Autres fiefs capétiens

 

     Hors Bourgogne et Sancerre, il nous reste 11 occurrences à étudier pour le reste des fiefs dans la mouvance du roi de France.

 

Comté de Rethel

 

     - 1 - Fossé de Sauné, 08390 Le Mont-Dieu :

 

     Fossé dans la forêt domaniale du Mont Dieu. Au pied du Mont Dieu est une très belle Chartreuse classée du XVIIème fondée par Odon abbé de St Rémi en 1132. Saint Bernard y séjourna de 1139 à 1141, le pape Eugène III en 1148 et Thomas Becket en 1164. La forêt domaniale où est implanté ce fossé ne fait pas face à la frontière entre la France et l'Empire par rapport à l'emplacement de la chartreuse. Il serait donc abusif d'y voir une influence de la présence de Thomas Becket en ces lieux.

 

       Il faut par contre se reporter à l'histoire de Mouzon 08210 (page 250 et suivantes) pour comprendre que ce site puisse être antérieur à la Chartreuse et être attribué à Hugues le Grand entre 925 et 947. Voir Lorraine n°1.

 

Domaine royal

 

     - 2 - Saunais, 95110 Sannois :

 

      En région parisienne, la ville de Sannois était parfois nommée Saunais (« La navigation aérienne » de Arthur Mangin 1869 page 73).

     Si l’on s’en réfère à l’encyclopédie Wikipédia, « L'étymologie du nom de la ville de Sannois n'est pas très bien déterminée. Le nom viendrait de centum nuces, « cent noix » ou plutôt « cent noyers », la ville comptant alors beaucoup de vergers, et donc d'arbres fruitiers. Elle pourrait aussi avoir des origines celtes et provenir des mots « san » (herbe à fourrage) et « noue » (terre grasse). Une origine latine serait aussi possible avec le nom centinodium qui signifie cent mesures de bois de chauffage ». Rien à voir donc avec nos recherches.

 

     - 3 - Bois des Saunets, 45640 Sandillon :

 

      Le bois des Saunets est situé sur une ancienne île de la Loire qui s'appelait à l'époque l'Ile aux Bourdons du nom du seigneur propriétaire Pierre Bourdon en 1348. Sur cette île se trouve, tout près du bois des Saunets un château appelé Château de L'Isle (ci-contre). Les ruines de ce château du XVIème existent encore près des pépinières du domaine de Melleray. Le château a été construit au pied d'une motte plus ancienne.

 

     Ce château est sur la commune de Saint-Denis-en-Val qui est un village très ancien car on y trouve les restes de quatre habitations gauloises et que la première église y fut édifiée au VIème siècle. En 1022, le village appartenait à l'abbaye Saint-Mesmin-de-Micy dont la règle d'origine était celle rapportée d'orient par Saint Martin.

 

     Le bois des Saunets est sur la commune de Sandillon également très riche en histoire puisque gallo-romaine et que la mère de Jeanne d'Arc, Isabelle Romée s'y retira après 1429.

 

     Tous ces lieux sont très proches d'Orléans et participaient à la défense de la ville. On peut donc se demander si l'on est pas là sur une piste remontant à l'époque où Hugues l'Abbé, successeur de Robert le Fort dota Ingelger, l'ancêtre des comtes d'Anjou, de terres autour d'Orléans vers 886 avant que celui-ci ne reçoive une partie de l'Anjou de la part de Louis II le Bègue. La présence de défenses sur les îles de la Loire était alors primordiale pour freiner les raids Vikings.

 

Comté de Chateaudun

 

     - 4 - Saunay, 41160 Brévainville :

 

      Il existe un lieu dit Saunay dans la commune de Brevainville (41160) dans le Loir et Cher. C’est le siège d’une exploitation céréalière. Au XVIII ème siècle, le fief était commun avec celui du château de Thierville à Charray (28220) ayant appartenu aux familles « de Laage de Cerbois » originaire du Berry et « des Personnes » originaire de l’Orléanais. On peut citer également Marguerite du Coudray dame de Saunay et d’Escoman épouse de Jacques Courtin de Tanqueux (1655) et leur fils Alexandre Germain Courtin de Tanqueux écuyer seigneur de Saunay et de Thierville (1682). Le château de Thierville appartenait en 1241 à l’abbaye de Saint Florentin de Bonneval.

 

     Bien que Saunay soit inclus dans le comté de Chateaudun, il est probable qu'il ait été une position avancée du château de Fréteval ce qui le mettrait à la frontière du comté de Vendôme avec le comté de Châteaudun. C'est à Fréteval qu'Henri II se brouilla avec Thomas Becket et que Richard Coeur de Lion défit Philippe Auguste qui perdit à cette occasion les archives et le sceau de France. Des traces de fortifications  semblent visibles par photo aérienne près de Saunay. On peut en effet imaginer que Richard Coeur de Lion se soit empressé d'organiser la défense du site après la prise de la forteresse de Fréteval (Voir Vendôme n° 1, site symétrique au Saunay de Brévainville par rapport à Fréteval).

 

     Si l'on ne retient pas cette hypothèse, il faudrait remonter au temps où Charles le Chauve ordonna de fortifier la vallée du Loir face à l'avancée normande en 838. En 956, le vicomte de Chateaudun Geoffroy Ier était un Rorgonide proche des Robertiens. En 1003, Geoffroy II vicomte de Chateaudun était le frère d'Hugues du Perche, le plus ancien ancêtre des Plantagenêts.

Vicomté de Bourges

 

     - 5 - Les Senais, 18220 Sainte-Solange et Prairie des Senais, 18390 Moulins-sur-Yèvre :

 

     On ne peut ici invoquer les Plantagenêts puisque la vicomté de Bourges a été achetée par Louis VI le Gros en 1101 donc bien avant le mariage d'Henri II en 1152.

 

     Les deux sites de Senais font partie d'une ligne fortifiée qui protégeait l'est de Bourges. Cette ligne suivait le cours de la rivière Ouatier sur une crête légèrement surélevée. La présence y est très ancienne comme en témoigne le site archéologique de Chou où est présente une des fortification. Les forteresses connues sont le château de Grignon à Moulins sur Yèvre, le château de Chou, le château de Maubranche qui avait encore sa motte castrale en 1596 avant la restauration de ce château. On trouve peu au delà la prairie des Senais et Senais. Parallèlement à cette ligne est la voie romaine de Bourges à Sancerre appelée Chaussée de César ou Chemin Jacques Coeur que suit la Via Lemovicensis (ou route de Vézelay) vers Saint Jacques de Compostelle.

  

     A noter que le village de Sainte-Solange s'appelait Saint Martin du Crôt avant le martyr de la bergère patronne du Berry au IXème siècle. On y trouve des forges comme souvent près des Sonay.

 

     Tout proche, Tierceville avec ses bâtiments anciens non encore fouillés n'est pas sans rappeler la ville homonyme du Calvados près de Bayeux (13 Km) ! Ce sont les deux seuls lieux de France à porter ce nom. Est-ce une simple coïncidence que nous retrouvions ici les origines de nos Saxones Bajocassinos ? Senais n'évoque t'il pas les Sesnes ou Saisnes de Bayeux surtout au sein de la locution "Plaine des Senais" ?

 

 

     Après que Clovis aie vaincu les Wisigoths en 507 à Vouillé avec l'aide des Burgondes, l'est de Bourges est au contact de la frontière du royaume Burgonde que Thierry Ier fils ainé de Clovis attaque dès 511. La guerre entre les Francs et les Burgondes dura jusqu'en 534 soit 10 ans après la défaite franque de Vézeronce. Or nous avons vu fleurir des Sonay sur la frontière Wisigothe avant 507, il n'est pas étonnant que l'on retrouve nos combattants saxons en première ligne pour défendre la grande ville qu'était Bourges récemment conquise par Clovis. Les saxons de Bayeux ont en effet combattu aux cotés des rois mérovingiens de 486 à 590.

 

 

Comté de Nevers

 

     - 6 - Plaine de jeux des Senets, 58640 Varennes-Vauzelles :

 

      Ce nom désigne des parcs, jardins et terrains de sports à la porte de Nevers. Nevers existait du temps des gaulois et possédait avant 752 une abbaye Saint-Martin au centre de la ville. Un faubourg très proche des Senets porte le nom de Champs Martin. Plus loin, le village d'Urzy avait été donné par Charlemagne aux évêques de Nevers qui y construirent leur château au XVIIème. Senets était donc entre les possessions du comte et des évêques souvent en discorde. Un rapprochement avec les provinces de l'ouest peut éventuellement être envisagé lorsque Hugues V du Maine s'empara du comté de Guillaume II aidé par Henri Ier Beauclerc puis Geoffroy V Plantagenêt de 1101 à 1131.

 

     - 7 - Bois Sené, 58290 Moulins-Engilbert :

 

       On a peu de textes sur l'histoire de la ville de Moulins-Engilbert mais elle existait du temps des Romains avec les restes d'une villa et un château y est attesté au Xème siècle. Le Bois Sené est sur la face ouest du Montelvot qui culmine à 440 m. Il domine la ville située au bord du Guignon (220 m). A Moulins, le prieuré Saint-Hilaire-de-Commagny appartenait à l'abbaye Saint-Martin-d'Autun. Non situé au sommet et regardant vers la ville, il doit s'agir, comme en Anjou (n°5) ou en Poitou (n°2) de forêt coupée.

 

Seigneurie de Bourbon

 

     - 8 - Senais, 18600 Neuilly-en-Dun :

 

      Tout au sud du département du Cher, ce lieu était à la frontière du comté de Bourges avec l'Aquitaine. Sa position défensive n'est pas marquée car le pays est très plat et les moyens de défense consistaient plutôt en fossés-étang. Le pays dépendait du château de Liénesse au nord ouest de même que l'ancienne ville de Venoux, village médiéval fortifié qui a totalement disparu et dont les ruines sont inscrites aux monuments historiques. Senais est donc du coté Bourbon de la frontière. L'église de Bessais-le-Fromental, commune dont dépend Venoux est dédiée à Saint Martin et existait avant 1080.

 

      Le village d'Ainay-le-Château également en Bourbonnais, porte des fortifications médiévales et est l'une des 17 châtellenies du Bourbonnais. Les Plantagenêts n'ont pas été impliqués dans la région et l'on pourrait rattacher le lieu au ci- dessus n° 5, homonyme, datant de la défense est de Bourges sous les mérovingiens en continuité avec Dun-sur-Auron.

 

 

     - 9 - Les Champs Sonnets, 03500 Contigny :

 

Nord Auvergne - en vert du 1er au XIème - en bleu après le XIème - Les champs Sonnets sont au bout de la flèche.
Nord Auvergne - en vert du 1er au XIème - en bleu après le XIème - Les champs Sonnets sont au bout de la flèche.

      Le site des champs Sonnets est situé sur une hauteur qui domine l'ancien château médiéval de La Cour construit sur deux mottes féodales avec fossés en forme de 8, fief détenu par Renault de la Cour. Il domine également la commanderie de La Racherie, commanderie majeure Hospitalière de Saint Jean de Jérusalem édifiée au XIIIème siècle et soutenue par les Bourbons.

 

     Nous sommes là sur de la frontière entre l'Auvergne et le duché de Bourbon donc à la frontière de l'empire Plantagenêt après le mariage d'Henri II et d'Aliénor d'Aquitaine en 1152. Le site occupe une position défensive surveillant le confluent de la Sioule et de l'Allier. La région, dont le village de Saulcet tout proche, a été disputée entre les deux fiefs. Le site des Champs Sonnet semble indiquer qu'à l'époque, Contigny était restée proche de l'Auvergne et surveillait Verneuil-en-Bourbonnais éventuellement passée sous les Bourbons. La frontière y a été si mouvante que l'on ne peut être sûr de rien. Après partition de l'Auvergne en 1155 nous sommes ici dans la partie échue à Guillaume VIII qui a pris le parti de Louis VII. Les Champs Sonnets seraient donc antérieurs.

  

Comté de Toulouse

 

     - 10 - Senet, 46250 Pomarède :

 

      Lieu-dit de la commune de Pomarède sur un sommet de colline. Production de vin de Cahors.

 

     En 1159 Henri II envahit le Quercy. Cela est mentionné de la façon suivante dans wikipédia : " à la suite d'une rencontre avec le roi de France, Henri II considérait qu'il avait obtenu son accord pour une intervention. Il attaqua donc le comté de Toulouse mais apprit que Louis VII se trouvait alors dans la ville où il rendait visite à son beau-frère. Ne pouvant attaquer directement, le roi anglais pilla la région et s'empara du Quercy. L'épisode se révéla être un sujet de contentieux durable entre les deux souverains, et le chroniqueur William de Newburgh qualifia le conflit avec Toulouse de « guerre de quarante ans ». "

 

     Proche de la frontière entre l'Agenais et le comté de Toulouse, Pomarède a peut être servi de base arrière lors de cette attaque du Quercy.

 

     - 11 - Chants et Sonnets, 31590 Gauré :

 

     C'est le nom d'un lotissement moderne à l'est de Toulouse. N'a pas d'intérêt vis à vis de notre étude qui se devait cependant d'être exhaustive pour la partie relevant du panel de base.

 

    

Comté de Foix : pas d’occurrence

 



Comté de Roussillon et Conflent : pas d’occurrence ni de complément