant-les-Coteaux :

 

      Cette région était peuplée du temps de la préhistoire comme en témoigne à Cravant le dolmen de Briançon ou du Gros-Chillou ainsi que les recherches de Fernand de Saint-Exupéry. L’emplacement même du château de Sonnay était déjà habité par les Gallo-Romains, ce que montre une lettre du 13 décembre 1899 de Fernand de Saint Exupéry adressée à la "revue archéologique" qui la publie en 1900 3ème série Tome 36 à la page 464. Cette lettre fait état de la découverte, dans la propriété de Mr de Sonnay, parmi des débris Romains, d’une piscine romaine intacte. Elle signale également des fortifications diverses et la découverte de monnaies romaines. Voir aussi "La revue littéraire de Touraine" de A. Chauvigné 1885 page 82.

 

     A cet endroit, une falaise rectiligne a été formée sur une faille tectonique empruntée par le lit de la Vienne. Le lieu est propice à l’installation de forteresse contrôlant la route Chinon - l’Ile-Bouchard. 

 

      La première mention du château médiéval date de 1268 comme le signale le dossier de la base Mérimée de l’inventaire général du patrimoine culturel ainsi que le dictionnaire de J. X. Carré de Busserolle Tome VI page 85. Le premier propriétaire connu est Pierre Sonnai chevalier en 1268 (ceci est remis en cause par notre étude sur les propriétaires de Sonnay voir aussi Poitou n° 6) . Le fief dépendait de la Roche-Clermault (n°6 ci avant).

 

      Dans le volume 29-30 des Mémoires de la société archéologique de Touraine 1880 page 350, on cite la Motte de Sonnay ferme, commune de Cravant. Un lieu-dit la Basse Cour est attenant. Ceci confirme que le château originel n’était pas situé au bas du coteau comme actuellement, mais occupait une position défensive plus haut sur le bord du plateau. Ce qui parait logique.

 

      La carte de Cassini appelle le lieu Saunay (en fait, on peut se demander si Cassini n’a pas interverti Sonnay et Saunay (n°1 ci avant) sur sa carte, la confusion entre ces deux lieux d'Indre et Loire étant très fréquente).

 

      Le livre « Pouillés de la province de Tours » de Auguste Longnon 1903 nous fournit une piste intéressante. Un Pouillé est la liste des paroisses d’un diocèse. Le diocèse de Tours se divisait au XIIIème en trois archidiaconats par rapport à la ville de Tours. Celui qui nous intéresse est celui d’Outre-Vienne, c'est-à-dire celui qui comporte des paroisses au-delà de la Vienne par rapport à la ville de Tours (Sud). Nous nous intéressons à l’archi-presbytère de l’Ile Bouchard (Insula Buchardi) et plus particulièrement à la paroisse de Sonnay près de Cravant les Coteaux 37500.

  • Sur le pouillé rédigé vers 1300 (ou vers 1275) page 16, il n’y a pas encore d’e chapelle à Sonnay. La paroisse était alors être Cravant (ecclesia de Cravento) dépendant de Marmoutiers de Tours (majoris monasterii). Toujours rien fin XIVème. La fontaine au dessus du château s'appelle d'ailleurs fontaine de Saint Martin.
  • Au XVème a été annexée une liste des chapelles. Cette liste a également été éditée dans "Cartulaire de archevêché de Tours (Liber bonarum gentium)" tome I pages 58-64 de Louis de Grand-Maison.
  • A la page 49 des pouillés de Tours nous relevons également : - Cravant : Anno domini MCCCLXXII, die XIIa augusti, domina Ysabellis Mailliaco, domina de Narçaio et Sonnaio, uxor domini Gauffridi, domini de Saumonçiao, fundavit unam cappellam in ecclesia de Cravento, Turonensis diocesis, de tribus messis qualibet ebdomada, et eam dotavit de XX libris redditus cujus patronatus, ad ipsam et heredes suos, dominos de Sonnaio, et collatio ad nos spectat, et fuit collata ad presentationem suam P[etro] Caillaut, presbitero.
  • Ce qui se traduit par : Le 12 août 1372, dame Isabelle de Luynes, seigneur de Narçay et de Sonnay, épouse de Geoffroy, seigneur de Saumoussay, a fondé une chapelle en l’église de Cravant, diocèse de Tours, dotée d’une rente de 20 livres pour trois messes hebdomadaires demandées pour son propre salut et celui de ses héritiers les seigneurs de Sonnay. Elle fut conférée à sa demande à Pierre Caillaut, prêtre.

 

     Isabelle (ou Isabeau dame de Saumoussay) de Maillé avait un illustre ancêtre Templier en la personne de Jacquelin de Maillé (Jakelinus de Mailliaco) né vers 1140, entré dans l’ordre du Temple en 1177 et mort à Tibériade en 1187 ("Dictionnaire géographique, historique et biographique d'Indre-et-Loire" de Jacques-Xavier Carré de Busserolle 1882 tome IV page 142). La famille de Sonay semble s’être éteinte tout début XIVème siècle, ce qui explique qu’il n’y ait pas eu de revendication de famille concernant les croisades pour Guillaume de Sonnac (si l’on exclue celle des de Saunhac, voir erreurs). Le dernier représentant connu étant un Pierre Sonay chevalier ayant fait un don à Geoffroi Morin à Thouars le 26 juillet 1299 ( "Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques Tome VI bibliothèque de l’Arsenal" 1892 page 194 et nos études patronymiques).

 

Fresques de la chapelle d’Isabelle de Luynes XIVè
Fresques de la chapelle d’Isabelle de Luynes XIVè
 la chapelle XIVè au premier plan
Eglise carolingienne St Léger IXè du vieux bourg de Cravant

 

     Luynes est proche de Tours, 13 km à l’Ouest, sur les bords de Loire. Saumoussay (49400 Saint-Cyr-en-Bourg), à 6 km au Sud de Saumur sur les bords du Thouet, proche de Fontevraud, était un fief du Loudunois angevin.

 

     En 1375 un certain Jean Ovard est annobli et prends le titre de seigneur de Sonnay mais ce n'est pas ce Sonnay car on en connait les propriétaires en 1375 : Juhez de Maillé-Villeromain neveu de dame Isabelle ci-dessus (dictionnaire des ennoblissements TI 1788 p 149). Peut être s'agit-il de Jean Allard du Sonnay de Dangeau (Perche n°4), Ovard pouvant aussi s'écrire Auvard.

 

      En page 49 du Pouillé de Tours on peut lire : Sonnay : Item, cappella sita in castro de Sonnayo, in honore Catherine fundata die tertia mensis septembris, anno Domini M CCCC XLVI, per dominum Johannem, archiepiscopum Turonensem, fuit collata Johanni Barbier, clerico (la chapelle seigneuriale de Sonnay dépendait de l’archidiaconé d’Outre Vienne).

 

      Traduction : de même, la chapelle située dans le château de Sonnay, dédiée à Ste Catherine, fondée le 3 septembre 1446 par le seigneur Jean (Bernard), archevêque de Tours, conférée au clerc Jean Barbier.

 

      On peut toujours voir une petite chapelle reconstruite par Frédéric de Foucaud en 2002 dans le parc mais au XVIIIème la chapelle était située dans une tour Ouest du château. Elle est mentionnée dans la publication de la bibliothèque de l’école des chartes de 1866 page 381 sous le nom de chapelle Sainte Catherine du château de Sonnai. Fait curieux mais certainement voulu, Une chapelle dédiée à sainte Catherine d'Alexandrie fut construite également au Sauné près d'Ambillou-Château (Anjou n°2) possédé à cette époque par le mari d'Isabelle, Geoffroy de Saumussay. Trois Sonay étaient alors réunis dans les mêmes mains : Touraine n°7, Anjou n°2 et Anjou n°4.

 

       De 1427 à 1450 Chinon devient temporairement capitale de la France sous Charles VII surnommé "roi de Bourges" puis Louis XI, Charles VIII et Louis XII. Sonnay est on ne peut mieux placé pour loger les courtisans. Mais nous renvoyons le lecteur au site de Frédéric de Foucaud propriétaire actuel du château de Sonnay, site alimenté par nos recherches et réalisé en commun, pour plus de détails sur cette époque.

       

       Voici les références citées par Denis Jeanson

 

     37 Sonnay. Cne de Cravant-les-Coteaux. Anno Domini MCCCLXXII die XX augusti, domina Ysabellis de Mailliaco, domina de Narcaio et de Sonnaio, uxor domini Gauffridi, domini de Saumoncaio (Cartulaire de l’Archevêché de Tours, t. 1, p. 61-62) ; Hommage par Françoys Le Roy, seigneur de Chavigny pour sa terre de Sonnay, au seigneur de La Roche Clermaux, 15 mai 1580 (archives de Sonnay) ; Contrat d’achat de la terre de Sonnay par Antoine de La Barre, seigneur d’Angliers, demeurant à la Brosse, paroisse de Roiffé [Vienne], à messire François Le Roy, seigneur de Chavigny, 3 mai 1591 (acte Bouyn-Chinon) ; Aveu de Sonnay à la Roche [Clermault] par lequel appert ce qui suit, rendu par René de la Barre à Balthazar Le Breton de Villandry, passé par [Louis] Lesergent, notaire royal à Chinon, signé Balthazar Le Breton, René de la Barre, Guetté, senechal, Vallet, procureur de Cour, et Bouilly, greffier, 21 mai 1638 (acte Lesergent-Chinon, archives de Sonnay) ; Le fief de Sonnay, 6 vingts l., paroisse de Cravant, par devant nous, lieutenant général en Touraine, a comparu René de la Barre, escuyer, lequel a déclaré qu’il est seigneur de Sonnay, et il a été déchargé par notre procès verbal dud. jour, 28 juin 1639 (B.N.-Fonds Châtre de Cangé, n° 4835, Roolle des fiefz de Touraine, rolle de Chinon, fol. 84) ; Sonnay, 24 juillet 1640 (A.D. 37-G 10) ; Aveu et dénombrement de la terre de Sonnay par Herculle de la Barre à La Rocheclermault, 29 juin 1654 (archives de Sonnay) ; Aveu et dénombrement de la terre de Sonnay par Claude de la Barre à La Rocheclermault, 22 novembre 1659 (acte Arvers-Chinon, archives de Sonnay) ; Feu René de la Barre, écuyer, sieur de Saunay, et Françoise de Maillé, son épouse, 3 décembre 1666 (A.C. de Veigné-GG 2) ; Vente de la terre de Sonnay à Cravant, par demoiselles de La Barre Maillé à Antoine Bourlard, Montreuil, 12 novembre 1770 (acte Péan-Chinon) ; Sonnay, XVIIIe s. (A.D. 37-G 178, 622) ; Saunay, XVIIIe s. (Carte de Cassini) ; Sonnay, 1832 (Cadastre) ; Sonnay, 30 septembre 1847 (acte Robin-Tours) ; La terre de Sonnay située commune de Cravant, 27 avril 1863 (acte Scoumanne-Tours) ; Sonnay, 1969 (Cadastre) ; Sonnay, 15 décembre 1979 (acte Prochasson-Chinon). Chapelle Sainte-Catherine. Fief relevant de La Roche-Clermault.

 

      Petite bibliographie sur Sonnay :

 

  • Archives d’Indre et Loire G 178 622 baronnie de Chinon 
  • P Anselme Histoire généalogique de la maison de France Tome V p 607
  • Rôle des fiefs de Touraine
  • Mémoire pour S.A. Bourelart Blois 1772
  • Goyet Nobiliaire de Touraine (manuscrit archives Indre et Loire)
  • Beauchet-Filleau Dictionnaire des familles de l’ancien Poitou Tome II p 695
  • Bétancourt Noms féodaux Tome IV p 119
  • Chanoine Audard Bulletin de la société archéologique de Touraine XXVII 1938 p 226
  • Ranjard La Touraine archéologique 1930
  • Rouge Vieilles demeures tourangelles 1958 p 257

     Voir aussi dans l'étude patronymique les personnages que l'on peut rattacher au château de Sonnay. L'existence d'une famille connue rattachée formellement au site en fait, et de loin, le site principal concernant les origines du Grand Maître Guillaume de Sonay. 

 

       Rappelons que le site fait partie de la ceinture entourant le château royal de Chinon et qu'il a été sur la frontière angevine avec la Touraine du comte de Blois Thibaut III de 1038 à 1044 et qu'il occupe une position défensive très marquée en bordure de coteau.

 

     - 8 - La Motte de Saunay, 86270 Mairé :

 

  Voila un site bien typé quand à son nom, malheureu-sement il n'est plus localisé sur les cartes, c'est seulement le nom de la départementale D5 longeant la Creuse mais passant sous un lieu idéal pour un poste de guet: le château de Rocreuse. En regardant bien les photos aériennes du site, on peut voir l'emplacement d'une tour circulaire de 8m de diamètre, proche du château actuel, qui pouvait être l'emplacement de notre Saunay. A moins que Saunay ait été au bord de la Creuse pour percevoir des droits de passage ce qui expliquerait une motte qu'il n'y avait pas besoin de construire sur la hauteur défendue naturellement. Le site domine la Creuse de 70m, la vue y est très étendue sur la vallée et la Touraine. La pente y est très prononcée.

 

         Preuilly au sud est était une baronnie importante de Touraine avant le IXème siècle. Atton de Preuilly, en tant que vicomte de Tours, était présent avec son préfet Ingelger lors de l'expédition d'Auxerre. Premiers barons de Touraine, les seigneurs de Preuilly avaient le privilège de porter l'étendard de saint Martin au combat. Ils deviennent Comtes de Vendôme en 1085 avec Geoffroy III de Preuilly ou II de Vendôme dit Jourdain, apparenté aux comtes d'Anjou par son mariage avec Euphrosine de Vendôme.

 

     Geoffroy II de Preuilly dit Martel avait pris parti contre Geoffroy III d'Anjou dit le Barbu mais Foulques le Rechin le laissa être massacré par la foule alors qu'il venait de lui  livrer son frère. La même histoire se répète avec Geoffroy III de Preuilly. Foulques V détruit le château de Preuilly en 1116, il est reconstruit en 1130. Par la suite, l'alliance entre les Preuilly et les comtes d'Anjou est intermittente jusqu'en 1173 avec Henri II. Le fief de Preuilly est associé avec ceux de Vendôme, la Roche-Posay et la Guerche.

 

 

 

     Par chance, la Bibliothèque Nationale possède une carte précise des fiefs de la baronnie de Preuilly établie par Antoine Girollet (1745-1771). Cette carte va nous être précieuse pour placer nos Saunay dans le contexte de la Touraine du sud bien que la baronnie de Preuilly, très ancienne vu son histoire remontant aux vicomtes des marches de Neustrie, a vu son périmètre évoluer au cours du temps.

 

     Rocreuse relevait du château de la Guerche. L'histoire de la Guerche est assez mouvementée mais indispensable à notre recherche :

     La suite de l'histoire est tout aussi perturbée avec les amours de Charles VII et Agnès Sorel qui chassèrent les Preuilly de la Guerche (raison pour laquelle La Guerche n'est pas dans la baronnie sur la carte ci-dessus), puis les guerres de religion avec les affrontements des ligueurs et des réformés de Preuilly. Mais tout cela dépasse notre étude. 

 

     Voici donc notre Saunay de Rocreuse avec des repères sur la carte de Preuilly agrandie. On voit bien que Rocreuse n'avait aucune raison d'être un poste de guet tant que la famille de Preuilly avait le château de la Guerche. Par contre c'était auparavant un poste d'observation idéal pour les seigneurs de la Guerche vis à vis de leur puissant voisin de Preuilly. Donc avant 1100... Mais depuis quand ? Le fait qu'il y aie mention d'une motte plaiderait pour le Xème siècle. Le nom d'origine du château de la Guerche : castrum Wirchiae le rapproche de la Guerche-de-Bretagne wirchia, la Gierche wirchia dans la Sarthe et la Guerche-sur-l'Aubois dans le Cher et provient d'un patronyme franc du V ou VIème siècle.

 

     Selon Denis Jeansonwirchia provient du francique werki : "croisement de branches d'arbres formant souche", puis "fortification", avec le suffixe à valeur collective ia. Ce nom indiquerait un poste de défense des Francs contre les Bretons ou, dans notre cas, contre les Wisigoths ! Ce qui nous remonte avant 507 date de retrait des Wisigoths après la victoire de Clovis à Vouillé soit aussi loin que nos Sauneries de Jublains en Mayenne (Maine n°3, 4, 5 et 7). Les emplacements a de la Guerche (37) et b de la Guerche-sur-l'Aubois (18) correspondent effectivement à l'avancée extrême du royaume de Toulouse (418-507). Mais quant est-il pour c la Guierche en Sarthe ? Nous ne sommes qu'à 2 km de la Sonnette de la Bazoge (Maine n°20). d La Guerche de Bretagne nous ramène au petit village d'Arbrissel et donne des perspectives nouvelles pour les n°4, 5, 6 et 7 de Bretagne

 

Extension maximale du royaume wisigoth en 500
Extension maximale du royaume wisigoth en 500

   Et que dire de e la Guerche 49120 Chemillé-en-Anjou, de f la Guerche 61700 Domfront-en-Poiraie, de g la Guerche 35750 Iffendic, de h la Guerche 22170 Plélo, de i la Guierche 79320 Moncoutant, de j la Guierche 37360 Saint-Antoine-du-Rocher, de k la Guierche 85250 Vendrennes, de l la Guierche 79700 Saint-Amand-sur-Sèvre, de m la Guerche-Carrée 61700 Lonlay-l'Abbaye, de n la Guerche 44830 Brains, de o la Guerche 03190 Nassigny, de p la Guerche 22100 Trélivan, de la Guerche 35120 Broualan, de r la Guerche 35460 Saint-Marc-le-Blanc, de s la Guerche 35490 Gahard, de t la Guerche 37130 Langeais, de u la Guerche 44118 La Chevrolière, de v de la Guerche 44360 Saint-Étienne-de-Montluc, w la Guerche 22100 Saint-Hélen, de x la Guerche 49170 Savennières, de y la Guerche 49230 Sèvremoine, de z la Guerche 49600 Beaupréau-en-Mauges, de 1 la Guerche 49750 Val-du-Layon, de 2 la Guerche 53470 Commer, de 3 la Guerche 53970 Nuillé-sur-Vicoin, de 4 la Guerche 56350 Béganne, de 5 la Guerche 61170 Saint-Léger-sur-Sarthe, de 6 la Guerche 76490 Rives-en-Seine, de 7 la Guierche 23800 Lafat, de 8 la Guierche 37360 Saint-Antoine-du-Rocher, et de 9 la Guierche 72800 La Chapelle-aux-Choux ?

 

      La première constatation après avoir placé tous ces villages sur la carte de l'époque, c'est que tous les Guerche et tous les Guierche de France sont situés sur notre carte de l'ouest de la France, il n'y en a pratiquement pas ailleurs.

 

     Ils sont principalement affectés à la marche bretonne de Roland et des Francs de Neustrie ce qui confirme pleinement l'approche toponymique expliquée par Denis Jeanson. L'approche wisigothique est par contre beaucoup moins marquée et encore antérieure puis qu'avant la Neustrie  de Syagrius ! Beaucoup de lieux concernés sont au delà de la frontière wisigothe donc postérieurs à 507.

 

       On peut également constater que cette marche bretonne n'a cessé de reculer pour s'arrêter au niveau de Tours. et qu'elle s'est stabilisée un moment sur la ligne kilzye1x32fm qui a dû présenter une limite de résistance temporaire franque vis à vis de l'avancée bretonne.

 

      Et enfin, ce qui est un résultat intéressant, c'est que le terme francique Werki, terme germanique de castellologie primitive, s'est petit à petit déformé pour donner Guerche, nom propre utilisé pour désigner une famille anoblie prenant le nom de son fief. C'est exactement ce qui s'est passé avec Sona qui a finalement donné Sonay. Nos constatations ne sont donc plus isolées mais il y a donc eu d'autres cas similaires dont celui de Werki-Guerche.

 

     Pour l'étude des lieux portant le nom de Guerche, nous renvoyons le lecteur aux travaux non publiés de Robert Cousin de Niort, de ceux de Jacques Jarry publiés dans la revue de l'ADANE, ainsi que les travaux de Michel Rouche à propos de l'Aquitaine du haut moyen-age.

 

     Suite aux prochains numéros...

 

     - 9 - Saunay, 37359 Chaumussay :

 

     Ce lieu est situé au nord de la baronnie de Preuilly et plutôt orienté pour surveiller l'aval de la Claise, proche du château de Boussay appartenant aux de Menou mouvant également de Preuilly sur Claise. Avec le lieu dit La Tour qui dénote une fortification, au sommet de la colline, on surveille en même temps la vallée de la Claise et la vallée de la Creuse qui formait avant l’extension de Preuilly frontière avec le Poitou.

 

     On connait peu de choses de l'histoire ancienne de Chaumussay. Les traces préhistoriques sont nombreuses, Solutréen, Néolithique, age du fer, restes gallo-romains. Le plus ancien texte connu parlant de Chaumucayum (XIIIème) et de sa Châtellenie est dans le cartulaire de la Merci-Dieu près de la Roche-Posay. Le plus ancien seigneur cité est le chevalier Jehan de Gastineau (1225-1240) frère de Péan, chanoine de Saint Martin de Tours, auteur d'une vie de Saint Martin et d'un rituel. C'est dans ce rituel qu'est indiqué qu'un certain Geoffridus de Sonnaio (Patronymie n° IV) devait hommage au trésorier de Saint Martin.

  

     Il y avait peu d'intérêt pour les puissants seigneurs de Preuilly de se garantir vers le nord sauf lors des révoltes de Preuilly contre Foulques IV en 1067 et Foulques V en 1116. Par contre il est plus probable que l'on est ici, en Touraine du sud en présence de plusieurs Saunay bien plus anciens. Il n'est pas difficile de s'imaginer que le Lion de Preuilly, comme il s'était surnommé, de la haute noblesse franque (Atton), n'aie pas construit son château (comme celui de la Guerche) au contact direct de l'ennemi wisigoth. Commence donc à se former une ligne frontière, La Guerche, la Motte de Saunay - Rocreuse n°8, Saunay de Chaumussay n°9, Boussay, Preuilly, la Saulnerie n°13, Saulnay n°12, Bois Sonnet n°10, Bridoré, Chaillou, Gué de la Sonnerie n°14 qui devait être celle des Wisigoth avant 507. Voir la carte au n°14.

 

     - 10 - Bois Sonnet, 36700 Fléré-la-Rivière :

 

     Le site est à 200 mètres de la limite entre le département 37 et 36. c'est un petit bois au sommet d'une colline. Le site n'est pas éloigné de Charnizay et du site des Palets de Gargantua. Il complète la ligne de fortification du n°9 ci-dessus. La fortification suivante étant le château de Bridoré, en vue du site, qui fut rebâti au XVème sur une forteresse primitive, peut être même gauloise compte tenu de l'étymologie de Brioderus vicus. Bridoré relevait de Pressigny et non de Chatillon, Loches ou Preuilly. Le site de Bois-Sonnet présente l'avantage d'avoir une vue prenant en enfilade la vallée du ruisseau de la Fontaine-de-Saint-Flavier jusqu'à Fléré-la-Rivière au bord de l'Indre.

 

     Au pied du bois c'est la source du ruisseau de la Fontaine-Martin (comme au château du Sonnay de Cravant) et à quelques centaines de mètres on trouve le site de la commanderie templière de la Chastre-aux-GrolesSavary de Sonayo exerçait en tant que précepteur !  Une forge et un moulin étaient implantés le long du ruisseau le Ruban en contrebas avec plusieurs lieu- dits suggestifs comme la Limite, le Mineray, les Défends, la Bataillerie, le Mauloup... tout un programme ! On peut relever une autre anomalie car la commanderie de la Chastre à un nom correspondant à une fortification, elle d'ailleurs est ceinte d'un fossé important or les commanderies n'ont pas été fortifiées par les templiers, certaines ne l'ont été seulement par la suite du temps des hospitaliers au XIVème or la Chastre possédait déjà ce nom du temps des templiers. Ceux ci se sont donc établis dans une ancienne forteresse dont nous ne savons rien.

 

    Châtillon-sur-Indre (ci-contre) très proche, fut une place très importante dans l'histoire Tourangelle. L'emplacement fut donnée par Charles le Chauve à Haimon Ier en 860-870 avec la terre de Buzançais (la petite Byzance) et le tiers d'Amboise (dont Ingelger avait un autre tiers). Plusieurs de Buzançais accédèrent au titre envié de trésorier de Saint Martin de Tours et Hervé II reconstruisit la basilique en 1003 après l'incendie de 994. Henri II Plantagenet fut nommément seigneur de Châtillon de 1151 à 1189. C'est lui qui édifia le château et les fortifications en 1160 et 1185. Les angevins quitteront définitivement Châtillon en 1205 après d'âpres combats entre Richard Coeur de Lion et Dreux IV de Mello.

 

     Notre ligne wisigothe par contre devait passer un peu plus au nord de Châtillon (bâti plus récemment), plutôt par Bridoré, le Donjon, la Motte-Blanche, et le château de Chaillou en suivant à peu près les limites départementales.

 

      Décidément, ce site présente toutes les caractéristiques pour être particulièrement important pour notre étude et pourrait concurrencer le Sonnay de Cravant sauf qu'il n'existe pas de famille du XIIème siècle ayant porté le nom de Sonayo associable à ce lieu (les templiers ne pouvant être considérés comme natif de l'endroit où ils ont exercé leurs fonctions).

 

     Proche des confins des positions angevines, ce lieu ne peut à proprement parler faire partie de la frontière du temps des Plantagenets car entouré de fiefs alliés depuis le mariage d'Ingelger avec Aelendis puis de Foulques Ier dit Le Roux avec Roscille de Loches vers 925. Beaucoup de détails militent donc pour le faire remonter avant le IXème siècle.

 

     - 11 - Sonnay, 36290 Saulnay :

 

     Près de Mézières en Brenne (36290) existe un village du nom de Saunay, cité dans une charte de Cormery datée de 840 (Soduniacus en latin), sur l’Ausance dans la viguerie de Buzançais (36500) (Dom Bouquet Tome VI p 677) (« Bibliothèque de l’école des chartes » série 5 Tome 4 1863 page 411).

 

     En fait, il s’agit du village de Saulnay (36290) sur le ruisseau d’Ozance à 8 km au Nord Est de Mézière en Brenne ; Saunay sur la carte de Cassinni. Saulnay dépendait de l’abbaye de St Genou et était un fief de Buzançais. L’église de Saulnay est dédiée à Saint Martin et l’on peut donc penser que le nom même de Saulnay soit également relié au Saunay d’Indre et Loire n°1 ci-dessus.

 

     On peut aussi citer un vieux proverbe de la Brenne qui disait "Paunay, Saunay, Rosnay et Villiers quatre paroisses de sorciers"

 

     Les relevés de Denis Jeanson donnent : Le Prieuré-Saint-Martin-de-Saulnay. Cne de Saulnay. Et [Prior] de Sonayo, 1351 (Pouillé de Bourges, p. 45, 67) ; Prioratus de Sounaco, patronus Abbas Sancti Sigisranni, 1648 (Pouillé de Bourges, p. 137) ; Prieuré Saint Martin de Sonay ou Saunay, de Sonnayo, patron : Monseigneur [archevêque de Bourges] pour [l’abbé de] Saint Siran, 5 septembre 1766 (A.D. 18-2 F 147, fol. 43) ; Prieuré Saint Martin de Sonay ou Saunay, de sonayo vel de Ausoniaco, uni à l’abbaye de Saint Siran, 5 septembre 1766 (A.D. 18-2 F 147, fol. 81). Prieuré régulier, puis simple, dépendant des bénédictins de l’abbaye de Saint-Cyran-en-Brenne.

 

     Le texte ci dessus "de sonayo vel de Ausoniaco" à première vue semble se rapporter à notre Guillaume de Sonnac bien que datant de 1766 ! En fait Ausoniaco désigne l'Osance. Un lieu-dit le Château de Saulnay existait en 1716 il était possédé par Jacques Alexandre de Sorbiers (A.D. 36-3 B 28). La Marchandière toute proche appartenait aussi à la famille de Sorbiers depuis le XIème siècle. Il ne semble pas y avoir eu de famille du nom de Saulnay. Là aussi, le fief est essentiellement de nature religieuse (prieuré de Saint Cyran à Saint Michel-en-Brenne).

 

     Le site ne présente pas de position défensive particulière car le pays de Brenne est très plat mais une fortification entre Preuilly sur Claise et Buzançais le long de l'Ozance semble nécessaire pour une bonne défense de la frontière sud de la Touraine. Il fut donc sur la frontière angevine de 879 à 1152. Saulnay était à la frontière du sud Touraine avec l'Aquitaine rattaché au fief de Buzançais qui fut de tout temps proche des Angevins puisque Ingelger lui même en à reconstruit le château. Saulnay n'a été rattaché au Berry que bien plus tard.

 

 

COMPLÉMENT

 

 

     - 12 - Saulnay, 37290 Charnizay :

 

     Du point de vue stratégique, Saulnay est placé entre Preuilly-sur-Claise et Châtillon-sur-Indre sur une colline surplombant l'Aigronne, il est sur la frontière historique du sud est de la Touraine avec le Berry. A Charnizay se trouve un dolmen du nom de Palet de Gargantua. On y a trouvé des haches de l'age de bronze et un trésor gaulois de pièces d'argent. Charnizay était une châtellenie dépendant de Preuilly. L'église est sous le vocable de Saint Martin et appartenait au Xème siècle à Marmoutiers. Le fief de Charnizay appartenait à la famille de Menou connue par sa branche Menou de Boussay et le général d'Empire Jacques François de Menou-Boussay. La famille Menou est originaire du Perche et s'est installée en Touraine à partir de 1330. Le fief provenait de la famille Péan apparentée aux Preuilly.

 

     Là encore, en reportant Saulnay sur la carte de Preuilly, nous sommes en plein cœur du fief, il s'agit donc d'une frontière plus ancienne que le IXème siècle à rapprocher de celle du n°9 ci-dessus.

 

    On peut aussi être frappé des ressemblances de noms de ces deux derniers sites avec celui de Sauné à Ambillou le Château (41) : Sauné, Saumoussay (Anjou n°2) – Saulnay, Charnizay (n°12) - Saunay, Chaumussay (n°13). N'y a t'il pas une ressemblance avec le palais royal franc de Samoussy (02840) près de Laon ? 

 

     - 13 - La Saulnerie, 37290 Charnizay :

 

     Les mêmes remarques que pour le site précédent sont applicables à ce site. Il est placé de la même façon au bord de la Muanne autre affluent de la Claise et regarde vers le sud. Un lieu-dit la Forge est proche, sur les bords de la Muanne. La Saulnerie est sur la ligne reliant Saulnay n°12 avec Preuilly, se situe à mi chemin entre les deux et complète donc la ligne de front décrite au n°9.

 

     - 14 - Gué de la Sonnerie, 37460 Loché-sur-Indrois :

 

Jaune : possessions de Foulques Nerra, vert : Indre et Loire, marron : Indre
Jaune : possessions de Foulques Nerra, vert : Indre et Loire, marron : Indre

     Nous sommes ici tout proches de la frontière de la Touraine mais pas dessus puisque le bourg et le château d'Ecueillé un peu plus à l'est était la dernière paroisse de Touraine, Cloué  encore un tout petit peu plus à l'est faisant partie du Berry. Le gué de la Sonnerie traverse le ruisseau du Calais affluent de l'Indrois. La Sonnerie devait donc être au dessus, au lieu-dit "la Roche" par exemple, et surplomber l'Indrois. Plusieurs noms de lieu-dits autour de Loché comme "le Carroi des Forges", "le Mâchefer",  et "la Minée" indiquent une activité métallurgique ancienne. La Sonnerie a pu être sur la frontière avant la construction du bourg d'Ecueillé dont la plus ancienne mention date de 1107. Loché était une châtellenie relevant de Sennevières qui elle même était une possession de l'archevêque de Tours donc relevait des comtes de Blois avant 1044.

 

     Par contre, le Gué de la Sonnerie est proche de Villedômain qui présente une exception par rapport à Ecueillé et Loché. En effet, avant 1173 le domaine de Doince à 1km de la Sonnerie appartenait aux bénédictins de Saint Genou sur le fief de Buzançais. De plus, en 1243, Regnaud de Villedômain, premier seigneur connu du lieu, relève du château de Bridoré (certainement un reste de notre ligne frontière). On peut donc dire que Villedômain, bien qu'entouré des possessions du comte de Blois, appartenait déjà à Foulques Nerra en 987, comme nous l'avons d'ailleurs dessiné sur la carte en début de page, et ce depuis le mariage d'Ingelger vers 877. Pas étonnant alors de trouver une Sonnerie bien placée pour épier Loché-sur-Indrois pour le compte de Villedômain de 877 à 1044. Tout en n'oubliant pas que cette Sonnerie pouvait également exister auparavant du temps de la frontière wisigothe comme son rattachement indirect à Bridoré nous le suggère.

 

     Mais revenons à cette fameuse frontière du sud et sud-est de la Touraine dont voici l'histoire :

     La première possibilité correspond à la période de 714 à 769 pour faire face aux velléités indépendantistes de l'Aquitaine, mais cela correspond peu aux campagnes de Charles Martel, qui préfère la cavalerie et les batailles rangées aux défenses statiques. Il avait peu à craindre des armées d'Aquitaine très occupées au sud par les wisigoths et surtout les Arabes d'Al-Andaluz.

 

     La période la plus probable est donc celle des romains Aegidius et Syagrius qui employaient comme lètes toutes sortes de mercenaires pour garantir leurs frontières dont certainement nos guetteurs Saxons. Voici la carte de cette frontière :

 

 

     - 15 - La Saunerie, 37120 Razines :

 

     Le fief de Razines dépendait de Faye-la-Vineuse ville très importante au XIème, fortifiée par Foulques Nerra mais qui auparavant dépendait de Saumur. Cette Saunerie a donc été sur la frontière entre le Saumurois du comte de Blois et le Poitou depuis 953, jusqu'en 1026 date à laquelle la frontière devient entre l'Anjou et le Poitou et ce jusqu'au mariage d'Henri II et d'Aliénor en 1152. Elle surveillait la frontière pour le compte du château de Faye-la-Vineuse de même que devait le faire le château de la Roche-du-Maine à la même distance de l'autre coté à l'ouest de la ville toujours vers le Poitou.

 

     - 16 - La Croix Saunière, 37120 Marigny-Marmande :

 

     Nous sommes très proches du lieu précédent (environ 3 km) dans une région très disputée au nord de Châtellerault entre le comte de Blois, le comte d'Anjou et le comte de Poitou comme nous l'avons vu ci dessus. Le château de Marmande dont le seigneur était grand feudataire de Touraine est maintenant à la limite nord du département de la Vienne dans la commune de Vellèches. Vers 1070 Acharie fut chassé de son château par le vicomte de Châtellerault Hugues Ier, mais le reprit très peu de temps après.

 

     La limite gauloise entre les Pictons et les Turons se situait, comme son nom l'indique, à Ingrandes un peu plus au sud. Par contre, dans les dons faits à l'abbaye de Saint Cyprien de Poitiers, il est stipulé que Marigny (au delà de Marmande) est bien en Poitou dans le vicus d'Ingrandes et ce de 937 à 1010 contrairement à Noyers proche, également dans le vicus d'Ingrandes mais déclaré en Touraine. Dans le don n°268 fait par Boson Ier le vicomte de Châtellerault entre 998 et 1010 (il était mort en 1030), il est bien indiqué que ce dernier dirige à Marigny. En 878 louis le Bègue donne Marmande à l'abbaye Sainte Croix de Poitiers et en 1015 le château passe sous la domination d'Abélard Bardon chevalier du vicomte de Châtellerault. On peut donc affirmer que le château de Marmande rapportait à Châtellerault entre 878 et 1015 contrairement à après 1066 du temps d'Acharie. Ceci explique donc que la Croix Saunière est dirigée vers la Touraine des comtes de Blois et devait être un poste de guet du château de Marmande alors poitevin. 

 

     Le site devait déjà exister comme ci dessus du temps de la frontière wisigothe compte tenu de son importance stratégique et de sa haute antiquité.

 

     - 17 - La Sauneraie, 37800 Noyant-de-Touraine :

 

     La Sauneraie est tout proche de Sainte-Maure-de-Touraine qui fut une ville fortifièe par Foulques Nerra. La présence autour de Sainte-Maure de lieux dits comme "la Croix des Lamberts" et "Pont de Pierre Lambert" (comme le nom du Widonide Lambert de Nantes, montre que cette ville a été depuis longtemps dans la famille des Widonides dont faisait partie Garnier, le père de Roscille, femme de Foulques Ier d'Anjou. Par contre, ce n'est pas le cas des châteaux sur mottes de Nouâtre qui relevaient eux du château de Chinon aux mains des comtes de Blois. Nouâtre a aussi bénéficié de fortifications élevées au Xème siècle par Foulques Nerra, mais ne peux prétendre à une ancienneté supérieure à Sainte-Maure. La Sauneraie, entre Sainte-Maure et Nouâtre date donc d'avant le Xème siècle et protégeait les terres des seigneurs widonides du temps des comtes de Blois après la brouille entre les deux familles vers 970.

 

     - 18 - La Ruelle-Saulnier, 37500 Chinon :

 

     Ce n'est pas une petite rue mais une combe avec ru se déversant dans la Vienne en temps de pluies ! Nous sommes ici sur la colline en face de Chinon sur l'autre rive de la Vienne, tout proche du château de la Roche-Clermault (dont dépendait le château de Sonnay n°7 ci-dessus). C'est le pendant des Saunays de Thizay au n°6 par rapport à la Roche-Clermault. Compte tenu de la proximité, on peut penser que la Ruelle-Saulnier, toute proche de Nazelle qui relevait de Saumur, est antérieure à la construction du château initial de la Roche-Clermaux et qu'elle peut être datée sous Foulques Nerra entre la prise de Saumur en 1026 et la remise de Chinon en 1038. Elle contribuait à épier la forteresse alors ennemie de Chinon.

 

     - 19 - La Sauneraie, 37190 Villaines-les-Rochers :

 

     La situation dans la région au Xème siècle est complexe. La Sauneraie, vu sa position rapportait soit à Azay-le-Rideau au nord, ce qui est peu probable vu que le seigneur en était Eudes Ier de Blois fils de Thibaud le Tricheur, soit à l'un des deux autres château importants au sud.

 

      La première de ces forteresses est le château de Crissay-sur-Manse (ci-contre) qui relevait de l'Ile-Bouchard et la seconde un peu plus à l'est, Saint-Epain relevant de Sainte- Maure sur la voie romaine Tours-Poitiers. Josselin de Sainte-Maure était un proche de Foulques Nerra et Saint-Epain était dans l'aire d'influence des comtes d'Anjou du temps de Geoffroy Grisegonelle (Halphen p.15) contrairement à ce qu'en dit Carré de Busserolle qui fait relever Saint-Epain du château de Chinon (Dictionnaire tome III p.12). Concernant l'Ile Bouchard, le seigneur Bouchard Ier accompagna Ingelger lors de l'expédition d'Auxerre. Bouchard II épousa Hermengarde de Vilaines vers 1020 mais relevait alors des comtes de Blois. La Sauneraie était donc la position avancée de Saint-Epain pour épier Vilaines, alors aux mains des comtes de Blois jusqu'en 1044. Elle est postérieure à 941 quand Hugues le Grand confia le comté de Tours à Thibaud le Tricheur.

 

     - 20 - Buisson-du-Son, 37320 Esvres :

 

     Son est à prendre ici au sens de sommet. Buisson est le nom du lieu, celui du bas est appelé buisson de la vilaine du nom du hameau plus au nord. Rien à voir avec notre recherche malgré le voisinage de Montbazon et de Cormery si chargés d'histoire.

 

     - 21 - Le Lieu-des-Solnays, 37210 Parçay-Meslay :

 

     Lieu non cartographié trouvé par Denis Jeanson sous la forme : "Cne de Parçay-Meslay. Le lieu des Solnays, 1650 (A.D. 37-H, abbaye de Marmoutier, mense séparée). La forme pluriel est d’origine française."

 

     Il est possible que ce lieu aie garanti l'accès à la Bédoire, petit affluent de la Loire passant au château de Rochecorbon dont l'histoire commence du temps des gaulois avec son oppidum. Mais on ne peut rien affirmer sans connaître son emplacement exact.

 

     - 22 - Sonzay, 37210 Sonzay :

 

     Sonzay fut important au IXème siècle car chef lieu de viguerie. La ville ainsi que le château de la Motte-Sonzay relevaient d'Hugues III d'Alluyes seigneur de Saint-Christophe et de Château la Vallière et apparenté aux Alluyes du Perche-Gouet n° 4 et 5. En face, Semblançay et son château bâti par Foulques Nerra a surement nécessité un poste de guet. Etait-ce Sonzay ce poste de guet ? Ce n'est pas ce qu'indique la toponymie autour de "Segunciacus" mais les noms du trio Sonzay - Ambillou - Semblançay rappellent beaucoup ceux de Sanzay (ou Sauné) - Ambillou-Château - Saumoussay en Anjou n° 2. Le minerai de fer à la Ferrière est pratiquement sur la commune. Ambillou relevait de la Flèche et n'a donc pas non plus été angevin avant 1044. Sonzay a donc bien été à la frontière angevine au Xène siècle jusqu'en 1044 mais certainement du coté Saint-Christophe.

 

     - 23 - La Saunerie, 37380 Nouzilly :

     - 24 - La Saunerie, 37800 Monnaie :

 

     Ces deux sites sont très proches l'un de l'autre (3 km) mais on ne sait pas grand chose de leur histoire. Par contre, selon Halphen p. 15, les comtes d'Anjou possédaient des terres vers Monnaie depuis Geoffroy Grissegonelle. Ces fiefs étaient hautement stratégiques pour enserrer la ville de Tours par le nord. Nul doute que Foulques Nerra les protégea au maximum.

 

     D'après Carré de Busserolle, Monnaie dépendait de Château-Renault, Nouzilly de Rochecorbon, Crotelles de Tours, Villedômer de Château-Renault, Auzouer-en-Touraine de Château-Renault, Neuillé-le-Lierre de Vernou-sur-Brenne (Tours), Reugny de Tours, Chançay d'Amboise et de Vernou, Parçay-Meslay de Tours, Notre-Dame-d'Oë etait la prévôté de Saint Martin de Tours, Chanceaux-sur-Choisille de Rochecorbon, Cerelles de la Bedouère. Le fief de Monnaie appartenant à Foulques était donc très isolé et surement peu étendu. trois pistes possibles :

 

     - 25 - Sonnant, 37110 Auzouer-en-Touraine :

 

     Nous avons ici l'équivalent des Saunay n°1 et 2 pour la forteresse de Château-Renault à la même distance mais sur la grande route d'Amboise (N10).

 

 

     Voici donc terminé notre tour de Tourraine, une des régions les plus représentative de notre étude avec l'émouvante apparition de la frontière wisigothe du cinquième siècle. Mais également toute la détermination des ingelgériens à retrouver la terre de leurs ancêtres qu'Hugues le Grand leur avait confisqué pour la confier aux comtes de Blois, craignant déjà leur incroyable prise de pouvoir en Europe de l'ouest. Il leur fallait auparavant conquérir le centre du pouvoir, Tours et ses puissantes abbayes. C'est toute cette quête que nos "Sonneries" ont illustré en Touraine.

 

 

     - 26 - La Saulnerie, 36220 Martizay :

 

     Nous sommes ici un peu au sud de la frontière wisigothe des n° 8 à 14. Par contre nous sommes à la frontière des possessions du baron tourangeau de Preuilly et donc à la frontière sud de la Touraine devenue angevine depuis 1044 (bataille de Nouy à 1152, date à laquelle l'Aquitaine est rattachée à l'Anjou. La saulnerie, toute proche du village de Martizay qui existait depuis les temps préhistoriques, est légèrement surélevée par rapport à la Brenne sur l'autre rive de la Claise, de l'autre coté des possessions de Preuilly.