AUVERGNE

 

 

Compléments

 

     - 1 - Saunade, 63380 Landogne et Saunazet, 63380 Saint-Avit :

 

     J'ai longtemps cherché à quoi pouvait correspondre cette frontière en plein milieu des Combrailles car comment douter après toutes les confirmations apportées à nos recherche, que ces noms n'indiquent pas la présence d'une frontière. Jusqu'à ce que je trouve cette carte délimitant les territoires issus de la partition de l'Auvergne entre l'Auvergne proprement dite confiée à Guillaume VIII par Robert III son frère lors de son départ en croisade aux cotés de Louis VII en 1147, d'une part et le Dauphiné d'Auvergne du compte légitime Guillaume VII spolié à son retour de croisade après le décès de son père, d'autre part. Après 1152, Guillaume VII se tourne vers Henri II le nouveau duc d'Aquitaine pour faire appel contre Guillaume VIII qui se rapproche alors de Louis VII. La rivière Saunade, qui a dû être appelée ainsi après les accords de partition, devient donc momentanément la frontière entre Capétiens et Plantagenêts. Cette frontière fut certainement fortifiée, Saunazet rapportant à l'imposant château de Crocq en Creuse et Saunade, où il y eut un château comme l'atteste le lieu dit "Château de Saunade", rapportant au château des Dauphins à Pontgibaud, capitale du futur Dauphiné d'Auvergne. 

 

     - 2 - Saulnat, 63200 Chambaron-sur-Morge :

 

     Saulnat, tout comme le château principal de Châtel-Guyon auquel il devait référer, semble construit en 1185 pour assurer la défense de Riom alors capitale du duché d'Auvergne (Clermont étant aux mains de son évêque et Monferrand aux mains du Dauphin). En 1196 Guy II, petit fils de Guillaume VIII se réconcilie avec le Dauphin Robert IV fils de Guillaume VII pour affronter la menace présentée par Philippe Auguste. En vue des affrontements futurs, ils s'allient avec Richard Cœur de Lion et construisent tout une série de forteresses sur des plans inspirés par les châteaux anglais.

 

     Saulnat est sur la frontière avec le comté de Montpensier dont la capitale était Aigueperse toute proche. Vers 1160, Agnès de Thiers, dame de Montpensier et d'Aigueperse, épousa Humbert IVsire de Beaujeu et apporta ses territoires à un féal du roi de France. Depuis lors Montpensier et Thiers ne pouvaient plus être inclus dans les lignes de défenses auvergnates.

 

     - 3 - La Saune, 63880 Olliergues :

 

       La Saune ou la Sonne, au dessus d'Olliergues semble défendre les sommets de la puissante châtellenie auvergnate d'Olliergues attestée en 1208. Les sommets de cette même vallée de la Dore sont également défendus par le château de la Faye élevé vers 1195 par les Meymont d'Olliergues pour faire face aux Damas de Couzan, la principale seigneurie du comté de Forez. Nous sommes donc sur la frontière de l'Auvergne avec le Forez qui rendait hommage au roi de France depuis 1167, et ce, pendant la période de fortification de Guy II dont nous avons parlé au numéro précédent.

 

     - 4 - La Soune, 43230 Josat :

 

   La Soune est un petit sommet de 992 m en vue du Château de Domeyrat (ci-contre). Il domine la vallée de la Senouire qui semble bien être, dans le bas de son cours aux mains des Polignac, vicomtes du Velay. L'évêque du Puy, Ainard doit prêter serment à Philippe Auguste pour obtenir main levée sur les revenus de son évêché en 1191, ce qui démontre que le roi de France avait déjà chassé le dauphin Robert IV du comté du Velay et donc que le château de Domeyrat appartenant aux Papaboeuf se trouvait à cette époque sur la frontière auvergnate avec le Velay sous influence royale.

 

     Nous rattacherons donc ce site à la période de fortification décrite aux numéros 2 et 3.

 

     A noter également que de l'autre coté de cette vallée de la Senouire, appendice du Velay entrant dans les possessions auvergnates, se trouvait la puissante forteresse d'Allègre en contact visuel avec La Soune par l'intermédiaire éventuel de Sannac dont le nom reste proche de ceux que nous étudions.

 

     Une autre particularité est celle du village de Paulhaguet tout proche également sur la Senouire qui en 1316 fit l'objet d'un contrat de paréage avec le roi de France.

 

     - 5 - Rocher de la Sonaille, 15320 Val-d'Arcomie :

 

 

     Le Rocher de la Sonaille aux bords de la Tuyère qui alors était une simple rivière et non le lac de retenue du barrage de Grandval, dépendait soit du château de Faverolles, soit du Château d'Alleuze (ci-contre). Ce château d'Alleuze appartenait à Béraud VIII de Mercoeurconnétable d'Auvergne, seigneur d'Aubijoux et d'Alleuze dont la fille Alix était la femme de Robert IV Dauphin d'Auvergne. C'est dire si cette forteresse à la frontière de l'Auvergne avec le Gévaudan était importante. En effet, l'ensemble du Gévaudan avait été confié à  l’évêque de MendeAldebert III du Tournel par une bulle d'or royale accordée par Louis VII en 1161.

     - 6 - Saunac, 15400 Saint-Hippolyte :

 

     Saunac tout proche de Notre-Dame-de-la-Font-Sainte, petite chapelle bâtie par les seigneurs d'Apchon, est sur le même versant plus au sud que le château d'Apchon (ci-contre) qui fut l'une des plus imposante forteresse de Haute Auvergne. C'est à partir de ce château que la reconquête du Limousin eut lieu après la guerre de cent ans. Saunac est proche de Dienne et de Lavigerie, frontière nord du vicomté de Carlat. Les deux vicomtés de Murat et Carlat, anciennes possessions de Géraud d'Aurillac, comme l'abbaye d'Aurillac, n'ont jamais fait partie de l'ancien comté d'Auvergne comme l'a déclaré Suzanne de Bourbon, vicomtesse de Carlat, lors de la rédaction en 1510 des Coutumes d'Auvergne, faisant savoir que le Carladès avait son droit et ses usages particuliers, différents de ceux du comté d'origine. Le fait que la frontière était là à cette époque est compatible avec l'influence des vicomtes de Rodez et de Millau sur le sud de la province.

 

     - 7 - Soumailles, 15140 Sainte-Eulalie :

 

     Mauriac, une des plus ancienne ville d'Auvergne était florissante au XII et XIII ème siècle comme en témoigne ses monuments. Son abbaye Saint Pierre fondé du temps de Clovis dépendait directement de l'abbaye Saint Pierre le Vif de Sens. La ville était donc totalement indépendante de la puissante abbaye Saint Guéraud d'Aurillac plus au sud. Le village d'Escorailles et son ancien château médiéval était dans la mouvance de Mauriac, et l'on peut penser que le site de Soumailles bien situé en haut de la rive gauche de la Maronne en constituait la frontière sud avec la région d'Aurillac. En effet, la ville de  Pléaux un peu plus à l'ouest avait un prieuré dépendant de Saint Sauveur de Charroux que cette abbaye avait confiée en 1228 la défense de son prieuré à Astorg d'Aurillac compte tenu de l'éloignement de la maison mère.

 

     Il est donc symptomatique de voir comment les grands seigneurs d'Auvergne, sous la menace de l'annexion imminente de leur province par le pouvoir carolingien, ont adopté entre 1152 et 1213, date de la chute de leur dernier château Tournoël, une stratégie de défense de leurs frontières directement inspirée de la politique plantagenaise.