Duché de Lorraine

 

 

     - 1 - Les Sauneys, 55700 Moulins-Saint-Hubert :

 

      C'est une combe à l'orée du bois de Moulins, sous un petit sommet (343 m) dominant la Meuse appelé le Butta. Par les circonvolutions de la limite départementale, le lieu se trouve en Meuse mais devait être rattaché à Mouzon dans les Ardennes. Le village de Moulins-Saint-Hubert légèrement en retrait de la Meuse a une longue histoire avec des vestiges gallo-romains, une église basilicale batie au VIIIème siècle, et un prieuré de l'abbaye belge de Saint Hubert attesté en 1139. Un peu plus haut sur la Meuse, le village de Martincourt sur Meuse et Luzy Saint Martin dont le nom provient de Martin duc de Lorraine Mosellane en 675. Ces villages célèbrent chaque année le fait qu'ils aient été épargnés des invasions vikings suite à un miracle de Saint Dagobert II d'Austrasie mort en forêt de Woëvre en 679. Sur l'autre rive de la Meuse la forêt de Jaulnay a vu se dérouler les combats de la bataille de la Meuse le 27 aout 1914.

 

     Mouzon quant à elle est une étape sur la voie romaine allant de Reims à Trèves. On y trouve d'anciens temples gaulois remontant à l'age de fer (sur la limite qui le sépare de Moulins). Mouzon fut une grande ville au moyen-age et très tôt fortifiée. Elle dépendait au Xème siècle de l'évêché de Reims suite au don de Clovis à Saint Rémi et faisait partie de la Francie Occidentale. Avant 925, Boson, frère du roi Raoul s'empara clandestinement de la place qui fut reprise par Herbert II de Vermandois aidé de son neuveu et beau-frère Hugues le Grand. Celui-ci décida d'y installer son fils Hugues de 5 ans en tant qu'archevêque de Reims. C'est ensuite, jusqu'en 947, une guerre pleine de retournements d'alliances entre Boson, Herbert et les deux Hugues, centrée autour de la place forte de Mouzon. On doit donc certainement l'organisation de la défense de Mouzon à Hugues le Grand dont on connaît les méthodes inspirées des Saxons (voir à ce sujet l'introduction du chapitre Bourgogne). Mouzon est entourée des défenses suivantes :

  1. Carignan et ses remparts au nord-est,
  2. Les Sauneys, le présent site, au sud-est,
  3. La forêt de Jaulnay (surement un Saulnay déformé) au sud avec ses forges
  4. et , presque à la même distance, le Pain de Sucre de Stonne et la forêt du Mont-Dieu où l'on cherchait une justification au Fossé de Sauné (voir Autres capétiens n°1)

      On retrouve là les mêmes lieux de combats qu'en août 1914 et mai 1940 !

 

     - 2 - La Haie-Senet, 55110 Sivry-sur-Meuse :

 

      Simple lieudit en plein champs près de Sivry-sur-Meuse en aval du site précédent sur la Meuse. Le village de Sivry est cité plusieurs fois au Xème siècle dans les chartes des évêques de Verdun. Un poste d'observation rapportant au château de Dun-sur-Meuse pouvait être placé plus haut sur les coteaux bordant la Meuse en avant poste vers Verdun.

 

     Nous sommes ici dans le pays natal de saint Wandrille (~600-668) qui travailla avec Saint Eloi et Saint Ouen près de Dagobert Ier et fonda l'abbaye de Fontenelles en Normandie. Les contacts étaient fréquents entre l'est et l'ouest de la Francie.

 

     Les premiers comtes de Verdun sont alternativement proches de Francie Occidentale puis de Francie Orientale. Ricuinn mort en 923 était marié avec Cunégonde de France petite fille de Louis II. Son fils Otton (923-944) était manifestement du coté Saint Empire. Son successeur Raoul (944-960) était en même temps comte de Verdun et d'Yvois soit Carignan aux portes de Mouzon (du n°1 ci-dessus). Ceci montre que Raoul a surement été mis en place par Hugues le Grand et Verdun intégré au système de défense de Mouzon. Par la suite, Verdun est totalement intégré à l'Empire germanique.

 

     Il n'est donc pas illogique d'affecter la Haie-Senet à cette époque.

 

     - 3 - Senet, 54370 Hénaménil :

 

     Simple lieudit dans un creux qui ne présente aucune particularité si ce n'est d'être entouré de communes ayant une histoire :

 

     Bathelémont, avec sa présence gallo-romaine et franque. Au XIème siècle le village était séparé en deux entre Metz et la Lorraine. C'est une seigneurie tenue par les Ficquelmont, grande famille de l'est. Curieusement c'est le village natal de Jean Nicolas Stofflet le général vendéen.

 

       Bures, village détruit lors des deux guerres mondiales. Présence romaine.

 

        Parroy, avec son château appartenant aux comtes de Ficquelmont attesté en 1234.

 

       Bauzemont, avec un château début XIIème appartenant aux de Bauzemont. Fontaine Saint Martin.

 

      Hénaménil, siège de l'une des seigneurie des comtes de Ficquelmont. La rivière portant le canal de la Marne au Rhin s'appelle le Sânon.

 

       Nous sommes proches de Château Salins dans la plaine du Saulnois ou le sel a été exploité jusqu'en 1826. Il y a eu également exploitation dans la valée du Sânon qui tire son nom du lorrain roman "sänös" ce qui est certainement le cas pour Senet.

 

     - 4 - Bois des Senets, 88120 Sapois :

 

      Le bois des Senets est sur le versant d'un coteau qui surplombe le village de Sapois (439 m) jusqu'à 700 m d'altitude. Le sommet s'appelle "Lémont". L'histoire des villages alentours ne remonte pas au XIIème siècle. Un peu plus loin Vagney est attestée au XIème siècle.

 

     Le fait que ce Senets n'aie pas d'origine franque occidentale possible avant le XIème siècle nous fait penser à une origine linguistique différente de celle que nous étudions et dérivée de la présence dans la région du peuple "Sénons". Voir à ce sujet la remarquable annexe à une étude sur la bataille d'Alésia et l'origine du peuple Sequane réalisée par Arnaud Lerossignol en novembre 2008. ( remarque applicable à Lorraine n°4 et autres Empire n°3 et n°4 )