PERCHE

 

 

      Notre corpus de base présente 4 occurrences pour des lieux se prononçant comme Sonay ou Senay. Nous y adjoindrons 4 noms approchants présentant des propriétés analogues. Voici ces lieux sur la carte du Perche et du Perche-Gouët (en couleur les départements actuels, en noir limite entre le Perche et le Gouët, en rouge les comtés voisins, en jaune les limites approximatives des comtés du Perche au XIIème) :

     

 

     Le Perche n'est pas une province en tant que telle, c'est une région de marche entre le royaume des Francs et les conquêtes normandes. Il est formé de petites seigneuries qui ont beaucoup bougé au cours de leur histoire. Au nord c'est le Thymerais avec pour capitale Thimert devenu par la suite Châteauneuf-en-Thymerais. L'histoire du Thymerais a été particulièrement mouvementée suite à ses guerres avec la Normandie. Au Xème siècle sa frontière ouest passait à Tourouvre et Rémalard (en jaune). Au XIIème le Thymerais était réduit aux forteresses de La Ferté-Vidame, Senonches, Brezolles, Maillebois et Châteauneuf qui résistèrent vaillamment aux visées expansionnistes normandes. Au centre ce sont les seigneuries de Mortagne et Nogent-le-Rotrou souvent associées formant le comté du Perche proprement dit. A l'ouest la maison de Bellême qui fut si puissante qu'elle s'étendait en Saosnois, Hiémois et le long de la frontière normande jusqu'au Mortain et au Passais. Devenue trop gênante pour les normands, elle finit par disparaître. Au sud cinq baronnies associées avec châteaux forts formèrent le Perche-Gouet qui réussit à rester plus ou moins indépendant, ce sont Montmirail (la plus forte), Authon, La Bazoche, Brou et Alluyes (la plus riche).

 

Quelques dates : en vert concernant Bellême, en rouge concernant le Perche, en orange concernant le Thymerais, en bleu concernant le Gouet.

 

Avant 1000 Création de la famille de Bellême par Yves Ier.

~1010 Nouveau château de Bellême.

1025 Guerre contre le comte du Maine Hebert Eveille-Chien.

1027 Défaite de Guillaume Ier contre Robert le Magnifique.

~1050 Mutilation de Guillaume Giroie par Guillaume Talvas.

            Guillaume le Conquérant contrôle Bellême.

1077-1078 Robert II soutient Robert Courteheuse contre                            Guillaume le conquérant.

1088 Robert soutient Courteheuse contre Guillaume le Roux.

1096 G. le Roux confie à Robert II la construction de Gisors.

1101 Robert II se révolte contre Henri Ier.

1112 Robert II est arrèté par Henri Ier.

1113 Fin de la seigneurie de Bellême.

 

~941 Hervé I seign. de Mortagne, frère d'Hugues II du Maine.

960 Pillage du Perche par Richard Ier.

980 Réunion de Mortagne, Nogent et Châteaudun.

1058 Mortagne devient un comté.

~1085 Guerre avec Bellême

1090 Geoffroy II Comte du Perche sans Châteaudun accom-            pagne Guillaume le Conquérant à la bataille de Hasting.

1111 Rotrou III prisonnier de Bellême, Mortagne incendié.

1112 Guerre avec Guillaume III Gouet.

1141 Ralliement à Mathilde et Geoffroy V Plantagenet.

1152 Avec Louis VII, Rotrou IV combat Henri II.

1160 Mariage de Rotrou avec Mathilde de Blois-Champagne.

1200 Jean -sans-Terre renonce au duché de Normandie.

 


VIIème Thierry III donne le territoire à Théodemer.

1058 Guillaume le Conquérant prend Thimert à Albert                      Ribaud.

1059 Henri Ier reprend Thimert et rase le château.

1060 Gaston Ribaud construit Chastel-Neuf.

1078 Hugues I donne asile à Robert CourteheuseGuillaume           le Conquérant s'allie à Rotrou pour assiéger Regmalard.

1169 Henri Ier pille Châteauneuf.

1170 Henri II brûle Châteauneuf.

1189 Hugues III du Châtel reconstruit la forteresse et  y                      accueille Louis VII.

~1043 Thibaut III de Blois fonde le comté de Perche-Gouët

            Mariage de Guillaume Gouët et Mahaut d'alluyes.

1122 Mariage de Guillaume-Gouët III et Mabille fille natu-                  relle d'Henri Ier.

1160 Guillaume Gouët IV épouse une fille de Thibaut le                      Grand.

1509 Vente de la seigneurie.


 

     - 1 - Sauné 61110 Cours-Maugis-sur-Huisne :

 

     Près de Sauné se trouve un petit village remarquable appelé Monceaux-au-Perche. Monceaux veut dire colline. Le village se situant au confluent de deux ruisseaux est naturellement presque entouré d'eau. Ceci en fait un endroit intéressant à fortifier. Monceaux dépendait de Longny-au-Perche qui mouvait de Pontgoin au cœur de l'Hiémois, ce n'est donc pas une possession de Mortagne au Perche mais de Châteauneuf en Thymerais, ce que nous pouvons constater sur la carte ci dessus. Le village devait même être sur la frontière ouest avec le Perche et a dû subir le même sort que nous allons décrire pour Rémalard et Tourouvre aux n° 6 et 7. Pour appuyer cette hypothèse, remarquons qu'à égale distance de Monteaux nous trouvons des lieu-dits comme : Sauné, Bluteau, La Butte, Launay, La Bretèche, Le Haut Désiré qui peuvent faire penser à un siège semblable à celui de Rémalard (n°6). 

 

     - 2 - Ville Cenée 61130 Saint-Germain-de-la-Coudre :

 

     Le site surplombe la rivière de la Même donc pratiquement la frontière entre le Maine saosnois et le Perche Bellêmois. Son nom peut faire penser à un village cenglé donc fortifié selon le terme du français moyen. Compte tenu de sa position, le site devait rapporter au château de Bellême.

 

     - 3 - Le Bourg Cené 28480 La Croix-du-Perche :

 

     Le site surplombe la rivière de la Foussarde. Nous avons exactement les mêmes remarques que ci-dessus mais concernant la seigneurie de Nogent-le-Rotrou par rapport au Perche-Gouët. En effet Luigny mouvait d'Alluyes donc du Gouët.

 

     - 4 - Sonnay 28160 Dangeau :

 

     Le dictionnaire topographique d’Eure et Loir p.173 nous donne : SONNAY, ferme commune de Dangeau.- Soneium, 1268 (chartes du prieuré de Nottonville). Voir aussi denis Jeanson.

 

     Entre 1073 et 1219, les comtes de Chartres donnent aux moines de l’abbaye bénédictine de Marmoutier terres et droits possédés sur le territoire de Nottonville (28140, 17 km à l’Est de Chateaudun). Il s’agit d’un ancien prieuré dépendant de l’abbaye tourangelle de Marmoutier.

 

       On trouve aussi le nom de Sonnay la Brière (Mémoires de la Société archéologique d'Eure-et-Loir 1882 page 187). Dans le « Cartulaire de Marmoutier pour le Dunois » d’Emile Mabille 1874 on relève pages 240 et 242 aux numéros 270 et 272 les deux chartes de 1268 et 1269 citées par le dictionnaire topographique d’Eure et Loire. Le document précise qu’à cette époque les droits sur Sonnay appartenaient à Gaufredus Brunelli de Bretegne recteur de l’église de Dangeau et à ses frères Odo Brunel et Henricus de Bretegne. Il ne s’agit donc pas à l’époque d’un fief tenu par une famille ayant pris nom du lieu. D'autres documents sont également cités dans « Inventaire sommaire des archives départementales d'Eure-et-Loir antérieures à 1790 » de Lucien Merlet et René Merlet 1897 Tome 7 p. 217 et Tome 8 p. 274. Par Bretegne il faut entendre Brétigny à 3,3 km à l’ouest de Dangeau et autant au nord de Sonnay.

 

Dans les registres paroissiaux de l’église St Pierre et St Paul de Dangeau (28) on relève : 

  • Le 29 octobre 1570, fut faicte bénédiction de la cloche et le nom imposé Perrine par noble homme Pierre de Floc, escuier, seigneur de Sonnay.
  • Le aoust 1572, fut baptisé Hannibal, …, la marraine damoyselle Jeanne Danemont, espouze de Me de Sonnay.
  • Le 5 d’aoust 1573, fut baptisé Jehan, …, sa marraine Jehanne Dannemont, espouse de messire du Sonnay.
  • Le mercredy 15e jour de mars 1581, a esté baptisée Jehanne, …, et Guillemette, femme de Jehan Tacheau, mestaier de Sonnay.
  • Le 20e jour de juillet 1602, fut baptisé Samuel, … Furent des parrains vénérable et discrette personne maistre Fiacre Langloys, presbtre, curé de l’église de Dangeau, et noble homme Samuel de Tacher, seigneur de Sonnay, …
  • Le 25 octobre 1609, a esté baptisée Anne, …, et damoyselle Anne de Tascher fille de Samuel de Tascher, sieur de Sonnay…
  • Le 27 may 1612, a esté baptisé Louis, fils de honneste personne Mathieu Cabaza, recepveur du Sonnay, et de son épouse Franoise de Notonville. Son parrain Samuel de Tascher, escuier, sieur du Sonnay et de Rougenou…
  • Le 12e jour d’aoust 1624, fut baptisée Françoise, ... Son parrain François de Taix, escuyer, sieur du Portail et de Sonnay …
  • Mariage de Me de Sonnay en la paroisse de Saint Solain à Blois avec Marie Delorme, en avril 1633.

Et dans les régistres de Saint Lubin à Brou (28) :

  • Le 2e jour de novembre 1621, fut baptisé Estienne, …, sa marraine Marie de Craffort, espouze de messire Samuel N., chevalier, seigneur du Bois Guillaume et de Sonnay.

     On trouve également dans « Inventaire sommaire des Archives départementales antérieures à 1790 Loir-et-Cher » de M. de Martonne 1887 les deux mentions suivantes :

  • Page 15 : François, fils de François de Taix, écuyer, sieur de Sonnay, et de Marie de L’Orme, nommé par Louis de Moulins, sieur de Villeseur, et Jeanne de Saint-Quintin, dame de Rochefort et de Villeseur…
  • Page 16 : 1639 – François, fils de Louis Guinebert et de Marguerite Ribou, nommé par François de Taix, seigneur de Sonnay, demeurant à Blois, paroisse de Saint-Solenne, et Anne Jonan.
  • Mention à la même page de Marie de Taix fille de François seigneur de Sonnay.

     Dans les « Archives du diocèse de Chartres » publiées par Charles Métais 1909 volume 18 page 316, on trouve : Simon, seigneur de Sonnay en 1642, paroisse de Dangeau (Minutes des notaires du comté Dunois).

 

     Le 14 juillet 1775, le sieur Gabriel Olivier Benoist-Dumas un des plus gros propriétaire terrien de France achète Sonnay à Louis Joseph Charles Amable d’Albert, duc de Luynes (« Mémoires de la Société archéologique d'Eure-et-Loir » 1860 Tome II page 51). Sans héritier et déclaré « batard », le roi annexe ses domaines mais perd le procès qui s’en suivit le 24 avril 1780.

 

     Sonnay se trouva sur la frontière angevine de 1140 à 1188 entre une partie du comté de Châteaudun avec le Perche-Gouët.

 

     En résumé : Sonnay est un fief attesté en 1268 sans nom de famille "de Sonnay" associé à la terre. Comme sieurs de Sonnay on relève Gaufredus Brunelli de Bretegne, Odo Brunel et Henricus de Bretegne en 1268, Raoul Potet 1346, Colin puis Jean Allard 1370, Jean Godin 1462, Pierre de Floc 1525, Pierre de la Bosse 1574, Lancelot de Potin 1585, Samuel de Tascher 1601, François de Taix 1624, Benjamin et Henri de Chartres 1639, Léon Benoît le Ferron 1693, Simon de Sailly, Philippe de Courcillon 1712, Charles Philippe d'Albert de Luynes 1729, Gabriel Olivier Benoist Dumast 1775. Donc aucun "de Sonay".

 

 

COMPLÉMENT

 

 

     - 5 - Sonville 28160 Dangeau :

 

      Le château principal proche du précédent Sonnay est celui D'Alluyes (ci-contre). C'est autour de ce château que l'on trouve le Sonnay n° 4 (8 km au sud ouest), Sonville (6km à l'ouest) et des communes appelée Saumeray (4 km au Nord-ouest), Launay (4 km au Nord-ouest) et Saussay. Ces lieu-dits tous à l'ouest font face à la seigneurie de Brou alors que l'ensemble des baronnies du Gouët sont unies depuis le mariage vers 1050 de Guillaume Gouët Ier avec Mathilde d'Alluyes et ce jusqu'en 1790 ! Nos Sonnay et Sonville seraient donc d'appellation antérieure à 1050, ce qui ne semble pas compatible avec l'évolution vers la forme Sonnay qui semble par ailleurs contemporaine du XII-XIIIème siècle.

 

     Une autre possibilité, et c'est certainement la plus probable est que les comtes angevins aient voulu renforcer militairement la corne plantagenaise incrustée entre le comté de Chartres et celui de Châteaudun appartenant tous deux à Thibault IV de Blois, l'ennemi de tout temps des Plantagenets. Le château d'Alluyes forme la pointe, Sonnay n°4 surveille vers Châteaudun et Sonville procéde de même vers le comté de Chartres, tous deux protégeant la route obligée pour aller de Brou à Alluyes et passant par Dangeau. Cet épisode pro-angevin du Perche Gouët est dû au mariage de Guillaume Gouët III avec Mabille fille naturelle d'Henri Ier d'Angleterre en 1122 donc demie sœur de Mathilde l'Emperesse femme de Geoffroy V Plantagenet qui réussit à conquérir le duché de Normandie en 1140. On peut considérer qu'il se termina en 1188 (janvier 1189) avec l'arrivée des troupes de Philippe II et Richard Coeur de Lion contre Henri II.

 

     - 6 - Les Sauneries 61110 Saint-Germain-des-Grois :

 

        Juste une limite communale sépare à 100 m les Sauneries de la Butte lieu-dit de Bellou-sur-Huisne, site qui va nous expliquer ce qui s'est passé pour Sauné du n°1. Robert II Courteheuse, fils ainé de Guillaume le Conquérant, se brouille avec ses frères et son père et trouve refuge en Thymerais au château de Rémalard chez Hugues Ier de Châteauneuf. Guillaume, qui revient de conquérir l'Angleterre, s'allie au comte du Perche Rotrou II qui révait de reconquérir Rémalard, pour y assiéger son fils en 1077. Pour ce faire, il construit quatre châteaux sur butte autour de la forteresse de Rémalard, technique qu'il avait utilisé en Angleterre en 1066 (peut être avec des saxons britanniques) et qui est brodé sur la tapisserie de Bayeux (ci-dessous). 

 

 

 

 

     Ces quatre tours cernent Rémalard et sont situées à : La Butte, qui nous intéresse, la Coudorière, Le Châtelier et Beauregard. D'une fonction défensive, voilà que nos Sauneries deviennent offensives !   

 

     - 7 - La Saunerie 61190 Tourouvre :

 

     Guillaume le Conquérant voulait surement empêcher que les garnisons de Tourouvre et de Monceaux-au-Perche ne viennent secourir Rémalard et Rotrou II désirait agrandir tout l'est de son domaine aussi attaquèrent-ils l'ensemble de la frontière ouest thymeraise et on trouve à Tourouvre les mêmes buttes que celles construites autour de Monceaux et Rémalard. La Saunerie est au bord du plateau qui domine Tourouvre en bordure de la forêt domaniale du Perche et de la Trappe. Tout près de la Saunerie, la Butte du Châtel semble avoir eu la même fonction que celle de Rémalard.

 

     Une autre hypothèse plus classique serait de considérer la Saunerie comme poste de guet avancé vers le comté du Perche pour le château sur motte de Gannes à L'hôme-Chamondot

 

     - 8 - Vallée au Sène 28170 Maillebois :

 

     Nous sommes ici très proche du château de Maillebois détenu par les seigneurs de Châteauneuf. Trop proche pour considérer une notion de guet avec ce château. Les "Vallées" sont nombreuses dans la région et peut être que celle ci est une survivance des fameuses Sènes celtiques qui se réunissaient sur l’île de Sein, mais cela nous emmène bien loin... La présence de forges sur la vallée de la Blaise a peut être attiré des saxons du Saosnois ? ...

 

     Il se peut également, comme aux n° 1, 6, 7 que nous soyons en présence d'une motte établie par Guillaume le Conquérant pour attaquer le seigneur de Thimer-Gâtelles qui lui fut infidèle, Henri Ier et Geoffroy Martel en 1059. Cette épisode vient après une longue guerre entre les belligérants ci-dessus avec les batailles d'Arques, Mortemer et Varaville toutes gagnées par Guillaume qui avait recruté une armée notamment dans le Bessin et les régions environnantes.

 

     Châteauneuf par contre dénombre deux autres sites du nom de Saulnières près de la frontière avec le comté de Dreux le long de la Blaise ce qui est en rapport avec le mot de saulnière qui désigne un lieu planté de saules. Ces sites ne présentent pas de choses probantes pour notre recherche.