BRETAGNE

 

 

     Il y a une seule occurrence dans le corpus de base aussi nous passerons rapidement au complément. Mais auparavant, rappelons quelques dates de l'histoire du comté de Nantes :

  • 58 av JC Fondation de Condevicnum (Nantes) et Ratiatum (Rezé).
  • 575 Fondation de l'abbaye de Saint Martin de Vertou.
  • 610 Théodebald comte de Nantes 
  • De 786 à 843 le comté de Nantes fait partie des marches de Bretagne et les comtes sont nommés par les rois des Francs, Pépin le Bref, Carloman Ier, Charlemagne, Louis Ier le Pieux et Charles II le chauve. 
  • 843 Lambert se proclame comte de Nantes
  • 845 indépendance de la Bretagne, Nominoë est nommé dux.
  • de 851 à 906 Nantes est bretonne avec Erispoë et ses successeurs comme roi.
  • de 906 à 919 Foulques Ier le Roux est comte de Nantes et d'Anjou.
  • de 919 à 938 Domination viking.
  • de 938 à 958 Alain Barbetorte et Drogon.
  • de 958 à 960 Retour des Angevins avec Foulques II.
  • de 960 à 1156 Les comtes sont bretons sauf Aimery III de Thouars de 992 à 994.
  • de 1156 à 1203 retour de Nantes aux Plantagenets.

 

     - 1 - La Saunais, 44230 Saint Sébastien sur Loire :

 

      Selon certaines sources, en 1795 le général Charrette signe un traité avec les bleus à La Saunais (« Histoire religieuse, monarchique, militaire et littéraire de la révolution française et de l’empire » par le baron de Lamothe-Langon Tome II 1840 page 330 et « Louis XVII et les faux dauphins » de René le Conte 1924 page 27)

 

     Après vérification, il s’agit en fait d’une déformation du nom du traité signé au château de « La Jaunaye » à saint Sébastien près de Nantes signé le 17 février 1795 par Charrette et Sapinaud pour les blancs et Ruelle pour la Convention. Encore une erreur due à la similitude d'écriture entre le J et le S en écriture ancienne. Nous ne retiendrons donc pas cette occurrence par la suite.

  

COMPLÉMENT

 

 

     - 2 - La Saunerie, 35133 Beaucé :

 

     Proche de Fougères, principale forteresse (ci-dessous) de la frontière bretonne avec Nantes, le site était peut être une position avancée vers la frontière pour le petit château de bois du Xème siécle. Sinon ce pouvait être, comme pour le Mans, un poste de contrôle avant l'arrivée en ville sur la route vers Ernée et Mayenne. A noter que, dans son histoire, Fougères a souvent pris le parti du duc de Normandie ou du roi de France avant celui de la Bretagne.

 

 

     - 3 - La Saulnerie, 35370 Le Pertre :

 

     Tout ce territoire autour de la forêt du Pertre, Bréal, Mondevert et le Pertre ont de tout temps été disputés entre la maison de Laval et celle de Vitré à tel point que l'on parle là d'une co-seigneurie ayant donné lieu à des procès retentissants. Nous avons vu pour le Maine l'avancée des Laval sur la Gravelle toute proche (voir Maine n°9). Le site peut être rattaché au château de Montjean appartenant aux Laval.

 

     - 4 - La Saunerie, 35680 Domalain :

 

     Nous quittons les querelles des Laval et des Vitré puisque Domalain appartenait à la châtellenie du Désert, mitoyenne de celle de Vitré, avec pour château principal le manoir de la Rivière du Désert (disparu). Cette châtellenie dépendait à l'origine de la famille des Châteaubriant et était traditionnellement remise aux puînés de la famille. Qui dit Châteaubriant dit comté de Nantes, et, comme par hasard, notre Saunerie est exactement à la hauteur de la frontière Maine-Anjou, mais à l'intérieur de la partie bretonne. Il y a donc tout lieu de croire que les Angevins, en devenant comtes de Nantes au Xème siècle, ont arrondi quelque peu leurs frontières en rognant le comté de Rennes sur des terres dépendant de seigneurs nantais. C'est ce que vont nous confirmer les sites suivants.

 

     Au passage, saluons le village d'Arbrissel mitoyen de la châtellenie où est né Robert fondateur de Fontevraud, l'abbaye des Plantagenets.

 

     - 5 - Les Cours Senails, 35150 Janzé :

 

 

     Entendons sous ce vocable la route partant de Janzé (à 3 km.) et menant au n°6 ci-dessous (encore 3 km.). La frontière devait d'ailleurs être le long de cette route rectiligne. L'église Saint Martin de Janzé était une dépendance de l'abbaye de Marmoutier à Tours. Notons qu'une donation à une abbaye importante sur des terres à défricher était un moyen d'étendre son influence et par suite son territoire puisque le seigneur devait défendre ses moines contre les velléités des voisins. Nous sommes toujours dans la châtellenie de Châteaugiron et la remarque du n°4 s'applique aussi ici.

 

     - 6 - Les Saulnières, 35150 Saulnières :

 

     Pour apprécier la dénomination, il faut lever un malentendu lié à la ville du Sel de Bretagne toute proche et que l'on retrouve dans le radical Sauln. Le Sel de Bretagne s'appelle ainsi pour provenir de son ancienne dénomination Parochia de Sello - soit - Mais Sello n'a jamais voulu dire Sel (en latin Salis). En Breton c'est le verbe regarder au futur: il regardera. Mais on ne voit pas ce que cela viendrait faire ici. En tapant Sello sur le DMF 2015 on obtient aucune référence au sel. Je pense plutôt (comme en espagnol) au Sceau Paroisse reconnue par lettre scellée. Et comme le sel diffuse facilement, notre Saunière est devenu Saulnière comme beaucoup d'autres d'ailleurs. L'église de Saulnières est dédiée à Saint Martin de Tours, comme celle du Sel de Bretagne et autrefois celle de Janzé, quelle insistance ! L'argument principal reste toutefois la continuité des possessions des Châteaubriant en Ile-et-Vilaine (ci-contre).

 

     - 7 - La Saunerie, 35390 Sainte-Anne-sur-Vilaine : 

 

     Manifestement un poste avancé du Grand-Fougeray pour surveiller Langon de l'autre coté de la Vilaine. La Saunerie est exactement sur la frontière actuelle du département 44. On pense que c'est au Grand Fougeray qu'a eu lieu la bataille de Jengland en 851 où les Saxons étaient en première ligne mais n'ont pas brillé par leur courage. Le Grand Fougeray était une forteresse importante des Châteaubriant qui, du temps de Briant Ier dépendait du comté de Rennes et non de Nantes (mais surement pas du temps de la domination angevine et pour tous les fiefs).

 

     - 8 - Senac, 35550 Pipriac : 

 

     La forme Senac étant un peu éloignée de ce que nous cherchons dans le contexte breton et la paroisse de Pipriac étant très ancrée sur la ville de Redon, nous ne retiendrons pas le site qui a pu cependant faire partie des possessions de Châteaubriant pas très éloigné.

 

     - 9 - Le son des Grées, 56130 Théhillac :

 

     Dans le Morbihan les grées sont des collines de pierres sur lesquelles se développe la lande. Il faut ici prendre le mot Son dans son sens de sommet ce qui fait que cette dénomination est ancienne. C'est effectivement le sommet d'une colline assez plate avec un lieu dit  Belle Vue impliquant un paysage dégagé sur les marais alentour et la vallée de la Vilaine. De là on pouvait surveiller le château de Rieux et le pont (comme ci dessous) sur la Vilaine au sud de Redon. Le château de Rieux était la résidence d'Alain le Grand roi de Bretagne puis de Rudalt de Vannes pendant précisément que Foulques Ier était comte de Nantes, c'est dire l'importance stratégique exceptionnelle de cet emplacement. Le Son des Grées était donc un poste avancé du château de la Bretesche (ci-dessous) qui existait au Xème siècle.


 

     On peut à juste titre s'étonner de la rapidité de la mise en oeuvre de cette frontière (moins de deux ans) par les Angevins sur un territoire tout juste et provisoirement acquis. On ne lésinait pas sur les moyens ! A noter également que les angevins, à ce moment en position de force,  n'hésitaient pas à mordre sur les anciennes frontières jusqu'aux premières habitations du comté voisin pour maximiser leur territoire.

 

      Voir aussi en Poitou les n° 22 à 26 pour la limite sud du comté.

 

     - 10 - La Ville Senan, 22120 Yffignac :

 

     Ce point est trop isolé et trop loin de nos critères de sélection pour être significatif pour notre recherche. Il a simplement été mentionné à cause de sa similitude avec Senay. Voir cependant le n°8 de la Touraine.