Duché de Lorraine

 

Au XVIIIème siècle
Rose : D. de Lorraine - Jaune : C. de Bar - Bleu : trois évêchés (Metz, Verdun et Toul) - Vert : Champagne

Attention, la carte ci-contre montre les limites des comtés tels qu'elles apparaissaient au milieu du XVIIIème siècle. Ces frontières  ont été très mouvantes au cours de l'histoire mouvementée de la Lorraine.


 

     - 1 - Les Sauneys, 55700 Moulins-Saint-Hubert :

 

      C'est une combe à l'orée du bois de Moulins, sous un petit sommet (343 m) dominant la Meuse appelé le Butta. Par les circonvolutions de la limite départementale, le lieu se trouve en Meuse mais devait être rattaché à Mouzon dans les Ardennes. Le village de Moulins-Saint-Hubert légèrement en retrait de la Meuse a une longue histoire avec des vestiges gallo-romains, une église basilicale batie au VIIIème siècle, et un prieuré de l'abbaye belge de Saint Hubert attesté en 1139. Un peu plus haut sur la Meuse, le village de Martincourt sur Meuse et Luzy Saint Martin dont le nom provient de Martin duc de Lorraine Mosellane en 675. Ces villages célèbrent chaque année le fait qu'ils aient été épargnés des invasions vikings suite à un miracle de Saint Dagobert II d'Austrasie mort en forêt de Woëvre en 679. Sur l'autre rive de la Meuse la forêt de Jaulnay a vu se dérouler les combats de la bataille de la Meuse le 27 aout 1914.

 

     Mouzon quant à elle est une étape sur la voie romaine allant de Reims à Trèves. On y trouve d'anciens temples gaulois remontant à l'age de fer (sur la limite qui le sépare de Moulins). Mouzon fut une grande ville au moyen-age et très tôt fortifiée. Elle dépendait au Xème siècle de l'évêché de Reims suite au don de Clovis à Saint Rémi et faisait partie de la Francie Occidentale. Avant 925, Boson, frère du roi Raoul s'empara clandestinement de la place qui fut reprise par Herbert II de Vermandois aidé de son neuveu et beau-frère Hugues le Grand. Celui-ci décida d'y installer son fils Hugues de 5 ans en tant qu'archevêque de Reims. C'est ensuite, jusqu'en 947, une guerre pleine de retournements d'alliances entre Boson, Herbert et les deux Hugues, centrée autour de la place forte de Mouzon. On doit donc certainement l'organisation de la défense de Mouzon à Hugues le Grand dont on connaît les méthodes inspirées des Saxons (voir à ce sujet l'introduction du chapitre Bourgogne). Mouzon est entourée des défenses suivantes :

  1. Carignan et ses remparts au nord-est,
  2. Les Sauneys, le présent site, au sud-est,
  3. La forêt de Jaulnay (surement un Saulnay déformé) au sud avec ses forges
  4. et , presque à la même distance, le Pain de Sucre de Stonne et la forêt du Mont-Dieu où l'on cherchait une justification au Fossé de Sauné (voir Autres capétiens n°1)

      On retrouve là les mêmes lieux de combats qu'en août 1914 et mai 1940 !

     - 2 - La Haie-Senet, 55110 Sivry-sur-Meuse :

 

      Simple lieudit en plein champs près de Sivry-sur-Meuse en aval du site précédent sur la Meuse. Le village de Sivry est cité plusieurs fois au Xème siècle dans les chartes des évêques de Verdun. Un poste d'observation rapportant au château de Dun-sur-Meuse pouvait être placé plus haut sur les coteaux bordant la Meuse en avant poste vers Verdun.

 

     Nous sommes ici dans le pays natal de saint Wandrille (~600-668) qui travailla avec Saint Eloi et Saint Ouen près de Dagobert Ier et fonda l'abbaye de Fontenelles en Normandie. Les contacts étaient fréquents entre l'est et l'ouest de la Francie.

 

     Les premiers comtes de Verdun sont alternativement proches de Francie Occidentale puis de Francie Orientale. Ricuinn mort en 923 était marié avec Cunégonde de France petite fille de Louis II. Son fils Otton (923-944) était manifestement du coté Saint Empire. Son successeur Raoul (944-960) était en même temps comte de Verdun et d'Yvois soit Carignan aux portes de Mouzon (du n°1 ci-dessus). Ceci montre que Raoul a surement été mis en place par Hugues le Grand et Verdun intégré au système de défense de Mouzon. Par la suite, Verdun est totalement intégré à l'Empire germanique.

 

     Il n'est donc pas illogique d'affecter la Haie-Senet à cette époque. Sinon on peut aussi rapprocher le site du n°h quand le château de Dun était au mains de la maison de la maison d'Aspremont et notammant sous Geoffroy III (1255-1302).

     - 3 - Senet, 54370 Hénaménil :

 

     Simple lieudit dans un creux qui ne présente aucune particularité si ce n'est d'être entouré de communes ayant une histoire :

 

     Bathelémont, avec sa présence gallo-romaine et franque. Au XIème siècle le village était séparé en deux entre Metz et la Lorraine. C'est une seigneurie tenue par les Ficquelmont, grande famille de l'est. Curieusement c'est le village natal de Jean Nicolas Stofflet le général vendéen.

 

       Bures, village détruit lors des deux guerres mondiales. Présence romaine.

 

        Parroy, avec son château appartenant aux comtes de Ficquelmont attesté en 1234.

 

       Bauzemont, avec un château début XIIème appartenant aux de Bauzemont. Fontaine Saint Martin.

 

      Hénaménil, siège de l'une des seigneurie des comtes de Ficquelmont. La rivière portant le canal de la Marne au Rhin s'appelle le Sânon.

 

       Nous sommes proches de Château Salins dans la plaine du Saulnois ou le sel a été exploité jusqu'en 1826. Il y a eu également exploitation dans la valée du Sânon. Le Sânon tirerait son nom du Saulnois appelé  "sänös" en lorrain roman, ce qui est certainement le cas également pour Senet.

     - 4 - Bois des Senets, 88120 Sapois :

 

      Le bois des Senets est sur le versant d'un coteau qui surplombe le village de Sapois (439 m) jusqu'à 700 m d'altitude. Le sommet s'appelle "Lémont". L'histoire des villages alentours ne remonte pas au XIIème siècle. Un peu plus loin Vagney est attestée au XIème siècle.

 

     Le fait que ce Senets n'aie pas d'origine franque occidentale possible avant le XIème siècle nous fait penser à une origine linguistique différente de celle que nous étudions et dérivée de la présence dans la région du peuple "Sénons". Voir à ce sujet la remarquable annexe à une étude sur la bataille d'Alésia et l'origine du peuple Sequane réalisée par Arnaud Lerossignol en novembre 2008. ( remarque applicable à Lorraine n°4 et autres Empire n°3 et n°4 ). 

 

Complément

 

Duché de Lorraine

 

     - 5 - La Saunard, 54170 Ochey :

 

     Ochey est un village très ancien mentionné par Charles le Chauve en 870. Mais le fait le plus important c'est que l'on est sur une combe surplombant la voie romaine Lyon-Trèves qui passe en contrebas à Bagneux. Cette voie nord-sud était très importante pour Rome car elle permettait d'atteindre le limes du Rhin. Autour de Bagneux quelques toponymes évocateurs : "La Sauma", "La Voie des Sauniers", "La Côte Bataille", "Le Château"... Présence également de tumulus en forêt de Bagneux. Il n'est pas impossible que Charles le Chauve plusieurs fois cité par ailleurs aie installé des gardes le long de cette route desservant sa frontière est après le partage de la Lotharingie lors du traité de Meerssen (870) qui fixe cette frontière le long de la Moselle donc à Toul. Cette approche se trouve renforcée par le site suivant.

 

     - 6 - La Saunare, 88300 Autreville :

 

     Ce site est très semblable au précédent non seulement par la ressemblance des noms mais aussi parce qu'il surplombe la même voie romaine Lyon-Trèves sur le coteau droit en allant vers le nord. Saulxures-lès-Vannes, tout proche, est également cité par Charles le Chauve en 870. Oppidum protohistorique à Barisey-la-Côte.

 

Comté de Bar

 

     Il est symptomatique de voir le très faible nombre de sites rattachables au duché proprement dit, les n°5 et 6 étant d'ailleurs pratiquement sur la frontière du comté de Vaudémont (voir ci dessous). Au contraire, le comté de Bar foisonne de sites un peu comme pour le comté d'Astarac en Gascogne !

 

       En effet, le rapprochement est osé mais s'explique bien historiquement. Nous ne devrions pas avoir une telle floraison de sites se rapprochant de notre Sonay d'origine dans cette terre d'empire qui fut presque toujours politiquement éloignée de nos provinces de l'ouest. Mais il y a dans l'histoire du comté de Bar un moment où la tactique guerrière anglaise a été mise à l'honneur. 

 

      Le comté de Bar a longtemps été considéré par l'empire comme une marche entre la lorraine (ex Lotharingie) et la Champagne carolingienne. Le comté ne fut-il pas séparé en deux entre le Barrois mouvant qui devait allégeance au roi de France contrairement au Barrois Ducal, clairement rattachée à l'Empire.

 

 

      Ce n'était pas encore le cas en 1291 lorsque Henri III de Bar (ci-contre) fut nommé comte à la mort de Thiebaut II. Thiebaut II avait épousé en seconde noce Jeanne de Toucy fille de la comtesse de Laval, Emma (1200-1264) ; il avait donc connaissance des habitudes de l'ouest. En 1284 Jeanne de Navarre, héritière du comté de Champagne épouse le futur roi de France (en 1285) Philippe IV le Bel, ce qui fait du Barrois le voisin immédiat du royaume de France. Dès ce moment les comtes de Bar n'ont de cesse de se protéger en se rapprochant des Plantagenêts en la personne d'Edouard Ier d'Angleterre. Et c'est ainsi que Henri III épouse, en 1293, la fille ainée d'Edouard Ier Aliénor d'Angleterre. Cet épisode pro anglais se termine le 4 juin 1301 par le traité de Bruges et quatre ans de captivité en Flandres pour Henri III.

 

       Nous avons eu la même réaction féodale vis à vis du roi de France Philippe-Auguste en Auvergne (n°2) de 1152 à 1213, ce n'est donc pas une première !

 

       Par la suite, les comtes de Bar resteront proches du roi de France jusqu'en 1419 où le cardinal Louis Ier duc de Bar choisit René d'Anjou comme héritier et lui donne pour épouse Isabelle de Lorraine, réunissant ainsi les deux principales puissances de Lorraine. Il n'y a donc plus lieu de fortifier à outrance le comté comme pour la période 1284-1301 étudiée ci dessus.

 

 

      Les 18 sites qui suivent seront donc affectés à cette période précédant les sites de la guerre de cent ans en Gascogne 1360-1453.

     - 7 - Senard, 55250 Seuil-d'Argonne :

 

     Senard est une ancienne commune qui devait dépendre de Louppy-le-Château, ancienne possession du comté de Bar. Le site se trouve sur une position de guet légèrement surélevée, au bord de l'Aisne, sur la frontière avec la Champagne.

 

     - 8 - Senaichamp, 55250 Nubécourt :

 

      Nubécourt était un fief des Gourcy, chevaliers mouvant du comte de Bar originaires de Gorcy  près de Longwy cédé au comte de Bar en 1278. Nubécourt a donc probablement été confié aux Gourcy peu après pour défendre la frontière champenoise du comté. Le site est en haut d'une combe au dessus de l'Aire.

 

     - 9 - Le Saunier, 55220 Saint-André-en-Barrois :

 

     Proche du précédent, également en haut d'une combe, le site rapportait à Souilly, forteresse importante du Barrois Mouvant, à la frontière avec la Champagne. Il ne reste plus que la motte féodale inscrite aux monuments historiques.

 

     - a - Le Sonne et Sonville, 55220 Tilly-sur-Meuse :

 

Saint Mihiel au XIIème siècle
Saint Mihiel au XIIème siècle

 

 

 

     Ces deux lieux-dits jumeaux, dans les méandres de la Meuse, en frontière avec l'évêché de Verdun, devaient servir d'avant- postes pour Woimbey ou pour la place forte de Lacroix-sur-Meuse et protégeaient Saint-Mihiel (ci-contre). Verdun et Saint-Mihiel ont brièvement été frontière de la Francie occidentale de Charles le Chauve après le traité de Meerssen (870) et avant celui de Ribemont (880). Il n'est donc pas impossible que ce site soit plus ancien.

 

 

     - b - Sonvillers, 55210 Herbeuville :

 

    Ce lieu est situé sous la crête stratégique des Eparges qui a vu de furieux combats en 1915. Saint-Rémy-la-Calonne en haut de la combe était bien une terre barroise contrairement au château des évêques de Verdun Hattonchâtel un peu plus au sud sur la même crête.

 

     - c - Soncourt, 55160 Fresnes-en-Woëvre :

 

     En plaine, le site ne présente aucune particularité si ce n'est d'être situé sur la frontière de la partie nord du comté avec l'évêché de Verdun. Devait probablement rapporter à Etain, ville fortifiée du Barrois Ducal.

 

     - d - Saulnes, 54490 Xivry-Circourt :

 

     Pas grand chose pour ce site un peu au dessus de la Pienne. Par contre Landres est proche avec ses trois châteaux. C'est le berceau des comtes de Landres, de Briey et de Bar qui, à l'origine, débutèrent comme avoués de l'évêché de Metz.

 

     - e - Saulnes, 54650 Saulnes :

 

     Nous voici à la frontière actuelle, mais aussi à l'époque, avec le duché de Luxembourg au dessus de Longwy. Longwy fut achetée au duc de Lorraine par Henri III de Bar en 1292 donc, certainement, à l'époque de la création du lieu. Les différents noms du lieu illustrent bien la différence de perception  entre les langues nordiques et les langues romanes comme nous l'avons mentionné lors de l'étude étymologique : "Tzonen" 1473, "Zonnen" 1495, "Tzoenen" 1531, "Sonne" 1689, "Sonte" 1756, "Sosne" "Saulne" 1779, "Sonne Haut et Bas" 1793, "Sosne" 1801, "Zohnen" en allemand, "Zounen" en luxembourgeois.

 

     - f - Saint-Sonville, 55210 Vigneulles-lès-Hattonchâtel :

 

 

 

     Nous voici revenus aux pieds de la forteresse des évêques de Verdun, Hattonchâtel (ci-contre) totalement restaurée par Henri Jacquelin et Belle Skinner. Nous sommes un peu au delà des côtes de Meuse. Sans pouvoir avoir de certitude, Saint-Sonville pouvait surveiller le château d'Hattonchâtel pour le compte de Lachaussée et son château (1287), prévôté du Barrois Ducal. 

     - g - La Sonnard, 54470 Saint-Baussant :

 

     Saint-Baussant est un village très ancien affranchi par Thiébaut II en 1289. Un château antérieur au XVème existait à Saint-Baussant. La Sonnard est sur une crête en plein bois surveillant vers le sud-est donc vers le duché de Lorraine. Un peu plus à l'est, le comté de Bar ne comporte pas de site alors que Thiébaut II avait créé Pont-à-Mousson le 20 avril 1261 ! Il y avait effectivement une forteresse sur la butte de Mousson depuis le XIème siècle et Mousson était rattaché au comté de Bar depuis le mariage de Louis de Montbéliard avec Sophie de Bar. Mais Henri III ne devait pas posséder la terre entre le Barrois Mouvant et Pont à Mousson puisque, par exemple, le château de Pierrefort et les terres autour étaient destinées au fils cadet de Thiébaut II : Pierre de Bar (Thiébaut a eu 15 enfants dont 7 garçons, nous reparlerons de Renaud au n°p) or Pierre de Bar s'opposa à son frère car il ravagea la région de Saint-Mihiel fin XIIIème siècle.

     - h - La Sauna, 55300 Rambucourt :

 

     Nous sommes ici en face d'Apremont-la-Forêt dont est issue une grande famille de chevaliers qui se sont illustré entre-autre au tournoi de Chauvenchy, les Aspremont et plus précisément, pour la période qui nous intéresse Geoffroy III d'Apremont seigneur d'Apremont, Conflans et Dun. Apremont deviendra le siège d'une grande baronnie de Lorraine mais pour l'heure n'est encore qu'une seigneurie du comté de Bar. Il est probable que ce site surveillait le château de Pierre de Bar (voir n°g et j) à Bouconville-sur-Madt compte tenu de l'antagonisme entre les deux frères.

     - i - La Saunaire, 55300 Varnéville :

 

     Située dans une combe donnant après un petit col sur le village d'Apremont-la-Forêt étudié au n° précédent, le site est rattachable à ce village pour éviter une attaque venant de Varnéville. Il se peut également que le site d'origine ait été placé légèrement plus haut qu'actuellement, au sommet de la colline qui domine Varnéville et Loupmont, ce qui en faisait un guet idéal pour surveiller Bouconville-sur-Madt de plus haut (voir n°j). 

     - j - Le Saunard, 55200 Broussey-Raulecourt :

 

     Très proche des deux précédents, L'ensemble de ces trois sites (n°h,i et j) cernaient le château de Bouconville-sur-Madt au nord-ouest (n°i), sud-ouest (n°j) et au sud (n°h). Ils devaient être reliés via Apremont-la-Forêt à l'importante forteresse comtale de Saint-Mihiel (voir n°a). De plus, ce site est sur la frontière entre le comté de Bar et le duché de Lorraine.

      - k - La Saunière, 55260 Nicey-sur-Aire :

        - l - La Saulnière, 55000 Vavincourt :       

 

     Toutes deux au dessus de la route entre Bar-le-Duc et Saint-Mihiel qui constitue le coeur du Barrois mouvant et qui a dû être maintes fois parcourue par les ducs de Bar, la Saunière et la Saulnière (et peut être Seigneulles) de l'autre coté de la vallée de l'Aire ont pu constituer un réseau de communication entre les deux grandes villes du comté.

     - m - La Saunière, 55500 Velaines :

 

Tour Valéran à Ligny-en-Barrois
Tour Valéran à Ligny-en-Barrois

     La Saunière est le sommet d'une colline qui surplombe la ville de Ligny-en-Barrois et surveille le cours de l'Ornain jusqu'aux environs de Bar-le-Duc. C'est un point stratégique qui a été convoité ; voici ce qu'écrit Wikipédia au sujet du règne d'Henri II de Bar :

 

     Ayant donné en dot la seigneurie de Ligny à sa fille Marguerite qui avait épousé Henri V de Luxembourg, il était entendu que ladite seigneurie resterait sous suzeraineté Barroise (1240). Or, en 1256, Henri de Luxembourg prêta hommage pour Ligny au comte de Champagne (également roi de Navarre). Une guerre s'ensuivit et l'arbitrage du roi Louis IX de France (futur Saint Louis), suzerain des comtes de Champagne et des comtes de Bar, rendit Ligny à Henri de Luxembourg sous sa suzeraineté originelle (1268).

 

     Autant dire que rien n'était réglé pour les successeurs d'Henri II, Thiébaut II et Henri III, surtout après le mariage de Jeanne Ière de Navarre et champagne avec Philippe le Bel. La tour Valéran (ci-contre) commencée à cette période est bien signe que l'on devait se regarder en chien de faïence de chaque coté.

 

     Il n'est pas possible d'affecter le site à l'un ou l'autre des protagoniste, mais la multitude de sites presques homony-mes plaide pour une affectation aux comtes de Bar. 

     - n - Vallée de Son Fontaine, 55130 Bonnet et La Saunière, 55130 Horville-en-Ornois :

 

     Un peu plus au sud, suite à l'intervention du roi d'Angleterre Edouard Ier en faveur de son petit-fils en 1307, Philippe le Bel donna à Edouard Ier de Bar les terres de Gondrecourt-le-Château. Directement aux prises avec le comté de champagne, les bonnes habitudes plantagenaises n'étant pas perdues, il fut édifié quelques guets en relation avec la place forte.

 

     La valée de Son Fontaine est une combe montant vers Mandres-en-Barrois tout proche de la frontière. Le site n'est pas très représentatif de notre recherche.

 

     La Saunière est au dessus de la vallée de l'Ognon affluent de l'Ornain et peut être considéré comme limite de petit domaine.

 

     - o - Soncourt 88320 Damblain :

 

Evêché de Metz

 

       Les cinq sites qui suivent associés au n°3 du panel de base forment une courbe étonnante de régularité autour de la limite nord-ouest à sud-est du Saulnois et de sa source salée de Château-Salins. Cette source est exploitée depuis la haute antiquité. La courbe signalée semble incluse dans les possessions de l'évêque de Metz un des plus puissant prélat de Lorraine depuis que Charlemagne lui a accordé d'énormes privilèges. L'évêque est comte souverain de Metz et prince du Saint-Empire. Jean Ier d'Apremont perd beaucoup de cette puissance en 1234 depuis la guerre des amis à laquelle Henri II de Bar est intimement mêlé.

 

     Jean Ier d'Apremont doit reconnaître l'indépendance de la ville de Metz et se retire à Vic-sur-Seille (ci-contre) tout proche de Château-Salins. De 1302 à 1316, l'évêque de Metz est Renaud de Bar, 5ème fils de Thiébaut II de Bar et frère de Henri III à qui nous avons affecté les sites n°7 à m. Renaud a t'il eu peur de la déchéance partielle de sa famille et a t'il voulu protéger sa résidence de Vic-sur-Seille d'une ceinture de fortifications inspirées de celles de son frère ? Ou a t'il essayé de protéger sa principale source de revenus vis à vis du duc de Lorraine toujours prêt à partir en guerre ? ou très certainement les deux à la fois ? Toujours est-il que cet ensemble de sites semble bien inspiré de nos chers Plantagenêts ! En tout cas "sel" et "Sonay" s'y rejoignent dans un savant mélange.

 

     Il faut savoir que Château-Salins et sa source appartenaient en propre à l'évêque de Metz mais étaient sous la dépendance temporelle du duc de Lorraine Ferry III qui d'ailleurs concéda le tiers des salines d'Amelécourt à Thiébaut II de Bar en 1277. Il n'y avait pas encore vraiment de château à Château-Salins, deux châteaux furent construits, l'un vers 1340 par la régente de Lorraine Elisabeth d'Autriche, l'autre par Adhémard de Monteil 70ème évêque de Metz. Plusieurs guerres eurent lieu au XIVème siècle autour des sources.  

     - p - Le Saunard, 57900 Craincourt :

 

     En 1243, Regnault de Craincourt vend Delme à l'évêque de Metz Jacques de Lorraine. Delme était un village important bâti sur une villa romaine à 12 lieux de Metz sur la route de Strasbourg, d'où son nom. C'est sur une crête du territoire de Delme que notre site se trouve, il controlait donc la route entre Metz-Pont-à-Mousson et Vic et pouvait faire appel à la maison forte d'Aulnois-sur-Seille en contrebas. A Aulnois devait se trouver un pont sur la Seille.

     - q - La Saulnière, 54760 Lanfroicourt :

 

     Ce site permet de contrôler les boucles de la Seille. Il dépendait soit du château d'Amance soit des des évêques de Metz puisque Adalbéron II détruisit le château du village au Xème siècle. Les possessions des évêques étaient en effet totalement imbriquées avec celles des ducs. Le site contrôlait sûrement un autre pont sur la Seille.

     - r - Sornéville, 54280 Sornéville :

 

     Sornéville, avec Chambrey et son château devaient surveiller la route de Vic à Nancy, c'était donc le point le plus important pour la défense de Vic vis à vis du duché. Une ancienne voie romaine devait passer par Sornéville.

 

     - s - La Saulnière, 54370 Coincourt :

 

     C'est à cet endroit qu'il y a lieu d'intercaler le n°3 du panel de base : Senet près d'Hénaménil qui surveillait la valée du Sânon. La Saulnière, également au dessus du Sânon fait double emploi. C'est donc certainement l'emplacement d'une fabrique de sel qui étaient placées là ou il restait encore du bois à couper.

     - t - Haut de Sénac, 57810 Maizières-lès-Vic :

 

     Et nous finissons la série avec la route de Sarrebourg qui remplaçait la fameuse route romaine "via Salinensis". Sarrebourg était revenue sous la dépendance des évêques de Metz depuis la mort de Gertrude de Dabo dernière comtesse de Metz en 1225. Le Haut de Sénac devait être la base avancée du château de Marimont près de Bourdonnay. En 1297, l'évêque de Metz précédent Renaud de bar, Gérard de Relances, obligea le sire de Réchicourt à reprendre le fief de Marimont dans le but de protéger ses résidences de Vic. L'évêque Gérard n'avait eu de cesse d'ailleurs de réunir les salines de la région sous la domination de l'évêché.

Comté de Salm

 

     - u - Senones, 88210 Senones :

 

     Quelle histoire curieuse que celle de ce tout petit comté devenu principauté en 1751, propriété de la maison de Salm. Cette histoire débute en effet par la nomination d'Hermann de Salm comme avoué de l'abbaye de Senones vers 1050. Mais le nom de Senones vient de beaucoup plus loin puisque le village où l'abbaye a été fondée en 640 (croit t'on) par Saint Gondelbert et s'appelait déjà "Senonensis monasterii". On a pensé, surement à tord, qu'il était évêque de Sens. C'est ainsi que l'on a attribué la toponymie de Senones au peuple celte qui s'est installé à Sens (voir n°4 et une étude sur le peuple Sénon). La voie romaine dite des Saulniers passe un peu au sud au niveau de Moyenmoutier, ce qui peut faire penser aussi à une étymologie basée sur le sel. On peut évoquer également les "saônes" de saint Gondelbert spécifiques aux "bans" vosgiens.

 

    Il ne manque donc plus qu'une histoire de frontière pour corser l'affaire déjà bien compliquée ! Ces hautes vallées des Vosges sont effectivement une frontière linguistique entre le lorrain romanophone et l'alsacien germanophone. Depuis le Xème siècle, arrivée des Alamans en Alsace, cette frontière passe par la la ligne de crête des Vosges jusqu'au sud de l'Alsace. Cette frontière était même célébrée religieusement à Saales, étape de la Voie des Saulniers tout près de Senones :

 

     Un pèlerinage du clergé des environs (de Saâles) aux Rogations semble prouver une présence très ancienne sur le plateau : les prêtres se rendent le lundi, jour des prières pour les récoltes de l'année, sur l'ancienne route de Saâles à Senones, auprès d'une grosse pierre triangulaire qui symbolise une triple frontière entre au nord-ouest Salm, à l'est vers l'Alsace et au sud la Lorraine.

 

     Cette frontière au sommet des Vosges était celle qui séparait l'Austrasie de l'Alémanie du temps de Thierry Ier en 511. Les Alamans avaient été vaincus par Clovis à Tolbiac en 496 mais étaient restés relativement indépendants. Nouvelle guerre entre Francs et Alamans entre 709 et 712. Carloman maire du palais d'Austrasie, frère de Pépin le Bref alors maire de Neustrie, et peut être avec son aide, extermine la noblesse alémanique suite au jugement de Cannstatt en 746 et intègre définitivement le territoire à l'Austrasie. En 745 Pépin le Bref envahit l'Alémanie avant de remplacer Carloman entré en religion en l'abbaye du Mont-Cassin fondée par saint Benoît en 529.

 

     Un peu au sud-ouest de Senones se trouve l'abbaye de Moyenmoutier sur la voie des Saulniers. cette abbaye a été fondée par saint Hydulphe que l'on pense, sur la base d'une note administrative de 757, être un bénédictin envoyé par Pépin le Bref alors roi des Francs pour contrôler les bans mérovingiens des hautes vallées vosgiennes dont bien sûr Senones.

 

     Il y a donc bien frontière et la Neustrie représentée par Pépin n'est pas totalement étrangère à l'affaire mais on ne peut rien dire de plus.

Evêché de Toul

 

     - v - Le Saunier, 88240 Trémonzey :

 

 

     Manifestement, Le Saunier au sommet de la colline qui domine Fontenoy-le-Château, était un guet indispensable pour le château des évêques de Toul situé en contrebas pour bloquer la route commerciale empruntant la valée du Côney. Fontenoy, pendant tout l'ancien régime, fut ce qu'on a appelé une "terre de surséance", c'est à dire disputée entre la Bourgogne et la Lorraine, c'est dire toute l'importance de ce château bâti sur la frontière. Avec le carbonne 14, le donjon a été daté aux environs de 980 donc sous la domination directe de l'évêque de Toul. Concernant les évêques, nous avons, à cette époque, deux personnages proches de la Francie : Drogon de Toul (905-921) et Saint Gauzelin de Toul (922-962). Drogon était cousin issu de germain de Charles le Simple et réussit à faire accepter ce dernier comme roi de Lotharingie de 911 à 923. Son successeur Gauzelin fut notaire de la chancellerie royale de Charles le Simple, c'est dire de sa connaissance des problèmes posés par les invasions Vikings dans l'ouest. Sur le plan impérial nous sommes alors sous le règne des empereurs saxons, Henri l'Oiseleur (919-936) dont la mère Edwige de Babenberg était fille d'un marquis de Neustrie. Henri fut suivi par Otton Ier (936-973) le premier empereur en titre. Saint Gérard de Toul qui suivit Saint Gauzelin eut également une politique très proche des empereurs saxons, Rien d'étonnant donc pour que l'on retrouve pour ce château les habitudes défensives que nous connaissons.

 

Comté de Vaudémont

 

Les comtés lorrains en 1250
Les comtés lorrains en 1250

     Pour nos quatre derniers sites nous abordons à nouveau une énigme posée par la Lorraine médiévale et symbolisée par la Colline Inspirée de Maurice Barrès. Ce point culminant des côtes de Moselle fut au moyen-age le siège d'un comté puissant, le Comté de Vaudémont (ci-contre) au cœur des possessions du duc de Lorraine à qui il devait hommage. En 1202 Simon II de Lorraine cède la souveraineté du comté à Thiébaut Ier de Bar. Hugues III de Vaudémont épouse Marguerite de Bar fille de Thiébaut avant 1231 ce qui resserre les liens entre les deux comtés. Leur fils Henri Ier de Vaudémont révèle sa bravoure en battant le duc de Lorraine Ferry III à Vaxoncourt. C'est à cette occasion qu'il fait connaissance avec Charles d'Anjou et l'accompagna avec son fils Renaud à la conquête de la Sicile. Or, en se reportant aux n° 7 et 8 de Provence, on voit que les habitudes angevines ne sont pas encore totalement perdues auprès des successeurs apanagistes des Plantagenêts. Mais il est plus logique d'affecter nos sites  à Henri II de Vaudémont (1255-1299) contemporain et vassal d'Henri III de bar (1259-1302) à qui nous avons affecté les sites du comté de Bar n°7 à o ci-dessus.

 

      Le comté de Vaudémont a pour capitale Vaudémont au centre du Saintois situé à l'extrémité opposée au sanctuaire sur la colline de Sion. Il reste le donjon ou tour de Brunehaut du château des comtes du X ou XIème siècle (ci-contre), le reste de la forteresse ayant été rasé par Richelieu lors de la Guerre de Trente Ans. La colline est sur la commune de Saxon-Sion dont l'étymologie ne peut nous laisser indifférents ! Il ne semble pas sérieux d'invoquer une origine mérovingienne pour un nom aussi précis (les Saxons s'appelaient alors Saisnes) par contre, il n'est pas impossible que le nom du village se soit transformé si celui-ci a hébergé quelques troupes anglo-saxonnes près du château comtal au XIIIème ou début du XIVème siècle comme les sites déjà étudiés.

     - w - Soncourt, 54170 Crépey :

 

     Au nord-ouest de Sion près de Selaincourt, le site est une combe regardant vers la Moselle. De l'autre coté de la crête et des bois d'Allain et de Colombey on trouve les sites de la voie romaine Lyon - Trèves n°5 et 6.

     - x - La Haie des Saulniers, 54740 Vaudeville :

       Au nord est de Sion, le site serait bien placé s'il était au sommet de la colline pour surveiller la Moselle et notamment le vieux château des comtes de vaudémont à Bainville-aux-Miroirs (ci-contre). Saluons au passage une grande famille de Mayenne venue s'implanter tout près au château de Harouè, de sont issues deux branches :

     - y - Soncourt, 88170 Soncourt :

 

     A l'est de Sion le site est orienté vers Mirecourt au sud-est, c'est une combe en bord de plateau, il contrôle la route Sion-Toul qui passait par la valée de l'Aroffe. Le site de guet devait se trouver en haut de la colline de Moussemont à 416m. On trouve un oppidum à Gemonville et un palais de Dagobert Ier à Vicherey.

     - z - Le Saunier, 88270 Saint-Vallier :

     Châtel-sur-Moselle est l'un des plus grand château fort d'Europe avec 5 hectares et 22 tours. C'est le second pôle du comté de Vaudémont, après Sion, construit entre 1072 et 1100. Le site du Saunier pouvait surveiller à l'amont le cours de la Moselle jusqu'à la place forte des évêques de Metz à Epinal. si le Saunier n'est pas contemporain de l'édification du château, il peut l'être de son premier agrandissement entre 1220 et 1250 par Hugues II de Vaudémont (1188-1242) suite à un prêt du frère de sa belle-fille et son seigneur Henri II de Bar (1214-1239) donc surement un peu antérieurement aux autres sites du Bar-Vaudémont.