Duché d'Aquitaine

 

          Nous traiterons ici du duché d'Aquitaine hors comté du Poitou développé par ailleurs.

 

     Nous avons 10 occurrences dans notre corpus de base concernant l'Aquitaine. Nous y adjoindrons des sites en complément seigneurie par seigneurie.

 

          L'histoire de l'Aquitaine a très peu de points communs avec nos régions de l'ouest sauf lorsque Aliénor qui en était la comtesse héritière se sépara de Louis VII pour épouser en 1152 le futur Henri II Plantagenet qui agrandit ainsi considérablement son territoire. Les Plantagenets et plus spécifiquement Richard Coeur-de-Lion, fils d'Aliénor, qui a passé sa jeunesse à Poitiers, aimèrent l'Aquitaine et s'impliquèrent beaucoup dans sa gestion. Les Sonay d'Aquitaine sont donc sensés être postérieurs à 1152. Il ne faut pas négliger les formes locales notamment les Sounay dans la région d'Agen.

 

          La région va être particulièrement marquée par ce que Guillaume de Newburgh appela la guerre de quarante ans (1156-1196) qui opposa les Plantagenêts (Henri II, Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre) et les Capétiens (Louis VII et Philippe- Auguste). Les terrains de combats et donc de fortifications vont particulièrement concerner :

  1. les rives de la Garonne, l'Agenais et les seigneuries de Guyenne sous Henri II en vue de l'annexion du comté de Toulouse revendiqué par les ducs d'Aquitaine depuis le mariage de Guillaume le Troubadour avec Philippa de Toulouse.
  2. La frontière pyrénéenne avec la Navarre.
  3. Le Berry particulièrement convoité par Louis VII comme accès au comté de Toulouse.
  4. L'Auvergne et sa partition entre Guillaume VII le Jeune comte légitime soutenu par les Plantagenêts et son oncle Guillaume VIII le Vieux ou l'Ancien soutenu par les Capétiens. L'occupation de ce verrou séparant le domaine royal et le comté de Toulouse va se répercuter, comme nous le verrons, au delà du Velay, en Lyonnais et Dauphiné donc dans le domaine du Saint Empire Romain Germanique (Voir Dauphiné n°1).

 

Seigneurie d'Issoudun : 1 occurrence

 

     - 1 - Senay, 18120 Preuilly :

 

     Dans le cartulaire de l'abbaye de Beauvoir en Berry, on relève : 1235-1747 : Provenance de la rente : « Preuilly ». Nature de la rente : dîme de Senay, terre de Richefort. (ADC : 37H37).

 

     En latin le lieu s'appelle Siniacus en 1462. Une ancienne voie Romaine, la Chaussée de César et le Camp romain à Villeperdue ainsi que quelques vestiges dont une villa Gallo-romaine sont à proximité.

 

     Senay est un petit fief (maison + grange) mouvant de Vierzon propriété de la Sainte Chapelle de Bourges. En 1462 le sieur est Lyon Caillat, puis la famille Anjorrant au XVème. Concédé à la famille Bigot au XVIème siècle. Il n'y a pas de nom de famille "de Senay" associé à ce fief.

 

     Le site est situé sur une petite hauteur au dessus de Preuilly sur Cher rive gauche du Cher. Le lieu dit les « Pierres Fortes » et « Richefort » tout proche indiquent une probable fortification. Au nord de Preuilly, la motte du Temple désigne deux mottes du Xème occupées par les Templiers que l'on a pensé être un château à l'époque des invasions normandes avec basse cour (M. Clouet). Le château principal à l'époque pouvait être ce château de la motte des Thureaux au nord de Preuilly duquel on pouvait surveiller Bourges de l'autre coté de la frontière matérialisée par le Cher.

 

     NB : Il ne faut pas confondre Preuilly sur Cher et Preuilly sur Claise. Les seigneurs de Preuilly connus étaient ceux de Preuilly sur Claise (qui ont aussi leur Saunay). Il n'est nulle part établi que les deux Preuilly aient pu être possédés par la même famille.

 

     Il est difficile de donner une date pour ce lieu qui a été sur une frontière depuis les années 400 jusqu'en 1190 comme le relate l'histoire de Plou.

  1. En 469 l'empereur romain Anthémius demande aux Brittons de combattre les Wisigoths d'Euric. Ceux ci sont vaincus à Déols et s'installent à Plou qui devient la frontière de Syagrius avec les Wisigoths et les Burgondes, celle qui plus tard va être défendue par Clovis (aidé comme on l'a vu par ailleurs des Saxons Touraine 8 à 14)
  2. De 735 à 778, Issoudun fait partie du comté de Berry détenu par un fidèle de Charlemagne dénommé Lambert de Bourges. Jean Hubert dans la Bibliothèque de l'École des chartes  Année 1987  145-1  p. 5-44 (voir page 10 du document) soupçonne Lambert d'appartenir à la famille des Widonides que l'on a déjà rencontrés en Bretagne (comté de Nantes), et en Touraine (n°17). Il me semble que la forme ancienne de Senay se rapporterait plutôt à cette piste. Il faut alors voir Senay comme un poste de guet surveillant le cours du Cher emprunté régulièrement par les Vikings notamment en 857, 867, 873, 910 puisque le Cher n'est pas alors une frontière
  3. En 926, Raoul de Bourgogne, roi de France, supprime le comté de Bourges pour en faire un vicomté. On assiste alors à la séparation entre le Haut-Berry et le Bas-Berry et à la création du château sur motte du Breuilhamenon par Amenon d'Issoudun. Le Bas-Berry reste aux mains des descendants des Widonides avec Ebbes de Déols et Amenon d'Issoudun restés fidèles au duc d'Aquitaine, alors que le haut Berry avec de Bourges relève maintenant directement de la couronne. Le Cher devient donc la frontière de l'Aquitaine.
  4. Quand Henri II reçoit l'Aquitaine en 1152, la région devient la limite entre les possessions plantagenaises et la couronne de France. Ebbes II de Déols prête allégeance à Henri II et non à Louis VII. Henri II renforce sa position en Berry jusqu'en 1177. Mais Philippe-Auguste réagit et reconquiers la région. Richard Cœur-de-Lion envoie un mercenaire appelé Mercadier pour fortifier la région d'Issoudun et cette frontière est fixée par le traité de Gaillon en 1195. C'est autour de cette date que Richard établit une série de fortifications autour de la tour Blanche d'Issoudun (1195), le long du Cher : le château de Fontmoreau, la tour de Féroul, la ferme fortifiée de Galifard, le Camp Dureau et le vieux Château. Senay est juste au nord de cette ligne comme un avant poste.

Suit toute une zone de l'Aquitaine sans occurrence qui correspond aux régions pour lesquelles les Plantagenêts n'ont pas bataillé ni réalisé de nouvelle fortification, le potentiel de l'Echiquier étant réservé aux zones sensibles. Ceci démontre bien que nos Sonay et autres sont principalement liés aux fortifications angevines ou leurs alliés.

 

Seigneurie de Déols : pas d'occurrence

 

Aunis et comté de Saintonge : pas d’occurrence

 

 

Comté d'Angoulème : pas d’occurrence


    

Comté de la Marche : pas d’occurrence

 


 

Comté de Périgord : pas d’occurrence

  

Vicomté de Limoges : pas d’occurrence 

   

Comté d'Auvergne : pas d'occurrence

 



 

Duché d'Aquitaine : 2 occurrences

 

     - 2 - Soney, 33240 Verac :

 

     Soney est situé en bord de coteau avec vue jusqu'aux bords de la Dordogne. Sur ce plateau, le château de Pommiers (ci-contre) est construit sur une ancienne villa romaine et sur une motte féodale. Les premiers seigneurs de Pommiers sont attestés depuis 1030. "En 1274, Guillaume-Sanche de Pommiers et ses parsoniers Pierre et Pierre-Amanieu de Pommiers reconnaissent tenir du roi d’Angleterre, duc d’Aquitaine, le castrum de Pomeriis cum honore". Verac faisait partie des terres de Pommiers mais est probablement plus récent que notre Soney.

 

     Il se peut que les seigneurs de Guyenne restés pro-Plantagenets aient accueilli nos Sonay et leur savoir faire après la débacle  de 1204-1210 de même que nous allons les retrouver en Savoie. La Guyenne restera anglaise jusqu'en 1453 !

 

     Les Pommiers ont également été seigneurs de Fronsac sur les bords de la Dordogne. Fronsac a connu les raids vikings de Hasting.

 

     - 3 - Sonney, 33360 Latresnes :

 

     La même situation que pour le Soney de Vérac semble se répéter pour le Sonney de Latresne avec le château de Malherbes fondé au XIVème par Guilhem de Malherbes au retour des croisades (ce qui semble bien tardif pour un retour de croisade !). Guilhem était lui même un réfugié Normand. Son château domine Bordeaux sur le bord ouest du plateau, Sonney occupe une position défensive équivalente sur le bord sud-est, dominant le ruisseau « la Pimpine ». Position occupée ultérieurement par le château de Canteloup ce qui n'est pas sans rappeler le Saunay de Prinçay près de Courteloup !

     Ce lieu a donc probablement été une position de repli après la déchéance des Plantagenets comme le précédent.

 

 

Seigneurie d'Albret : 1 occurrence

 

   - 4 - Le Senet, 40630 Sabres :

 

     Ce lieu est manifestement rattachable à l'ancienne forteresse d'Albrit (chateau de bois et terre sur motte du XIIIème) commune de Labrit, capitale de la plus grosse seigneurie d'Aquitaine, la maison d'Albret, attestée au XIème et présente à la première croisade. Henri IV en est issu. La présence dans la région est ancienne puisqu'on trouve un mégalithe à Sabres, la pierre de Grimann. Rien ne distingue autrement ce lieu de la forêt avoisinante. L'endroit est marécageux avec la présence d'un ruisseau et la défense, s'il y en avait pouvait être constituée de fossés-étang. Ce lieu pouvait donc assurer le guet au nord ouest de la forteresse. On pense que le nom de Labrit serait d'origine germanique. Le château d'Albrit date de 1225 au plus tôt et est resté anglais jusqu'en 1453. Voir également l'hypothèse développée au chapitre Saintonge n° 6.

  

 

Bazadais : pas d'occurrence


 

Agenais : 2 occurrences

 

   - 5 - Saunet, 47130 Bruch :

 

      Le petit village de Saunet est installé sur un point culminant au dessus de Bruch. La position est idéale pour une tour de guet avec vue sur le cours de la Garonne en amont d'Agen. A Bruch restent les tours nord (ci contre) et sud du castrum du moyen-age. Le site du Saunet surplombe également le village de Saint Martin où est fouillé actuellement une villa gallo-romaine et une nécropole mérovingienne. Sur l'autre versant, mais plus loin, se trouve la ville de Nérac dont le château est attesté en 1080, devenu nouvelle résidence en 1259 des barons d'Albret (voir n°4). Nérac a aussi sa villa gallo-romaine et son village de Saint Martin. Tout proche de Saint Martin de Bruch, le prieuré du Paravis qui dépendait de Fontevraud suite à une donation de Gautier Ier du Fossat. En face, sur l'autre rive de la Garonne, une commanderie templière dont il reste l'église à Port- Sainte-Marie.

 

        Gautier Ier du Fossat seigneur de Bruch est cité comme appartenant à la cour de Guillaume IX, duc d'Aquitaine, entre 1120 et 1125. Le 16 novembre 1286, Raymond Bernard du Fossat, prieur du Mas d’Agenais, agissant pour son neveu Gautier du Fossat, fait hommage du castrum de Bruch au roi d’Angleterre : duc de Guyenne et comte d’Agenais Edouard Ier. Un du Fossat fut d'ailleurs maréchal des armées anglaises. Bruch resta anglaise jusqu'à la fin de la guerre de cent ans en 1453.

  

     Les du Fossat ayant également des terres sur le comté de Toulouse ont fatalement été proches d'Henri II lorsque celui-ci briguait le comté et se déplaça à Agen en juin 1159 à la tête d'une armée considérable.

 

 - 6 - Sonnet, 47310 Aubiac :

 

     Le site est au bord d'une crête surplombant la ville d'Aubiac dans la banlieu sud d'Agen. Aubiac est connu également pour ses ruines gallo-romaines et mérovingiennes. Cette crête parallèle à la Garonne et la surplombant était fortement fortifié puisque l'on y trouve dans l'ordre :

  1. Le château de Roquefort, bati sur des fondations gallo-romaines et ayant appartenu à Jeanne d'Albret mère d'Henri IV.
  2. Estillac avec le château de Montluc qui présente des éléments du XIIIème siècle.
  3. Les deux tours au dessus de Lancette précédant notre site de Sonnet.

    Il semble donc qu'il y ait eu, sur cette crête, une ligne de fortifications rapidement construite surplombant le cours de la Garonne. Elle semble bien l'oeuvre de nos Plantagenêts.

 


Gascogne

 

Carte des fiefs de Gascogne
Carte des fiefs de Gascogne

 

Comté de Pardiac : 1 occurrence

 

   - 7 - Moulin de Sauné, 32230 Monlezun :

 

    Le moulin de Sauné est implanté sur le ruisseau du Bouès au pied du château de Monlezun (ci-contre) dont il dépendait manifestement. Sur la motte naturelle de Monlezun restent les ruines imposantes du château médiéval dont on connaît peu l'histoire. Ce château est frontière entre le comté d'Astarac et le conté d'Armagnac. Il est situé sur le comté de Pardiac qui lui même faisait partie du comté d'Astarac.

     Le comté de Pardiac fut successivement gouverné par les Astarac de 1023 à 1265, par les Monlezun jusqu'en 1391 puis par les Armagnac. Le comté de Pardiac était englobé à l'intérieur de l'Aquitaine d'Aliénor. Il a été momentanément frontière Plantagenaise au moment du recul de Jean sans Terre puis ré-englobé dans les possessions d'Edouard III au traité de Brétigny en 1360 pendant la guerre de cent ans. Les alliances francaises ou anglaises dans la région à cette époque ont été très mouvantes et mal connues.

     Le coteau juste au dessus du moulin de Sauné a pu être une position de gué surveillant le château de Monlezun pour le compte, par exemple, de la bastide de Bassoues. La possession du château de Monlezun était capitale car situé à la frontière entre trois comtés voisins. Marciac tout proche était une bastide fondée en 1298 par les Monlezun alors alliés à Philippe le Bel.

      Une hypothèse bien plus hardie pourrait faire remonter le nom de Sauné à l'époque du franc saint FrisFrison (donc presque Saxon), ayant combattu les arabes d'Abd Al-Rahman installés à Mascaras après la défaite de Toulouse en 721. Cette hypothèse est plus probable qu'elle n’apparaît en premier abord si l'on tient compte du fait que Eudes d'Aquitaine a obtenu des renforts de la part de Charles Martel, renforts venus de neustrie et de Bourgogne.

 

 

Comté de Comminges : 3 occurrences

 

   - 8 - Sauné, 31390 Carbonne :

 

      En 1152,  le comté de Comminges  appartient à Henri II Plantagenêt du fait de son mariage avec Aliénor d'Aquitaine. De Carbonne jusqu'à Muret aux portes de Toulouse une avancée du comté de Comminges présente une frontière commune avec le comté de Toulouse. C'est dire si Carbonne et Muret importaient à Henri II compte tenu de son désir de reconquête de Toulouse. C'est à Muret qu'a eu lieu en 1213 la célèbre bataille qui a vu la défaite de Raymond VI, la mort de Pierre II d'Aragon et la fin du Catharisme.

 

     Le château de Carbonne dans une boucle de la Garonne a été plusieurs fois détruit. Sauné, un peu plus en amont, ne présente pas un lieu spécifique pour le guet, mais, avec une tour un peu élevée protégée en terrain marécageux, on pouvait y surveiller, pour le compte du château de Carbonne, le castrum de Marquefave, coté rive droite et l'activité du bac qui traversait la Garonne.

 

   - 9 - Saunés, 31220 Mondavezan : 

 

       C'est une véritable ligne de fortifications qui suit la frontière de Comminges le long de la Garonne. On peut suivre cette frontière avec les ruines des châteaux et les dénomination Sauné(s) : Château de Roquefort sur Garonne, Saunés de Mondavezan, château de Saint-Elix-le-Château (si un château médiéval a bien précédé celui que nous connaissons), Carbonne, Sauné de Carbonne (n°8).

 

     Mondavezan est situé sur un coteau surveillant la Garonne vers le sud. Le Saunés qui lui est associé est à l'autre extrémité du coteau et regarde vers le nord-est, vers Saint-Elix-le-Château, il complète bien notre ensemble fortifié. Mondavezan devait posséder un château au lieu dénommé Casteras.

 

   - 10 - Sauné, 31160 Chein-Dessus :

 

     Bien qu'étant très proche de la frontière entre le comté de Comminges et le Comté de Couzerans, il semble que l'on soit plutôt ici en présence d'une mésentente entre deux baronnies au sein du comté de Comminges. Il s'agit de la seigneurie d'Aspet attestée depuis 1068 et dont le seigneur Arnaud II s’embarqua avec Philippe-Auguste à Gênes en 1190 pour la troisième croisade et non avec Richard Coeur de Lion son suzerain. Nul doute que ce fait était de nature à aviver des tensions avec la région de Salies-de-Salat et son château comtal qui avait dû rester fidèle au Plantagenêt. Un lieu-dit "Bataille" proche de Sauné semble confirmer notre approche. Sauné est au dessus de Chein-dessus sur la route du col de Larrieu. Bien que Chein-dessus et Montastruc sont traditionnellement rattachés à la baronnie d'Aspet, ce ne fut peut être pas le cas lors de cette période de tension, ce que semble nous indiquer la position de Sauné conforme à la configuration de la vallée.

     Cette partie de la Guyenne est restée anglaise jusqu'en 1453, ce qui fait que ce Sauné peut être tardif. On trouve postérieurement des "de Sauné" dans la région d'Aspet ce qui semble confirmer que ces tours de guet devaient être tenues par des hommes ayant ce nom qui ont eu une descendance.

 

 

Vicomté de Béarn : pas d'occurrence ni de complément

 


 

Comté de Couserans : pas d'occurrence