PROVENCE

Comté de Provence

Comté de Forcalquier

 

     Notre corpus de base comporte 4 occurrences concernant le comté de Provence du Saint-Empire-Romain-Germanique et des surprises nous attendent !

 


     L'histoire de la Provence n'est pas totalement déconnectée de celle de l'ouest de la France et les deux régions ont vu des périodes de rapprochements : 

 

     - 1 - Senez, 04270 Estoublon :

 

      Estoublon est cité dans l' histoire des Francs de Grégoire de Tours, voici la citation traduite par F. Guizot:

 

Ensuite les Saxons, qui étaient venus en Italie avec les Lombards, firent une nouvelle irruption dans les Gaules et campèrent sur le territoire de Riez dans la villa d'Estoublon (apud Stablonum villa), parcourant les métairies appartenant aux cités voisines, enlevant du butin, emmenant des captifs et ravageant tout. A cette nouvelle, Mummole se mit en marche avec son armée, tomba sur eux et en tua plusieurs milliers, sans cesser le carnage jusqu'au moment où la nuit l'obligea de l'interrompre; car il les avait surpris à l'improviste et ne se doutant pas de ce qui allait leur arriver. Le matin venu, les Saxons rangèrent leur armée et se préparèrent au combat ; mais des messagers passèrent de l'un et l'autre camp et conclurent la paix. Les ennemis firent des présents à Mummole et s'en allèrent, laissant tout le butin et les captifs qu'ils avaient fait dans le pays. Mais ils jurèrent, avant de s'éloigner, qu'ils reviendraient en Gaule se mettre sous l'obéissance de ses rois et comme auxiliaires des Francs. Etant donc retournés en Italie, ils prirent avec eux leurs femmes, leurs petits enfants et leur mobilier pour revenir dans les Gaules, où ils pensaient être bien accueillis par le roi Sighebert et pouvoir s'établir dans le lieu d'où ils étaient sortis. Ils se partagèrent en deux troupes appelées coins. L'une d'elles vint par la cité de Nice, l'autre par Embrun, tenant la même route que l'année précédente. Ils se réunirent sur le territoire d'Avignon ; c'était alors le temps de la moisson, la plus grande partie des fruits de la terre étaient dehors, et les habitants n'en avaient encore rien serré dans leurs demeures. Les Saxons entraient dans les aires, se partageaient les épis, les mettaient en gerbes, les battaient et mangeaient le grain sans rien laisser à ceux qui l'avaient cultivé ; mais lors-qu’après avoir consommé la récolte, ils approchèrent des bords du Rhône pour passer le fleuve, et se rendre dans le royaume du roi Sighebert, Mummole se présenta à leur rencontre, disant : "Vous ne passerez pas ce fleuve ; vous avez dépeuplé les pays du roi mon maître, ravi les épis, ravagé les troupeaux, livré les maisons aux flammes, abattu les oliviers et les vignes ;vous ne passerez pas outre avant d'avoir donné satisfaction à ceux que vous avez laissé dans la misère. Et, si vous ne le faites, vous n’échapperez pas de mes mains sans avoir senti le poids de mon épée sur vous, sur vos femmes et sur vos enfants, pour venger l'injure du roi, mon maître." Saisis d'une grande frayeur, ils donnèrent pour se racheter des milliers de pièces d'or ; alors seulement il leur fut permis de passer, et ils parvinrent en Auvergne vers le printemps. Ils y portèrent des pièces d'airain gravées, qu'ils donnaient pour de l'or, et qu'on prenait en effet pour de l'or essayé et éprouvé, tant elles étaient bien colorées par je ne sais quel art. En sorte que beaucoup de gens trompés par cette fraude, donnant de l'or et recevant du cuivre, tombèrent dans la pauvreté. Les Saxons s'étant rendus près du roi Sighebert furent établis dans le lieu d'où ils étaient primitivement sortis.

 

 

     Cette bataille d'Estoublon est datée de 572 et l'invasion mouvementée, même temporaire, de cette nombreuse troupe saxonne n'a pu que laisser des traces dans la contrée. Nous avons vu que les Saxons étaient appelés Saisnes en langue romane, ce qui est assez proche du mot recherché dans le cadre de cette étude.

 

     Or notre Senez qui, en provençal s'écrit Senès, est situé précisément au confluent de l'Asse, le long de laquelle passait la voie romaine, et de l'Estoublaïsse. Le site est légèrement en hauteur (649 m), formant un plateau sur lequel il est possible d'établir un campement surplombant le village d'Estoublon (535 m) et permettant de surveiller la vallée de l'Asse. 

 

     Un autre souvenir des invasions germaniques avant 429, pas loin de Riez, est inscrit pour toujours dans l'histoire et le nom du village d'Allemagne-en-Provence et du site de Mouthe avec sa motte castrale.

 

    

 

     - 2 - Senès, 04270 Senez :

 

     Un peu plus en amont sur la vallée de l'Asse, la ville de Senez (Senès en provençal) nous interpelle également. Le site au dessus du village actuel forme, comme pour Estoublon, une grande terrasse surélevée par rapport à la rivière et tout à fait indiquée pour un campement sûr. Un village du nom de Sanition existait au IIIème siècle. Son nom a donc pu subir une évolution suite au passage de notre troupe de Saxons ? Cette étymologie  serait plus simple que d'invoquer une tribu ou des racines ligures préceltiques. Le site a été fortifié au IXème siècle à Roche Blanche sur l'autre rive de l'Asse.

 

   - 3 - Gorge de Senès, 83830 Bargemont :

 

     C'est un petit torrent passant près d'une ancienne bastide détruite, la bastide Blanc au sein du camp de tir de Canjuers au dessus de Bargemon. Bargemon fut restituée par Charles le Gros à l'abbaye Saint-Martin-d'Autun en 885. Cette abbaye fondée en 589 à l'endroit où saint Martin détruisit un temple païen, fut réformée par celle de Saint-Savin-sur-Gartempe (86310) en 859, mais est-ce suffisant pour justifier du nom d'un lieu-dit ? Rien d'autre de particulier concernant ce site.

 

   - 4 - Les Senès de Valaury, 83210 Sollies-Toucas et les Sénès, 83210 Sollies-Pont:

 

     Les Senès de Valaury est une plateforme (alt : 180 m) qui permet de surveiller l'arrière pays de Solliès car il surplombe toute une courbe du vallon des Routes (alt : 125 m). Il faut prendre le nom de ce lieu dans le sens "les hauts de Valaury"

 

      Plus à l'est, le quartier des Sénès à Sollies-Pont est adossé au flanc de la montagne et a donné son nom à une avenue et à une rue. Là ou est placé le site, on ne peux plus parler de lieu élevé car il est pratiquement dans le lit de la rivière.

 

     Le château principal qui peut être associé à ces deux sites est le château Forbin originellement installé sur une hauteur à Solliès-Ville. Or ce château a appartenu à Jean IV de Beauvau (1421-1503), sénéchal d'Anjou, frère et héritier de Louis de Beauvau (1409-1462), Gouverneur de Lorraine, sénéchal d'Anjou puis grand sénéchal de Provence. La famille Beauvau est originaire du village de Beauvau près d'Angers. La branche présente à Solliès est la branche Beauvau-Craon, la mère de Louis et Jean étant Jeanne de Craon mariée à Pierre Ier de Beauvau en 1409. voir Lorraine n°x

 

     Les Sénès de Sollies-Pont sont idéalement placés pour transmettre l'information provenant des Senès de Vallaury jusqu'à la forteresse médiévale de Sollies Village sur son piton séparé de Vallaury par la croupe du Matheron (alt : 508m). Leurs noms a t'il été donné du temps des châtelains angevins de Sollies ou, ce qui est moins probable, qu'il vienne d'une source plus ancienne laissée par les Saxons passés par Nice (n°1) ou débarqués à Toulon qui est tout proche (n°5) ?

 

 

COMPLÉMENTS

 

Comté de Provence

 

   - 5 - Le pas de Sénès, 06480 La Colle-sur-Loup :

 

     C'est un quartier résidentiel de la Colle sur Loup (Colle pour Colline et Loup, nom de la rivière) elle même faubourg de Cagnes-sur-Mer et Saint-Laurent-du-Var. Le seul reste moyenâgeux est le cloître d'une abbaye créée en 1150. Au nord, le village de Saint-Paul-de-Vence, fortifié sur sa colline est directement administré par les comtes de Provence. L'Anjou et la Provence ont des liens étroits depuis le mariage de Charles d'Anjou, frère de Louis IX, comte apanagiste d'Anjou avec Béatrice de Provence en 1246. Deux dynasties d'Anjou seront comtes de Provence de 1246 à 1481. Le pas de Sénès a donc très bien pû être une fortification avancée de Saint-Paul-de-Vence sur les premiers reliefs au sud de la ville. Nous ne sommes pas loin de la frontière avec le comté de Nice de l'autre coté du Var globalement défavorable aux angevins.

 

   - 6 - Vallon de la Sène, 83840 La Bastide :

 

     Petit torrent qui rejoint la Vières. Le site est situé entre La Bastide et Bargème, fief ayant appartenu à Foulques de Pontevès seigneur de Cotignac qui a connu Guillaume de Sonnac à Mansourah, dont nous reparlerons au n°c et l pour ses dons aux templiers. Foulques de Pontevès avait pour beau père Guillaume de Rheza tuteur de Béatrice de Provence, femme de Charles d'Anjou

 

   - 7 - Ravin du Son Aubert, 04320 Castellet-lès-Sausses :

 

     Il y a bien eu une motte féodale au XIème à Arent tout près avec une voie dite romaine vers Argenton et, de plus, nous sommes là au sein de la dernière vallée provençale avant la frontière du comté de Nice qui n'a été que rarement allié à la Provence. Mais il semble bien qu'en ce pays de montagne, il faille prendre le mot "Son" dans son sens de "sommet", sommet du mont Aubert qui aurait perdu son nom ancien.

 

   - 8 - Les Senières 04170 Moriez et Ravin de Combe Senière, 04170 Barrême :

 

     La combe Senière monte au sommet de Lieye dominant les valées de l'Asse de Blieux et l'Asse de Moriez avec vue sur les villes de Barrême, Moriez et notre Senez du n°2. La valée de l'Asse est empruntée à cet endroit par la route Napoléon. A Moriez se trouve l'oppidum du Coulet de Ville et le village soutenait Louis Ier d'Anjou pendant la guerre de succession de la comtesse Jeanne. En face des Senières, une fontaine salée. A Barrême un château et une ville partisane de Charles Duras contre Louis d'Anjou. En tout cas, un site de guet rattachable à Senez n°2.

 

   - 9 - Sommet de Séoune, 04170 Lambruisse et Col de Séoune, 04170 Thorame-Basse :

 

     Le col de Séoune met en relation deux vallées très interressantes :

  1. La vallée de l'Issole des Thorame Basse et Haute, siège d'un évêché à la tour de Piégut depuis le Vème siècle, avec une maison forte à La Bâtie.
  2. La vallée de l'Encure affluent de l'Issole se jettant elle même dans le Verdon. L'encure arrose Lambruisse.
  3. La vallée de l'Asse de Clumanc avec ses sources salées et son château des comtes de Provence est toute proche de Lambruisse et sous la garde du sommet de Séoune. L'asse de Clumanc rejoint les autres Asses à Senez du n°2.

     Le sommet de Séoune a donc pu être un poste de guet très ancien pour surveiller le haut de ces vallées habitées de haute antiquité.

 

   - a - Champ de Seyne, 04510 Mallemoisson :

 

       Le Champ de Seyne forme, là aussi, un plateau au dessus de la rivière des Duyes et du village de Mallemoisson un lieu idéal de campement. Mallemoisson et son château sont près de la Bléone et de la route Napoléon avant Digne et également habité depuis la haute antiquité. La toponymie du lieu rappelle bien nos fameux Saisnes et leur rendez-vous d'Avignon.

 

   - b - La Saunaière, 04210 Valensole :

 

Château de Gréoux-les-Bains en 1887
Château de Gréoux-les-Bains en 1887

      Encore un lieu riche d'histoire où il va être difficile de démêler les faits. 

 

   A 553m d'altitude, le site peut surveiller les différen-tes drailles menant au plateau de Valensole : Draye des troupeaux d'Arles, Draye de la Partie ou Chemin de la crête de Saint-Pierre.

 

      Il est également au sommet de la vallée menant au château de Grèoux-les-Bains (ci-contre) dit, à tord, château des Templiers, qui fut aux comtes de Provence en 1248 puis aux Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem. Une motte castrale antérieure (XIéme) existe aussi sur la rive opposée au lieu dit Aurabelle. Gréoux existait du temps de l'empire romain.

 

 

Tour des Castellane à Saint-Martin-de-Bromes
Tour des Castellane à Saint-Martin-de-Bromes

     Saint-Martin-les-Bromes un peu plus en aval sur le Verdon n'est pas en reste pour les sites historiques avec ses oppida remontant au VIéme avant Jésus-Christ et sa magnifique tour des Castellane (ci-contre).

 

     Et un peu plus loin Allemagne-en-Provence également propriété des Castellane au XIIIéme avec ses trois châteaux sur mottes (dont une du IXéme siècle) est là pour nous rappeler que les lètes Alamans y ont fondé une communauté du temps des Romains.

 

     Quelques toponymes autour de la saunaière peuvent nous intéresser : "La Forge" près du "ravin du fer", et "La Savoye" en face "des Angelvins" symbolisant la passation de la comté de Provence de la maison de Savoie avec la comtesse Béatrice de Savoie épouse de Raymond-Béranger V mort en 1245 à la maison d'Anjou suite au mariage en 1246 de Béatrice de Provence avec Charles Ier d'Anjou roi de Naples et de Sicile et frère de saint Louis.

 

     Concernant la période angevine, une étude de Thierry Pécout aborde particulièrement la question à Riez et environ du XII au XIVéme siècle à laquelle nous renvoyons le lecteur. 

 

     Difficile de tirer de tout cela une conclusion précise sauf à dire que le site relevait de Grèoux en bas de la vallée et que nos saxons en provenance du col de Larche (voir n°g) et a destination d'Avignon sont passés par la vallée du Verdon et de la Durance.

 

   - c - Camp de Sénès, 83570 Cotignac :

 

      Le Camp des Sénès n'occupe pas une position défensive particulière, par contre il touche une Commanderie templière sur le vallon des Saintes Vierges (les 11000 vierges martyr étaient particulièrement vénérées par les Templiers). Les templiers étaient très implantés sur la région puisque, en 1197, Foulques de Pontevès donna aux templiers de Ruou la seigneurie de Montfort-sur-Argens (voir n°6 et l). En 1207, Alphonse II d'Aragon leur donna le château qui fut rasé par les hospitaliers. En 1213, le seigneur Raimond de Cotignac leur donna tout ce qu'il avait reçu de sa mère après s'être fait lui même templier à Acre. La commanderie du Ruou devint la plus importante de Provence.

 

     Foulques de Pontevès était l'héritier par sa mère de la famille de Pontevès établie en 993 par Guillaume le Libérateur dans la région de Brignoles et de Barjols. Arbertus de Pontevès étant certainement de la belle-famille de Guillaume compte tenu de l'emploi du prénom Foulque dans cette famille.

 

     Les deux villages de Cotignac et de Montfort ont une longue histoire. Cotignac est attesté depuis 1030 et avait un château en 1033 appartenant à Boniface de Castellane. Guillaume de Rheza, seigneur de Cotignac, fut le tuteur de Béatrice de Provence, femme de Charles Ier d'Anjou. Sa fille épousa Foulques de Pontevès ci dessus. A Montfort-sur-Argens, un «Castrum» existait avant le Moyen-Age.

 

      Le château de Robernier tout proche est spécialisé dans l'organisation de mariages et remonterait (avec beaucoup de réserves) à Robert Ier roi des Francs en 922-923, fils cadet du comte d'Anjou Robert le Fort dont Ingelger était un proche.

 

   - d - La Seyne, 83500 La Seyne-sur-Mer :

 

     Officiellement le nom de La Seyne viendrait de la plante marécageuse la sagne poussant près de cette ville. cela est en effet très courant en Auvergne, à tel point que ces lieux-dit ont été écartés de notre étude du fait de leur multiplicité. Cependant, cette option étymologique oublie peut être que les Saxons ne se sont pas limités aux cotes de Normandie au IVème siècle mais qu'ils sont venus jusqu'en Provence et ont pu débarquer en rade de Toulon, y fonder une colonie et poster sur ce cap leurs guetteurs habituels au nom de Senay au fort Napoléon par exemple. 

 

   - e - Petit et Grand Sonnailler, 13121 Aurons :

 

     Voilà un site très attachant ayant fait l'objet de nombreuses études. Il s'agit d'une surface agricole plantée de vigne et surélevée par rapport aux marais de la rive gauche de la Durance, donc près d'une grande voie de circulation depuis l'époque romaine (la Via Aurélia) appelée également route du sel. Ce plateau aux falaises abruptes est bordé par des sites historiques : Salon-de-Provence, Aurons, Vernègues, Alleins et Lamanon qui évoque à nouveau les Alamans. Ce plateau porte trois chapelles romanes des XI, XII et XIIIéme siècle et l'oppidum du Salounet. De nombreuses sigillèes paléochrétiennes de Marseille ont été trouvées sur le site (datés des environs de 500). Nicolas Faucherre pense que le site de Salounet était le lieu de la première implantation de Salon-de-Provence et que la ville s'est déplacée au moment de la construction du château de L'Empéri commencé au IXéme et donné aux archevêques d'Arles par l'empereur. La plaine du Sonnailler est bordée par deux anciens villages, le petit et le grand Sonnailler et l'accès en était défendu par "Tour Vieille" attestée en 1258 et par les deux castri de Vernègues du VIIIème siècle. La vue à Tour Vieille s'étend jusqu'à Arles.

 

     Nos saxons sont donc passés au Sonnailler qui existait déjà et peut être sous ce nom qui, pour les bergers provençaux, évoque les clochettes du premier du troupeau lors de la transhumance.

 

   - f - Mas de Seyne, 13200 Arles :

 

     Le mas de Seyne est au bord du canal d'Arles à Bouc tout près de Mas-Thibert où passait le canal romain permettant la navigation du Rhône et où se trouvait une tour dite tour d'Enseric pour signaliser le canal des fosses Mariennes (103 av JC).  On sait que la ville d'Arles a subi toutes les grandes invasions aussi bien par terre que par mer. Le déclin de l'empire romain et l'abandon des réseaux d'écoulement de l'eau provoquèrent l'apparition de marais insalubres et désert. Il est intéressant de savoir également que la dénomination mas est au moyen age une dénomination affectée aux seuls établissements situés le long des canaux due au mot Mastibertum désignant le village de Mas-Thibert. L'appellation mas de Seyne peut donc être ancienne et rien n’empêche d'envisager la remontée de navires saxons le long des Fosses Mariennes.

 

   - g - Sonnaille et Sonnailler, 13104 Arles :

 

     Nous sommes là dans la ville même d'Arles sur la rive droite du Grand Rhône au début de la Camargue. Arles fut l'un des principaux oppida de la Celtique méditerranéenne et peut donc, à ce titre être rapprochée du n°e. Compte tenu de la similitude du nom "Sonnailler", on peut considérer que la même histoire est applicable. Arles fut capitale des Gaules sous la domination romaine puis fut tour à tour envahie par les différents peuples germaniques dont les Lombards, originaires de Scandinavie et souvent accompagnés des Saxons, en 574. L'histoire d'Arles est si riche que l'on ne peut en tirer aucune certitude d'autant plus que la ville est conquise en 1250 par Charles Ier d'Anjou, frère de Saint Louis. Charles y impose une nouvelle noblesse d'origine Angevine accompagné des traditions castrales de cette région. 

 

   - h - Seyne, 04140 Seyne :

 

     Encore un site idéal pour un campement en sécurité avec une vue magnifique sur toute la vallée de la Blanche. Si nos Saxons du n°1 sont passés par le col de Larche reliant Barcelonnette à l'Italie, comme le suggère Guy Barruol page 51 de "Rogomagus et la province de Barcelonette" n° spécial de la Provence 1964, ils sont passés tout près de Seyne et ont certainement exploré cette vallée attrayante. La encore nous nous heurtons à l'étymologie officielle qui fait dépendre le nom de Seyne du peuple Gaulois les Edénates. La démonstration de l'assimilation de Seyne (in Sedena au XIIème siècle) avec la capitale des Edénate a fait l'objet de l'article "Des Edenates et de la ville de Seyne en Provence" rédigé par Auguste Deloye - revue de la bibliothèque de l'Ecole des Chartes - Série 2 Tome V - 1848-49 - page 393. L'auteur lui même reconnait que sa démonstration bien que très savante et convaincante n'est pas certaine car nous ne possédons aucune dénomination de la ville avant le XIIème et que nous ne savons pas grand chose des Edénates. Notre propre hypothèse n'a pas non plus droit à la certitude mais pourrait présenter une alternative quoique beaucoup plus difficile à défendre, d'autant que la forme du mot s'éloigne de notre corpus de base.

 

   - i - Les Sauniers, 04340 La Bréole :

 

     Au pied de la falaise du Clot de la Cime, le site surveille l'aval et l'amont de la Durance au niveau du barrage de Serre-Ponçon à la frontière entre Provence et Dauphiné. Ce site est donc inséparable du précédent et constituait le guet de "Seyne-la-Grande-Tour" n°h à l'extrémité du torrent de La Blanche.

 

   - j - Les Sanières, 04850 Jausiers :

 

      Bien que l'étymologie se rapporte aux marais, "les Sagnes" très présents dans la valée du torrent d'Abries, nos saxons sont passés par là avant d'atteindre Barcelonnette et avoir franchi le col de Larche comme vu au n°h. C'est d'ailleurs à Meyronne, tout proche sur la route du col de Larche qu'a lieu la bataille de Mustiae-Calme en 571 où le patrice Mummolus défait les Saxons, les obligeant à retourner en Italie.

 

 

     Il semble bien, notamment avec le cas n°1 d'Estoublon, que les Saxons aient laissé des traces dans le comté de Provence, qui expliquent la majorité des dénominations étudiées. N'oublions pas que des invasions semblables ont peuplé d'immenses territoires. Ces traces mentionnent principalement des noms en SEN (13 sur 19). Ces lieux ont dû être habités par les Saisnes plutôt qu'utilisés pour le guet. Une exception avec le cas n°4 de Sollies (et peut-être le n°4) qui dénote bien une organisation de surveillance autour d'une forteresse à la manière des régions de l'ouest. Les deux cas de torrents descendant de la montagne (n°3 et 6) peuvent être interprétés comme des vallons délimitant des baronnies mitoyennes.

 

COMTE de FORCALQUIER

 

     Le comté de Forcalquier, à cheval sur les provinces de Provence et Dauphiné, est né entre 1090 et 1105 de la division du comté de Provence entre Adélaïde de Forcalquier et Gerberge de Provence suite à un accord entre les maisons de Toulouse et de Barcelonne. En 1209 le comté est divisé entre Provence et Dauphiné.

 

 

   - k - La Seyne, 84120 Beaumont de Pertuis :

 

     La Seyne semble bien être un poste de guet surplombant le torrent de Corbières à la frontière entre la commune de Beaumont de Pertuis (village fortifié) et celle de Pierrevert, en face de Châteauneuf (ce qui suppose une ancienne forteresse). Cette frontière se trouve être également la séparation des départements du Vaucluse avec celui des Alpes de Haute Provence. Suite aux accords de Meynargue en 1220, les communes de Beaumont et Grambois restant à Raymond-Béranger IV de Provence furent frontière entre le comté de Provence et le comté de Forcalquier de Guillaume de Sabran. Ceci explique peut être la présence de notre toponyme mais la forme "Seyne" et la proximité de la Durance et de la via Domitia peuvent aussi nous faire opter pour la présence de "Saisnes" comme pour les autres sites provençaux, les deux options ne s'excluant pas.

 

   - l - La Sône, 84390 Monieux :

 

     Au sommet d'une combe qui donne sur les gorges de la Nesque, le site est sur un plateau adossé au mont Ventoux avec une vue étendue sur le Comtat Venaissin à la frontière entre comté de Forcalquier et du marquisat de Provence (assujetti au comte de Toulouse). C'est un observatoire remarquable pour les d'Agoult de Sault. Raymond d'Agout (1220-1295) baron de Sault était un proche de Charles Ier d'Anjou en 1284. A noter que Raymond d'Agout était frère de Foulques de Pontevès (voir n°6 et c)

 

   - m - Fontaine du Seyne, 05300 Saint-Pierre-Avez :

     Sur la partie Dauphinoise du comté. Il s'agit d'une combe bien placée pour surveiller la vallée de la Méouge connue pour son pont médiéval et éventuellement celle du Buech si le "Seyne" était placé en haut de la combe. Mines de cuivre et commanderie hospitalière à Saint-Pierre-Avez. Château du XIIème à Barret-sur-Méouge en contre-bas du site. Château du XIIème également à Châteauneuf-de-Chabre. Les châteaux et les églises étaient nombreux dans cette petite vallée des Baronnies située sur un ancien axe de communication (voir l'étude qui leur est consacrée). La plupart de ces châteaux appartenaient à la famille de Mévouillon au XIème siècle, un peu plus haut dans la vallée, ainsi que celle de Lachau qui lui est apparentée. Cette famille avait été reconnue comme indépendante par l'empereur en 1166 mais dépendent du Dauphin au XIVéme siècle. Le site se trouve à l'extrémité est de leurs possessions en limite avec la Provence. La valée étant habitée depuis l'age de bronze, le toponyme peut être plus ancien et pourrait aussi être rapproché des autres Seyne de Provence.

 

   - n - Puy-Sanières, 05200 Puy-Sanières :

 

     A nouveau, nous sommes ici en Dauphiné, mais ce site est géographiquement indissociable des sites n°h et i. Le nom latin de Podiun Sagnerarium (fin XIIIème) indique clairement que le toponyme doit être associé aux plantes marécageuses appelées sagnes