Anjou

 

     Nous avons cinq occurrences dans notre corpus de base concernant l'Anjou. Nous y adjoindrons 23 sites en complément.

 

    Les couleurs correspondent aux départements actuels. En rouge les comtés ou duchés voisins.

 

 

     Quelques dates concernant la maison d'Anjou :

 

- 866 Mort de Robert le Fort, marquis de Neustrie, à                            Brissarthe (Anjou).

- 870 Hugues l'Abbé confie des terres à Ingelger vers                          Orléans.

- 872 Ingelger épouse Aelendis.

- 877 Ingelger préfet de Tours. Expédition d'Auxerre.

- 878 Ingelger reçoit un château à Amboise.

- 879 Ingelger vicomte d'Anjou à l'est de la Mayenne.

- 886 Mort d'Hugues l'Abbé. Eudes marquis de Neustrie.

- 888 Robert Ier marquis de Neustrie.

- 898 Mort d'Ingelger, Foulques Ier vicomte d'Anjou et Tours.

- 900 Foulques Ier conquiert l'ouest de la Mayenne.

- 902 Mariage de Foulques avec Roscille le Loches.

- 922 Hugues le Grand marquis de Neustrie.

- 929 Foulques se nomme comte d'Anjou.

- 942 Foulques II le Bon comte d'Anjou.

- 950 Conquête de Vihiers.

- 953 Foulques tuteur de Drogon de Bretagne et des                          Mauges. Il cède Saumur au comte de Blois.

- 956 Hugues Capet marquis de Neustrie.

- 958 Geoffroy Grisegonelle comte d'Anjou.

- 959 Conquête de Méron.

- 960 Perte du comté de Nantes.

- 970 Bataille des Roches, annexion du loudunais.

- 981 Première bataille de Conquereuil.

- 982 Mariage d'Adélaïde et Louis V.

- 986 Fin des marches de Neustrie, Hugues Capet roi.

- 987 Foulques Nerra comte d'Anjou.

- 988 Mariage de Foulques et Elisabeth de Vendôme.

- 992 Seconde bataille de Conquereuil.

- 994 Construction de Langeais.

- 996 Foulques libéré par Hugues Capet.

- 1004 Perte du comté de Nantes. 

- 1015 Herbert Eveille Chien se rapproche de Foulques.

- 1016 Bataille de Pontlevoy. Foulques tuteur de Bouchard                  de Vendôme.

- 1026 Prise de Saumur.

- 1028 Prise de Montbazon.

- 1032 Geoffroy Martel se marrie avec Agnès de Bourgogne.

- 1033 Conquête de l'Aquitaine par Geoffroy Martel.

- 1040 Mort de Foulques Nerra. Geoffroy Martel lui succède.

- 1044 Bataille de Nouy, annexion de la Touraine.

- 1048 Perte de Mouliherne.

- 1049 Perte d'Alençon et Domfront.

- 1051 Geoffroy comte du Maine.

- 1055 Perte de Mayenne.

 

- 1057 Prise de Fréteval.

- 1060 Mort de Geoffroy sans héritiers, partage de l'Anjou                  entre Geoffroy III et Foulques IV.

- 1061 Victoire de Chef-Boutonne.

- 1062 Perte de Saintes.

- 1066 Perte de Pouancé et Segré, Conquète de l'Angleterre                par Guillaume le Conquérant.

- 1068 Geoffroy emprisonné à Chinon. Foulques IV devient                  comte et offre le Gatinais à Philippe Ier.

- 1069 Révolte d'Amboise, Rochecorbon, Lavardin et Trèves.

- 1072 Prise du Mans.

- 1073 Perte du Maine.

- 1080 Révolte de Preuilly.

- 1092 Philippe Ier enlève Bertrade de Montfort.

- 1096 Visite d'Urbain II en Anjou.

- 1098 Défaite à Ballon.

- 1103 Geoffroy IV se révolte contre son père

- 1106 Mort de Geoffroy IV

- 1109 Mort de Foulques IV, Foulques V comte.

- 1110 Foulques V épouse Eremburge de Beaugency                            héritière du Maine.

- 1119 Siège d'Alençon.

- 1127 Mariage de Geoffroy V et Mathilde l'Emperesse.

- 1129 Départ de Foulques V pour Jérusalem, Geoffroy V le                  remplace.

- 1144 Geoffroy duc de Normandie.

- 1151 Henri II Plantagenet succède à Geoffroy V.

- 1152 Mariage d'Henri II et Aliénor d'Aquitaine.

- 1154 Henri II roi d'Angleterre.

- 1159 Siège de Toulouse.

- 1170 Assassinat de Thomas Becket.

- 1177 Traité d'Ivry.

- 1180 Traité de Gisors.

- 1189 Mort d'Henri II - Richard Ier lui succède.

- 1190 Croisade de Richard et de Philippe II.

- 1192 Richard prisonnier d'Henri VI.

- 1194 Jean sans Terre cède l'est de la Normandie.

- 1195 Richard reprend Evreux, Loches et Vendôme.

- 1196 Traité de Gaillon.

- 1199 Mort de Richard, Jean sans Terre lui succède.

- 1202 Siège de Mirebeau.

- 1203 Assassinat d'Arthur de Bretagne.

- 1204 Perte de Château Gaillard.

- 1206 Trève de Thouars.

- 1214 Bataille de la Roche aux Moines, bataille de Bouvines.


 

 

 

     Pour ce qui est de l'intérieur des terres, les comtes d'Anjou avaient une stratégie bien définie basée sur les villes closes. Elles étaient au nombre de 32, conçues sur le principe des châteaux à motte mais en plus grand, fortifiées elles attiraient la population qui pouvait s'y mettre en sécurité. Leur réseau est étudié pour protéger le maximum de personnes de façon efficace donc dans des lieux adaptés et chacune à moins d'une journée de chevauchée (environ 35 km) pour une répartition souple des soldats.

 

     - 1 - Saint-Saunay, 37140 Restigné :

 

     Saint-Saunay est englobé dans l'espace habité de Restigné. Le lieu a pu être un poste avancé de l'abbaye de Bourgeuil vers la frontière tourangelle à Ingrandes. Ingrandes (dérivé d'Equoranda), de même qu'Ingrande dans la Vienne, Ingrandes en Maine et Loire ou Ingrandes en Indre, marquait au Vème siècle avant Jésus Christ la frontière entre les Andécaves (Angers) et les Turons (Tours). Ingrandes de Touraine a marqué plus tard la frontière provinciale Anjou-Touraine jusqu'à la révolution et n'a été rattaché à l'Indre et Loire qu'après.

 

       L'abbaye saint Pierre de Bourgueil fondée en 990 par Emma de Blois, fille du comte de Blois Thibaud le Tricheur et femme de Guillaume IV de Poitiers dit Fier à Bras, a été autrefois la plus riche abbaye du comté d'Anjou. Emma a fondé l'abbaye en Touraine en 990 chez son père mais proche de la partie du Poitou qui lui avait été attribuée en dot. Nous retrouverons Bourgueil en région poitevine au n°13 concernant le Petit Sonnay près de Parthenay. Il n'y a jamais eu de saint du nom de Saunay reconnu par l'église catholique (cadastre de 1830). Certains pensent qu'il s'agit de la christianisation d'un site antique (voir Denis Jeanson). C'est peut être l'influence des moines qui est à l'origine d'un surnom de leur gardien !

  

        Le site a en effet été sur la frontière Est de l'Anjou avec la Touraine des comtes de Blois entre 1038 et 1044. Un lieu dit La Motte tout proche (500m) confirmerait bien la fortification du lieu à cette époque.

 

     - 2 - Sauné, 49700 Ambillou-Château :

 

            Avec le vocable Sauné, nous trouvons près d'Ambillou-Château les lieudits Haut-Sauné, Bas-Sauné, la Fosse-de-Sauné et les Noyers de Sauné. Avant 953 Foulques II dit le Bon cède le Saumurois au comte de Blois Thibaud le Tricheur. La frontière Est de l’Anjou passe alors par Gennes pour rejoindre le Thouet vers Saumoussay. Elle passe alors dans la commune d’Ambillou-Château. Une fortification ou un guet devait être installé en bordure de la forêt de Milly près du lieu-dit Pierre-Couverte qui domine le site. La vue est étendue et on y trouve un très beau dolmen, preuve de l'occupation du site aux temps préhistoriques. Dans la région, la protection est plutôt assurée par des refuges souterrains comme au château de Brezé proche. Le site compléte les fortifications principales de Gennes et de Méron. L'ancien château d'Ambillou quant à lui datait du XVIème siècle.

  

            Le lieu restera frontière jusqu’en 1026 date de la conquête du Saumurois par Foulques Nerra. Plus à l’Est, le conté d’Anjou englobait déjà le Loudunais frontalier avec le Poitou.

 

            A ce lieu, on peut associer les personnages Aimery de Saunay, vers 1040 et Thibaud de Saunay, 1201 (voir étude patronymique). Ces deux personnes ont eu des liens familiaux avec les Saunay de Mont-sur-Guesnes (n° 4) et les Sonnay de Cravant-les-Coteaux (Touraine n°7).

 

            Le site a donc été sur la frontière angevine avant 953 jusqu'en 1026, frontière de l'Anjou avec le Saumurois qui rapportait aux comtes de Blois.

 

     - 3 - Senné, 49000 Ecouflant :

 

        Nous sommes là au cœur même de l'Anjou, tout près et au nord de la capitale. Le site est sur un ru appelé le Sené. Senné est à moins d'un kilomètre, toujours sur la commune d'Ecouflant, de l'ancienne abbaye bénédictine puis cistercienne de Notre Dame du Perray-aux-Nonnains édifiée en 1180 par Robert IV de Sablé. Or il se trouve que Robert de Sablé fut ami de Richard Coeur de Lion et 11ème Grand Maître du Temple.

 

     Le site un peu en hauteur domine une vaste zone marécageuse où viennent se rencontrer la Mayenne, le Loir et la Sarthe pour former le Maine. Ecouflant, villa conflentis, signifie "domaine du confluent". En effet le cours de ces rivières a évolué serpentant dans ces marécages seulement fréquenté par des pêcheurs à cette époque. Vu la forme ancienne en SEN, il se peut que le site soit contemporain de la frontière avec l'Anjou breton entre 879 et 900 plutôt que créé pour protéger l'abbaye du Perray au XIIème.

 

     - 4 - La Motte et la Tenue de Saunay, 86420 Prinçay :

 

       Dans le dictionnaire topographique de la Vienne de Rédet page 394 on note « Saunay : lieu détruit, entre la Mignonnière et les Jeannins, commune de Prinçay.- Sonnay, 1512 (seigneur de Sonnay et Courteloup) ; 1677 (cure de Prinçay) ».

 

        Prinçay, à 3 km au Nord-Est de Monts sur Guesnes, était situé sur le fief du château de la Roche du Maine qui dépendait de Faye la Vineuse et avait appartenu à Charles Tiercelin compagnon de François Ier (1490 mais la plus ancienne mention du château date de 1252). Courteloup est également sur la commune de Prinçay et est le siège d’une ancienne seigneurie. On trouve autour de Saunay les lieux dits suivants, « la Motte de Saunay » et « Tenue de Saunay »

 

        En se rendant sur place, on peut apprécier les raisons du choix de ce site merveilleusement bien placé pour surveiller une grande surface du Poitou de l'autre coté de la frontière après l'annexion du Loudunais suite à la bataille des Roches paroisse de Coussay en 970. Le Loudunais restera aux mains du comte d'Anjou jusqu'à son rattachement à la couronne en 1206. En 1152, le site perd cependant son intérêt stratégique suite au rattachement du Poitou aux Plantagenets par le mariage d'Henri II et Aliénor d'Aquitaine. Le sommet de ce coteau porte d'ailleurs plusieurs forteresses d'autres siècles comme le château de la Roche du Maine. Ainsi la motte de Saunay participait à la défense de la frontière avec le Poitou en appuyant les forteresses principales de Loudun (86), Mirebeau (86), Moncontour (86-après 1034) et Faye-la-Vineuse (37) (encadrées de rouge ci-dessous). Pour plus de détails voir l'étude sur les origines de Guillaume de Sonnac.

 

     

     Plusieurs personnages peuvent être affectés à ce site, notamment à cause des moulins de Bafolet tout proches en forêt de Scévolles. Voir Aimeri, Boson et Raoul de Sonnay, entre 1118 et 1129, Boson et Odon de Sonnai entre 1124 et 1137, W. Sonay (ou de Sumpnai), 1194 dans l'étude patronymique.

 

     Au XVème siècle le Rognon (86140 Doussay) et la Chaussée font partie du fief du château de Sonnay à Cravant les Coteaux ce qui établit les liens familiaux devant exister entre ces personnes et celles du château de Sonnay. Voir l'étude des origines de Guillaume de Sonnay.

 

     - 5 - Bois Sené, 86420 Guesnes :

 

            Le lieu ainsi dénommé est une petite partie de la forêt de Scévolles attenante au château de la Guérinière du XIXème. Ce lieu-dit est proche de la commune de Guesnes donc des moulins de Bafolet que nous avons vu ci dessus. Il y a curieusement 4 lieu-dits Bois Sené dans la Vienne. En vénerie, le verbe sener signifie châtrer. Le nom du site vient peut être de ce verbe dans une région où la chasse à cour était très pratiquée comme au château de la Guérinière où la salle à manger est décorée d'un papier peint inscrit aux monuments historiques illustrant des scènes de chasses à cour. Bois Sené serait alors l'équivalent de bois coupé, clairière... Nous considérerons ces sites comme non significatifs pour notre étude.

 

COMPLÉMENT

 

 

     - 6 - La Saunerie, 37120 Razines :

 

     Nous sommes ici sur le fief de Faye-la-Vineuse (2 km à l'ouest du site) qui était la grande ville de la région avant la création de la ville de Richelieu. C'est la limite est du comté d'Anjou. En 980 Faye relevait du château de Saumur et a donc surement été donnée à Thibault le Tricheur par Foulques le Bon en 952 en compensation du comté de Nantes et des Mauges. Quand Foulques Nerra récupéra Saumur en 1026, il fit de Faye une puissante place forte face au Poitou avec château, collégiale, fortification comportant quatre portes à pont levis etc... Faye ne sera plus sur une frontière après le mariage de Henri II et Aliénor d'Aquitaine en 1152.

 

     - 7 - Senessais, 86330 Saint-Jean-de-Sauves :

 

     Mirebeau, en l'an 1000 est cité comme étant en Poitou (diplome du roi Robert pour l'abbaye de Cormery),. Mirebeau ne faisait donc pas partie de l'annexion du loudunais en 970. Le Mirebalais n'a été annexé à l'Anjou qu'en 1033 par Geoffroy Martel contre la libération du duc d'Aquitaine Guillaume VI. La frontière de l'Anjou passait donc au nord de Mirebeau où se trouvent les n°7, 8 et 9 entre 970 et 1033. Des lieu-dits Motte et des buttes naturelles fortifiables sont nombreux aux alentours.

 

     Senessais et La Roche occupent une hauteur (130 m) dominant la vallée du Prépson 51 m plus bas. Nous sommes à un endroit bien connu par nos études car situé à 3 km à l'ouest des Roches de Coussay où aurait eu lieu la bataille de la conquète du Loudunais et à 3 km à l'est du Rognon que l'on retrouve dans les possessions au XVème du château de Sonnay à Cravant les Coteaux (voir carte du n° 4). Il est cependant difficile de tirer des conclusions de tous ces indices. Nous essayerons au chapitre hypothèse.

 

     Senessay est un ancien fief qui relevait de Marconnay (à l'ouest de Mirebeau le long de la Dive commune de la Grimaudière)

 

     - 8 - Le Champ Soune 86330 Saint Jean de Sauves :

 

     Tout proche, dans la même commune, ce site conforte l'importance de la région pour notre étude. Le champ Soune jouxte un lieu dit la Motte près de Pouzioux (ancien fief dépendant de Rochefort, autre propriété du château de Sonnay au XVème !).

 

     - 9 - Senneville, 86110 Chouppes :

 

     Il est curieux de trouver une telle dénomination évoquant fortement nos saxons de Bayeux dans cette commune de Chouppes dont le nom à l'origine (Chaoppa 1120) comporte la diphtongue peu commune ao comme pour Saon et Saonnet (Normandie n° 2). Nos gardiens saxons auraient-ils été jusqu'à fonder une petite colonie entre Anjou et Poitou ? Les formes anciennes de Senneville : Villa Sola 1120, Solavilla 1143, Solleville 1363, Soleville 1388, Sonneville 1467, Souneville 1881, ne nous incitent pas à confirmer cette hypothèse.

 

     - 10 - Le Saulné, 49260 Antoigné :

 

     Le Saulné domine d'une trentaine de mètre de dénivelé la frontière angevino-poitevine au sud de Montreuil Bellay à l'époque appelé Méron. L'endroit est venté et propice à l'installation d'éoliennes. Méron était à l'origine en Poitou et passe en Anjou vers 959. Foulques Nerra construit une tour à Montreuil Bellay vers 1026 et en confie la garde aux Berlai qui se révolteront plusieurs fois mais garderont le château jusqu'en 1217. Le Saulné est donc sur la frontière angevine de 959 à 1152.

 

     - 11 - Château de la Saulnerie, 49350 Gennes :

 

     Quand Foulques II donna Saumur à Thibaud le Tricheur, la frontière angevine fut repoussée au delà du pays de Gennes (Chroniques des églises d'Anjou p. 276). C'est à l'endroit de cette Saulnerie que la frontière devait aboutir à la Loire. Le site est en hauteur (les Buttes de la Roche culminent à 81m soit 57m au dessus de la Loire) et domine la vallée et la ville de Gennes. La frontière devait alors passer au site castral de Milly-le-Meugon (même commune) puis Sauné (n°2) avant de revenir au confluent de la Dive et du Thouet comme l'explique bien Louis Halphen dans "le comté d'Anjou au XIème siècle" p.14

 

     Le site est donc sur la frontière angevine avec Saumur de 953 à 1026.

     

 

     - 12 - Les Saunerettes, 49750 Val-du-Layon :

 

     La commune d'origine est Saint-Aubin-de-Luigné. Le site est totalement planté de vignes au confluent du Layon et du Pissot et domine ces deux rivières. c'est la limite nord entre l'Anjou et les Mauges. Le Layon et son affluent l'Hyrôme ayant traditionnellement formé la frontière. Le nom du site évoque une Saunerie plus importante qui devait se trouver au sommet au lieu dit Bellevue avec son château d'eau en vue des trois châteaux de Rochefort-sur-Loire, la place forte de la région, attestée en Anjou en 970 par le cartulaire noir de la cathédrale Saint Maurice d'Angers p. 46. La place de Rochefort a été fortifiée par Foulques Nerra vers l'an 1000 mais devait présenter des châteaux de bois auparavant, compte tenu de l'importance stratégique du site.

  

     Sur la commune existe le château de la Haute Guerche (ci-contre) qui dépendait du fief de Chemillé, fief angevin qui s'est étendu sur les Mauges à l'occasion du coup de force de Foulques Nerra après 1005 année de la mort de Renaud II évêque d'Angers, héritier du vicomte Renaud Torench. Pour plus de précisions sur ce coup de force, voir "L'intégration des Mauges à L'Anjou au XIème siècle" de Teddy Veron.

 

     Nous considérerons donc que ce site a été sur la frontière angevine depuis la conquête de la partie est de la Mayenne sur les bretons vers 900 jusqu'à l'intégration des Mauges en 1005.

 

     - 13 - La Saunerie, 49620 Mauges-sur-Loire :

 

     Nous sommes face à Saint-Florent-le-Vieil ou du Mont-Glonne qui mérite à lui seul un bref mémoire historique :

 

- IVème Saint Florent est ermite à l'ile d'Yeu.

- 390 Mort de Saint Florent au Mont Glonne.

- VIIème Fondation de l'abbaye Saint-Sauveur.

- IXème Charlemagne donne le Saint-Graal.

- IXème Louis le Pieux y instaure la règle de Saint Benoît.

- 849 Destruction partielle par les bretons de Nominoë.

- Reconstruction par Charles le Chauve.

- 853 Destruction par les Vikings qui s'y installent.

- 860 Retour des moines au Mont Glonne.

- 865 Fuite à Saint Savin (86).

- 866 Saint Gondon (45) puis Tournus (71).

- 956 Création de Saint Florent le Jeune près de Saumur.

- 962 Construction du château de Saumur confié à Gelduin.

- 1010 Foulques établit une forteresse sur le Mont Glonne.

- 1025 Incendie suite à la prise de Saumur par Foulques III.

- 1025 Retour à Saint-Florent-le-Vieil.

- 1035 Renforcement des fortifications du Mont Glonne.

- 1036 Retour à Saumur.

- 1067 Geoffroy Martel chasse les moines de Saumur.

- 1369 Édification de l'abbatiale actuelle.


 

     La surveillance des terres détenues par les moines de Saint-Florent dont la maison mère était installée à Saumur chez les ennemis jurés de Foulques Nerra a donc été nécessaire depuis la création de Saint-Florent-le-Jeune jusqu'à la fortification du Mont Glonne soit entre 956 et 1010 (ou peu après). La Saunerie surveille de près la Chapelle-Saint-Florent de l'autre coté d'un petit vallon et ce soit pour le compte de Champtoceaux, fer de lance de Foulques vers la Bretagne en 988, via la Vieille-Cour du château de la Turmelière, soit pour le Grand-Montrevault, place forte principale des Mauges en 1005.

 

     - 14 - La Saulnerie, 49280 Saint-Christophe-du-Bois :

 

     Nous terminons le tour des Mauges par la frontière sud avec le Bas-Poitou. La saulnerie fait face à deux forteresses importantes du vicomte de Thouars : Tiffauges (ci-contre) et Mortagne et rapporte à Cholet dont le château a été construit à la fin de l'intégration des Mauges et avant 1075. de 943 à 994 les vicomtes de Thouars se reconnaissent vassaux des comtes d'Anjou, participent à leurs grandes batailles et sont même possessionnés par eux sur Nantes, Loudun etc... Ce n'est qu'en 994 qu'ils reviennent dans le giron des comtes de Poitiers dont ils sont les vassaux historiques.

 

     Le site aurait été mieux stratégiquement placé au lieu-dit de la Régalerie mais peut être que la frontière ancienne était un peu plus au nord et qu'il n'était pas question de froisser alors le vicomte de Thouars. La présence du L dans Saulnerie est aussi troublante mais il y a d'autres cas. La présence simultanée de trois forteresses majeures en fait cependant un point stratégique incontournable entre Anjou et Poitou de 1075 à 1152

 

     - 15 - Les Saulneries, 79700 Saint-Pierre-des-Echaubrognes :

 

     Le site est sur l’extrême sud de la frontière des Mauges intégrées au XIème par Foulques Nerra à l'Anjou. La forteresse dont dépendait les Saulneries est celle de Maulévrier construite par Foulques Nerra vers 1027 et confiée aux Maulévrier qui resteront fidèles à Jean sans Terre contre Philippe Auguste. Là aussi, le site perd son intérêt stratégique lors de l'intégration du Poitou à l'empire Plantagenet en 1152. En face, c'est le Bas-Poitou avec la forteresse de Mauléon rendue célèbre lors des guerres de Vendée mais dont le nom apparaît en 1080.

 

     - 16 - La Saunerie, 49690 Coron :

 

     Vihiers avait été conquise sur le Poitou vers 950 par Foulques II le bon. Entre 1010 et 1016, Foulques Nerra construisit une ville nouvelle, uniquement à partir d'un endroit fortifiable, quand il décida de peupler la région de Vihiers (maintenant Lys-Haut-Layon). Il déplaça alors les habitants de Saint-Hilaire-du-Bois pour les amener autour de la puissante forteresse nouvellement établie. Il fit de même plus tard vers 1060, un peu plus à l'est, à Passavant pour mieux contrôler le vicomté de Thouars et rejoindre les fortifications de Doué-la-Fontaine et Montreuil-Bellay. Cette Saunerie n°16 complète la frontière sud de l'Anjou à l'ouest de Vihiers et à l'est des Saulneries du n°15. Manifestement, cette frontière sud de l'Anjou a été grignotée petit à petit sur le comté du Poitou, ce qui explique les tensions avec Thouars à partir de 994. Ce site est donc sur la frontière vers 1015, frontière qui est peut être descendue un peu plus vers le sud vers 1060 mais qui de toutes les façons perd son intérêt stratégique lors du mariage d'Henri II et Aliénor en 1152. 

 

     - 17 - Les Sauneries, 49420 Ombrée d'Anjou :

 

     Il s'agit en fait de l'ancienne commune de Pouancé et de son imposante forteresse construite par Geoffroy Martel vers 1050 pour faire face à celle de Châteaubriant.

 

 

     Cette frontière angevine avec la Bretagne est on ne peut plus ancienne car, du temps des gaulois, elle séparait déjà les Andégaves des Namnètes. Suite à l'expansion bretonne après 845 elle a été repoussée jusqu'à la Mayenne puis était revenue à Segré vers 900 du temps de Foulques Ier. Ce n'est qu'en 953 ou en 992, lorsque l'influence angevine était prédominante à Nantes qu'un château a pu être construit non pas à Pouancé même, mais un peu plus au nord à Saint-Aubin. Par contre, on sait qu'en 1050 la frontière passait à Carbay ( Archives d'Anjou tome II p. 1 et p. 4 n°2 ). Voir aussi les interrogations de Louis Halphen dans "le comté d'Anjou au XIè siècle" p. 17.

 

     De ces quelques constatations on peut en déduire que, la frontière de Carbay passant plus à l'ouest de Pouancé, la ville n'avait pas besoin de Saunerie surtout aussi proche du château. Par contre, lorsque la forteresse était à Saint-Aubin, certainement défendue par les eaux du lac homonyme, une Saunerie sur la hauteur ( là où est implanté l'aérodrome actuel ou au lieu dit Bellevue ) était indispensable pour la sécurité du château principal de façon à se préparer à toute attaque impromptue. C'est pour cela que nous optons pour deux périodes possibles , soit 953 à 960, soit 992 à 1004. A l'appui de cette option voir aussi les implantations des comtes d'Anjou en Bretagne développées à la même époque dans cette région.

 

     Un gite existe aux Sauneries et est appelé la Saulnerie dans un ancien grenier à sel (voir le site internet). Rappelons que la gabelle et les greniers à sel n'ont été créés qu'en 1246 du temps de Saint Louis donc bien postérieurement à notre étude ; que le site étudié a pu être transformé en grenier à sel par la suite du temps de la forteresse médiévale de Pouancé mais que pour une fois il s'agit bien du terme Sauneries non transformé en Saulneries.

 

     - 18 - La Saulnerie, 49520 Bouillé-Ménard :

 

     Nous commençons avec ce site l'ancienne frontière nord entre l'Anjou et le Maine qui est totalement passée sous silence chez les auteurs par manque de texte et qui suit approximativement la limite départementale entre le Maine et Loire et la Mayenne. En effet l'histoire du conté de Laval ne commence qu'en 1020, celle de Château-Gontier en 1026 et Craon a été subtilisé à la famille homonyme proche des Vitré au profit de Robert le Bourguignon beau fils de Geoffroy Martel en 1053. Avant ces dates, la Mayenne angevine était sous influence bretonne puis normande et la frontière angevine n'englobait pas encore Craon et Château-Gontier. Avec les sites 17, 18, 19, 20, 21 et 22 nous allons parcourir la frontière nord de l'Anjou avant 1020. 

 

     - 19 - La Sénardais, 49500 Segré-en-Anjou Bleu :

 

     Nous sommes, avec ce site sans grand intérêt stratégique, un peu loin du nom recherché mais l'ensemble de ces deux sites (n° 18 et 19) sont sur la frontière et encadrent la ville close du Châtelais (vers 1110) relevant de Pouancé, ancien oppidum gaulois sur la voie romaine d'Angers à Rennes. Ces deux sites, plus anciens que le Chatelais, devaient plutôt surveiller les environs de Segré puisqu'un château de bois y avait été construit au Xème siècle par Foulques le Roux conquérant de la partie ouest de l'anjou. Ceci donne une fourchette entre 900 et 1020 pour dater ces deux sites.

 

     - 20 - La Saulnerie, 53290 Saint-Denis-d'Anjou :

 

      Cette Saulnerie est au confins de trois départements, sur la rive droite de la Sarthe et exactement sur la frontière qui fait d'ailleurs un crochet pour y passer. On ne peut donc pas savoir si le site mouvait de la forteresse normande de la Roche Talbot étudiée dans la province du Maine au n°10 ou de Brisarthe en Anjou (là ou Robert Le fort est mort) mouvant de Château-Gontier. En effet Châteauneuf n'existait pas encore (1131). Durtal, sur l'autre rive de la Sarthe, ne pouvait avoir un poste de guet placé en rive droite.

 

     Louis Halphen déjà cité donne p. 15 et 16 la suite des villages frontaliers d'avant 987 coté Sarthe ; dans l'ordre de notre pérégrination : Précigné, Parcé-sur-Sarthe, Genneteil, Le Lude, Noyant, La Pellerine. Ceci exclut La Flèche (Maine) conquise en 1081 par Foulques le Réchin et Château Lavallière (Touraine) tenu par des Alluyes apparentés à ceux du Perche-Gouet.

 

     - 21 - La Saunerie, 72200 Le Bailleul :

     - 22 - La Saunerie, 72270 Villaines-sous-Malicorne :

     - 23 - La Saunerie, 72300 Parcé-sur-Sarthe :

 

 

 

 

     Ces trois sites forment un triangle de 4 km de coté au sud de Parcé-sur-Sarthe. Parcé est un site de défense exceptionnel dans un méandre de la Sarthe avec une motte naturelle faisant une pointe avancée dans le comté du Maine. Le château de Parcé relevait de Durtal (ci-contre) ; il s'appelait à l'époque Ravadun. Louis Halphen signale que Parcé était angevin à l'avènement de Foulques Nerra en 987 mais cela n'a pas forcément toujours été le cas ou n'a peut être concerné qu'une partie de la ville sans le château.

     Une explication possible (mais ce n'est pas la seule) serait que l'Anjou ait eu avant 987 une langue de terre jusqu'à la Sarthe (vers Malicorne-sur-Sarthe fortifié par Foulques Nerra) sans englober Parcé ce qui expliquerait la saunerie n°23 face à Parcé, partie du Maine comme Solesmes à coté, et les Sauneries n° 21 et 22 face à La Flèche également partie du Maine comme expliqué au n° 20. Cette langue de terre pouvait être rattachée au château de Durtal tenu par les Mathefélon dont les puinés étaient seigneurs de Parcé. Pour plus de clarté voir ci contre le shéma correspondant à cette hypothèse. On ne sait pas si, à l'époque, Bazouges-sur-Loir relevait de Durtal ou de la Flèche. Je l'ai placé du coté de Durtal car c'était par la suite un fief des Champagne, donc des puînés des Mathefélon, seigneurs de Parcé. Il ne faut pas confondre Bazouges sur Loir avec Bazouges de Château-Gontier en vallée de Mayenne donnée par Halphen comme possession angevine. La Flèche ne deviendra angevine qu'en 1081 suite à sa prise par Foulques le Réchin.

 

     - 24 - La Saulnerie, 49170 Ruillé-Froid-Fonds :

 

     Petit retour sur la frontière nord plus récente entre Château-Gontier (1007) et Laval (1020) jusqu'en 1110 date de l'intégration du Maine à l'Anjou par le mariage de Foulques V et Erembourg. Le site ne présente pas d'intérêt stratégique spécifique mais reste confirmé par le fait que Ruillé-Froid-Fonds est bien rattaché à Château-Gontier et Villiers-Charlemagne à Laval pendant l'ancien régime.

 

     - 25 - La Croix Saulnier, 49200 Coudray :

 

     Nous sommes très proches ici de l'ancienne frontière nord de l'Anjou mais un peu plus au nord. La limite devait passer soit à La Jaille-Yvon, dont le seigneur homonyme a reçu Château-Gontier soit éventuellement à Daon sur les bords de la Mayenne, entouré de châteaux avec un lieu dit la Forge et une diphtongue en AO. La Croix Saulnier est en ville et à l'intérieur du fief de Château-Gontier sans faire face à un autre fief menaçant. Il s'agit donc là de l’étymologie concernant le sel et nous ne retiendrons pas le site pour notre étude.

 

     - 26 - La Sonnerie, 49490 Noyant-Villages :

      - 27 - La Sonnetrie, 49490 Noyant-Villages :

 

     Ces sonneries sont sur l'ancien fief de Meigné le Vicomte qui était un fief des Beaumont les vicomtes du Maine qui ont établi la longue ligne de forteresses pour garantir le Maine des invasions normandes (voir l'étude toponymique du Maine n° 13) Nous avons vu qu'ils y ont abondamment utilisé les Sauneries. Pas étonnant donc que l'on en retrouve deux ici.

 

      Noyant appartenait à l'abbaye Saint Martin de Tours mais relevait du comte d'Anjou.

 

    La Sonnerie n°26 est en bordure de forêt et épie le village de Chalonnes-sous-le-Lude de l'autre coté du ruisseau de Bareil. Chalonnes était propriété de l'évêque d'Angers et confiée par lui à Hugues de Langeais d'origine vendômoise. Le fief est donné ensuite à l'abbaye de Bourgueil.

 

     La Sonnetrie n°27 fait face à Chateau-la-Vallière qui de 978 à 1248 était tenu par la famille d'Alluyes apparentés aux seigneurs du Perche Gouet (voir l'étude toponymique du Perche n° 5). Elle est exactement sur la frontière départementale actuelle entre le Maine et Loire et l'Indre et Loire sans que l'endroit ne présente d'autre particularités.

 

      Ces deux sites n'ont donc pas été sur une frontière de l'Anjou mais sont à rapprocher des forteresses des Beaumont vicomte du Maine de 910 à 1304. Les Sonneries ont été créées avant l'annexion définitive de la Touraine par l'Anjou en 1044.

 

     - 28 - La Saulnerie, 49140 Soucelles :

 

     Une des rares Saulneries trouvées à l'intérieur des terres qui n'aurait certainement pas été retenue si le blason des Soucelles n'était pas semblable à celui du château de Sonnay à Cravant les Coteaux. En effet, dans l'histoire de Sonnay il y a eu mariage en 1425 entre Guyon de Maillé-Latan et Jeanne de Soucelles. Guyon était puîné de Juhez de Maillé-Villeromain qui a possédé le château de Sonnay, il a donc surement possédé ou habité Sonnay et y a laissé les armes de sa femme à l'occasion d'un embellissement.

 

     Le site de la saulnerie est proche du confluent de la Sarthe et du Loir et au nord de la Roche-Foulques avec son sanctuaire de la vraie Croix et de ses mystères. A la Roche-Foulques il y avait autrefois un château dominant un passage à gué sur le Loir. Notre Saulnerie devait dépendre de ce château. Les barons de la Roche-Foulques et ceux de la Motte-en-Tiercé se surveillaient ils mutuellement ou plus certainement était ce l'emplacement où l'on payait la taxe pour passer le Loir et pénétrer ensuite à Angers ? Il se peut aussi que cette Saulnerie soit un relais de la saulnerie n°20 pour apporter les nouvelles à Angers provenant de la frontière avec le Maine (exactement à mi-chemin). Rien ne peut nous éclairer plus sur la destination exacte du site.