Autres fiefs du Saint Empire

 

     Hors Lorraine et Provence, il nous reste 8 occurrences à étudier pour le reste des fiefs dans la mouvance du Saint Empire Romain Germanique.

 

 

Comté de Bourgogne

 

        - 1 - Etang Sonnay, Champs Sonnay, 70200 Franchevelle :

 

      Pas de renseignement sur le nom de cet étang qui a vraiment une consonance tourangelle mais si éloigné ! Une voie romaine passait à proximité, un château et une commanderie de l'Hopital existaient à Quers. Eglises Saint-Martin à Quers et à Lure un peu plus loin. Celle de Faucogney date du Vème siècle ! La Saône n'est pas très loin mais nous sommes plutôt dans la vallée de l'Ognon. Maison du Temple à Adelans.

 

     Un autre détail troublant : il a été trouvé à Lure en 1951 un scramasaxe, l'arme typique de nos Saxons. Ce qui est certain, c'est que nous sommes sur une terre de grand passage entre Vosges et Jura reliant Lorraine et Bourgogne et que les nombreuses abbayes toutes proches (Lure, Bithaine, Luxeuil) avaient besoin d'être protégées. Cette terre était détenue par les sires de Faucogney. Saint Philibert, grand saint de l'ouest a fréquenté Luxeuil au VIIème siècle.

 

    A l'instar du n°5 ci dessous, de nombreux détails mais aucun déterminant, nous incitent à croire que le site était en bordure de l'une des abbayes citées en vue de sa protection par des Saxons. Peut-être sous Pépin le Bref (714-768), maire du palais de Neustrie ou Louis le Pieux (778-840), roi des Francs et empereur d'occident, tous deux grands donateurs au profit de l'abbaye de Lure et ayant employé des mercenaires saxons.

 

        - 2 - Noue-Sauney, 70200 Vouhenans :

 

     Tout ce qui vient d'être dit pour le site précédent est valable pour Noue-Sauney situé à la même distance de Lure mais au sud, toujours sur les bords de l'Ognon. Le site défensif pouvait être situé juste au dessus sur la colline de Vouhenans d'ou la vue est bien dégagée. Le nom aurait pu aussi provenir des salines puisque nous sommes proches des salines de Gouhenans mais celles-ci ne furent découvertes qu'en 1828. A noter aussi dans les environs la présence du château d'Oricourt (ci-contre). 

 

     Compte tenu de l'existence de deux sites encadrant la ville de Lure et son abbaye, nous privilégions l'approche du n° précédent pour leur interprétation. 

 

      - 3 - Combe du Seney, 25680 Tournans :

 

      Le lieu est situé en haut de la combe formée par le ruisseau de Monot qui arrose en contre-bas la commune de Huanne-Montmartin. Anciennement le village historique était enfermé dans le « Clos du château » de Montmartin en haut d'un bec rocheux bien marqué. Un village originel existait au Vème siècle. A proximité, la fontaine Augier était connue du temps des Romains. Nous sommes peu éloignés de la ville de Baume les Dames ou Saint Martin est passé, ce qui a été commémoré en construisant une église au IXème siècle.

 

     Le fait que ce Seney ne soit pas en position de guet par rapport à la forteresse à laquelle il pourrait être lié nous fait penser à une origine linguistique différente de celle que nous étudions et dérivée de la présence dans la région du peuple "Sénons". Voir à ce sujet la remarquable annexe à une étude sur la bataille d'Alésia et l'origine du peuple Sequane réalisée par Arnaud Lerossignol en novembre 2008. ( remarque applicable à Lorraine n°4 et autres Empire n°3 et n°4 )

 

      - 4 - Combe du Senay, 39270 Présilly :

 

      Le village de Senay aurait reçu son nom des senes, druidesses aux pouvoirs étranges. Le bois de Senay au dessus du village était parcouru par les druides. On y a trouvé des hachettes de bronze et des monnaies celtiques. Le prieuré de Saint Georges rattaché à l'ancienne commune de Senay-et-Saint-Georges date quant à lui du VIème siècle. Tout proche se trouve le château médiéval de Présilly, le mieux conservé de Franche Comté. Le paysage depuis le bord de cette montagne s'étend loin dans la vallée. Le plus ancien seigneur connu est Fromont de Dramelay attesté en 1193 (N.B. Bernard de Dramelay avait été grand maître du Temple en 1152). Dans la plaine, le château d'Orgelet ne semble pas remonter avant 1250.

 

     Près de Senay on trouve le village de Chavéria et sa nécropole du IIème siècle qui fait dire à la remarquable annexe à une étude sur la bataille d'Alésia et l'origine du peuple Sequane réalisée par Arnaud Lerossignol en novembre 2008 que le lieu de Senay serait, étymologiquement parlant, issu du mot « Sénons » désignant un peuple celtique gaulois ayant peuplé l'est de la France (voir ci-dessous). Ceci expliquerait pour la Bourgogne et l'est de la France certains suffixes en SEN que nous trouvons dans cette étude. Dans le cas de Senay il ne s'agit pas d'un point de surveillance lié à un château, la forteresse voisine de Présilly assurant ce rôle ( remarque applicable à Lorraine n°4 et autres Empire n°3 et n°4 ).

 

     "8 / Chavéria (deuxième moitié VIII avant JC) / Senay : Importante nécropole du Jura comportant de longues épées en fer et en bronze. Le site occupe une position stratégique dans le réseau routier des Sequanes, il est très intéressant de constater la persistance du complexe religieux à l'époque Gallo-Romaine, les restes d'un monumental mausolée de la deuxième moitié du IIe siècle ap. J.-C. ont été découverts sur la commune. Des constructions Gallo-Romaines ont aussi été repérés sur la commune de la moutonne et il n'est peut être pas surprenant de trouver sur le même espace le village de Senay, radical sen (pas d'informations historiques sur ce lieu-dit)."

 

 

Comté de Savoie

 

      - 5 - Soney, 73400 Ugine :

 

     Un hameau de la commune d’Ugine porte le nom de Soney ou Sonay. Actuellement Soney est relié à Ugine par la zone industrielle des Bavelins. Le blason de Sonay était d’or, au lion de sable armé et lampassé de gueules. Soney est d’origine très ancienne puisque on y a trouvé des tombes Romaines. En 1338 le seigneur s’appelait Joannes de Sonney (« Dictionnaire étymologique des noms de lieu de la Savoie »).

 

     Ugine échut, en 1233, à Boniface de Savoie (1207-1270), 9ème enfant des dix enfants de Thomas Ier de Savoie et de Marguerite de Génevois. Le père de Thomas Ier pensait devoir la naissance de son fils à l'intervention miraculeuse de Thomas Becket et avait appelé ainsi son fils pour cette raison, c'est dire l'influence anglo-saxonne sur la maison de Savoie à cette époque. La ville étant passage obligé des voies de communications entre le Dauphiné et la Savoie, était souvent la proie d'invasions guerrières dévastatrices. Boniface entreprit donc de fortifier la ville et sa vallée. Par sa sœur Béatrice épouse de Raymond-Bérenger IV de Provence, il est l'oncle d'Eléonore de Provence qu'il accompagna en 1236 auprès de son futur mari Henri III Plantagenêt. Les deux hommes su plurent tant qu'Henri III lui demanda de prendre la suite de Saint Edmond et de Saint Thomas de Canterbury comme archevêque. Il fut lui même canonisé en 1839. C'est dire si Ugine a été fortifié avec les habitudes Plantagenaises, ce qui explique la présence d'un Soney. Il faut dire que la présence Plantagenaise sur le continent avait subi de graves revers suite à la politique désastreuse de Jean-Sans-Terre et que les transfuges des familles nobles de l'Anjou plantagenêt devaient y être nombreux.

 

     La mère de Boniface de Savoie étant Genevoise, c'est peut être par son biais que nous retrouvons la famille de Sonnay en Suisse et plus spécifiquement dans le canton de Vaud à partir du XIVème siècle (voir étude patronymique).

 

 

Comté de Lyon

 

      - 6 - Le Sonnay, 69210 Sourcieux-les-Mines :

 

      Dans le département du Rhône, le cartulaire de Savigny indique un hameau du nom de « Le Sonnay », en latin « villa Saugnatis » p 1152 et 1077. On trouve aussi l’orthographe Sonnai. Le seigneur en a été le président de Fleurieux.

 

     Le village du Sonnay est proche du sommet qui domine un haut lieu spirituel : le couvent dominicain de la Tourette construit par Le Corbusier. De ce sommet on peut apercevoir l'abbaye bénédictine saint Martin de Savigny créée avant 817 par Leydrade, archevêque de Lyon. Située sur un axe de circulation important (Saône + Rhône) et souvent attaquée, l'abbaye s'est protégée en créant une ceinture de forteresses : L'Arbresle (fondé en 1060 par l'abbaye), Sain-Bel, Montrottier, Montbloy (fondé par l'abbaye vers 1160), Popès, Chamousset (cartulaire p. XCVI) et surement notre Sonnay au dessus de L'Arbresle et Sain-Bel. Sonnay n'est cependant pas cité parmi les fortifications vers 1190, il s'agissait peut être d'une simple tour de guet en bois ou en pierre. Sous le nom de Popès se cache le château d'Avauges à Saint-Romain-de-Popey dont l'abbé de Savigny nommait la cure. 

 

     Depuis 1070 sous Guichard II, les protecteurs de Savigny furent les sires de Beaujeu (Beaujolais). Ils possédèrent le château de Chamousset. En 1086 ils donnèrent à Savigny l'église d'Ouilly à Villefranche-sur-Saône or Ouilly est un nom typique du Calvados avec quatre communes de ce nom (voir Touques n°3). En 1137, Guichard III fonda l'abbaye Joug Dieu d'Ouilly en la faisant dépendre de l'abbaye de la Sainte Trinité de Tiron dans le Perche. On ne connait pas les liens qui unissaient la famille de Beaujeu avec nos contrées de l'ouest, mais c'est certainement par leur entremise que le Sonnay de Savigny existe.

  

     L'abbaye de Savigny était en relation avec celle de Marmoutiers à Tours comme en témoigne une lettre de l'archevêque de Lyon Gébuin non datée mais écrite aux environ de 1083, à son homologue de Tours, le suppliant de demander à l'abbé de Marmoutiers d'envoyer un abbé pour Savigny (cartulaire p. LXXXVI). Elle possédait des biens sur Saintes !

 

     On ne peux pas quitter la région sans évoquer la guerre entre l'évêque de Lyon et les comtes de Forez de 1158 à 1173. Quatre parties sont en cause :

  1. L'empereur germanique Frédéric Ier Barberousse, le seigneur de Beaujeu Humbert III, l'évêque de Lyon Héracle de Monboissier et le comte de Macon Géraud Ier.
  2. Le roi de France Louis VII, le comte de Forez Guigues II de la famille d'Albon et le comte d'Auvergne Guillaume VIII.
  3. L'église avec le pape Alexandre III assisté de saint Bernard et saint Thomas Becket.
  4. Henri II Plantagenêt et son protégé le dauphin d'Auvergne alors comte du Velay et mari (1150) de Marquise d'Albon,  Guillaume VII d'Auvergne. Henri II est présent en Auvergne en 1167.

     La situation est explosive et la région à feu et à sang ! Compte tenu de la complexité des faits, nous renvoyons le lecteur à Wikipédia à la rubrique "comté de Forez" aux chapitres 1100/1157, 1157/1167 et 1173/1226 . Cette guerre vient immédiatement après la partition de l'Auvergne (1147) dont nous allons parler au n°8. Elle a impliqué directement l'abbaye de Savigny qui dépendait alors du comte de Forez et de Lyon Guigues II sur le plan temporel ; en effet, le château de Chamousset faisant partie de la ceinture de forteresses autour de Savigny fut accordé à Guigues II par Louis VII.

 

 

Comté d'Albon

 

      - 7 - Le Sonnet, 38150 La Chapelle-de-Surieu :

 

      Le Sonnet est un lieu-dit qui a donné son nom au ruisseau qui passe en contrebas. Nous sommes sur le versant nord de la colline qui porte la commune de Sonnay (versant sud au n°8). Les noms de la commune de Sonnay, du lieu-dit Sonnet et celui du ruisseau proviennent certainement de la même source car très proches les uns des autres. Le Sonnet se jette dans la Sanne.

 

 

      - 8 - Sonnay, 38150 Sonnay :

 

      En Isère il y a une commune appelée Sonnay. Du haut de cette commune, une vue magnifique avec table d'orientation permet de découvrir un large paysage sur 180° vers le sud-est. 

 

     Le dictionnaire topographique pour l’Isère p 338 nous indique : Sonnay : Commune du canton de Roussillon ; paroisse du diocèse de Vienne, église St Blaise. Il n’y a pas d’autre indications.

 

     Au XII ème le village s’appelait Sunnayo en latin et Sunnay en français, ce nom provenant de la divinité germanique Suna le soleil selon le « Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France » de Albert Dauzat, Charles Rostaing 1963 page 661. Le Bulletin de Académie delphinale de Grenoble 1889 série 4 volume 2 p. 141-142 parle d’un Humberto et d'un Willelmo de Sunnayo au XIIème siècle.

 

     Le ruisseau Sonne a donné son nom à la paroisse qui est devenue commune en 1794. On a trouvé près de Sonnay des vestiges de thermes romains dédiés à Hercule. En 1661 Nicolas Chorier nomme ce lieu Saunay et y signale une source thermale soignant la jaunisse et appelée Saint-Font. Le nom actuel est fontaine sainte Catherine. (« Histoire générale de Dauphiné » Chorier 1869 p 29 et « Etudes archéologiques sur les eaux thermales ou minérales de la Gaule » page 257 de J. G. H. Greppo). Sonnay est présente sous cette dénomination sur la carte de Cassini.

 

     Il existe un livre sur ce village : « Sonnay en Dauphiné, mémoires de mon village, des origines à nos jours » de Albert Flasseur 1999 édité par l’auteur. La commanderie hospitalière de Lachal est proche d'Anjou.

 

     La présence à moins d’un kilomètre de Sonnay d’un village nommé Anjou dont Sonnay dépendait en tant que fief pouvait nous intriguer. On y signale une baronnie, une motte castrale, un château et des vestiges du XII ème en ruines sous les vocables de Anjo, Anjolilo, Anjouja, Anjove, Anjoclo, Anjox… Le vocable d’origine viendrait du latin Angodès et la maison d’Anjou était une branche de celle des Roussillon. Le plus ancien seigneur connu de cette forteresse est Raimon d'Anjou (1120-1200) troubadour (en langue d'Oc).

 


 

    Il y a lieu ici de parler de la partition de l'Auvergne qui a eu lieu en 1147. Le Comte d'Auvergne héréditaire, Guillaume VII d'Auvergne s'est trouvé dépossédé à son retour de croisade de son comté par son oncle Guillaume VIII. Il garda néanmoins la partie est de son comté avec Montferrand (Clermont-Ferrand) comme capitale et Vodable comme résidence. Il se maria en 1150 avec Marquise d'Albon de Viennois fille de Guigues IV d'Albon dit Dauphin. Ils eurent pour fils Robert IV qui porta ainsi que sa descendance le titre de Dauphin d'Auvergne. Pour se maintenir au pouvoir, Guillaume VIII s'appuya sur Louis VII et Guillaume VII sur Henri II Plantagenêt son suzerain légitime. Robert IV était troubadour et a même échangé des vers avec Richard Cœur de Lion.

  

     Robert IV (1150-1234) était fatalement proche de Raimon d'Anjou (1120-1200) comme vassal de son beau père et troubadour comme lui. Tous deux étant proche d'un autre grand mécène de la poésie occitane, Richard Cœur de Lion (1157-1199). Des liens ont donc pu être possibles avec nos Plantagenêts surtout si l'on considère le désir d'Henri II de bloquer une intervention française sur le comté de Toulouse grâce aux possessions de Robert IV en Auvergne et en Velay ainsi que ses relations avec le Dauphiné. Par contre, la position du château d'Anjou et surtout de celle de Sonnay tourné contre Albon et sa tour, possession principale des dauphins de Viennois ne plaide pas pour cette hypothèse.

 

    Une autre piste plus probable est beaucoup plus ancienne, ce qui expliquerait pourquoi elle n'a pas laissé de traces dans l'histoire régionale, ce qui aurait été le cas pour une installation au XIIème siècle. En 870, le traité de Meerssen donnait à Charles le Chauve roi de Francie occidentale la possession du Lyonnais et du Viennois, ce que refusait Girart de Roussillon qui finalement en fut chassé à Noël 870. Il est probable que la place d'Anjou qui contrôlait la vallée du Rhône vis à vis des possessions restées aux mains de Girart de Roussillon ait été confiée à un proche de Eudes fils de Robert le Fort, d'Hugues l'Abbé ou même d'Ingelger, les trois hommes forts autour d'Angers (Andegavis à cette époque) ainsi qu'à leurs mercenaires saxons. Cette même hypothèse pourrait aussi expliquer leur présence en Beaujolais ou en Lyonnais comme vu au n°6.

 

      A l'appui de cette dernière thèse, Gerbera Grisgonelle d'Anjou fille Geoffroy Ier Grisegonelle et d'Adélaïs de Vermandois, soeur de Foulques Nerra et mère de Geoffroy Ier Taillefer d'Angoulème serait née vers 970 à Anjou - Rhône-Alpes !!! N'oublions pas que Geoffroy Grisegonelle était frère de Guy, évêque du Puy en Velay de 975 à 996 (à environ 100 km).