Précisions sur Ingelger (~855 - ~888)

 

 

     Ce que nous savons d'Ingelger ancêtre des comtes angevins puis plantagenets provient de la Gesta Consulum Andegavorum. Ce texte sur l'histoire des comtes d'Anjou a été écrit au début du XIIème siècle soit trois siècles après le temps d'Ingelger. Les historiens considèrent cette partie du texte comme légendaire mais nous allons voir qu'il est tout de même intéressant de s'y attarder.

 

     Au XIIème siècle, les mots Ingelger et Engelger sont confondus par les textes comme cela est expliqué sur Wikimanche à propos du village de La-Chapelle-en-Juger et d'un Engelger du XIIème siècle qui en fait n'a rien à voir avec notre Ingelger. En effet, on peut y lire :

 

      " De nombreux documents de l'époque font figurer le nom d'Engelger de Bohon sous diverses graphies : Ingergerius de Boun 1157, Engelger de Bohun 1164, Engelgerus de Bohun 1172, Ingelgerus de Bohun, Engelger de Bohom 1180, Engeger[us] de Bohon 1195, Engeurerus de Bohon 1198, Enjuiger[us] de Bohun 1203, etc. Engelger est un nom de baptême médiéval d'origine germanique, qui représente la fusion de deux types différents :

  • Angilgari, combinaison des éléments angil-, lui-même susceptible de deux interprétations (« Angle », nom de peuple germanique, ou élargissement de ang-« pointe, lance ») et -gari « lance ».
  • Ingilgari, combinaison des éléments ingil- (élargissement de ing-, du nom du peuple germanique des Inguaeones), et -gari « lance ».

     L'évolution phonétique a anciennement confondu les deux initiales, de telle sorte qu'il est impossible de préciser à quel type se rattache ce nom. "

 

     Le Gaffiot page 818 définit les Ingaevones comme peuple germanique proche de la Baltique (comme les Saxons). Voir aussi  le wikipédia anglais qui rapproche ing de la syllabe eng de England et du dieu nordique Ygnvi-Freyr plus spécifiquement vénéré par les Saxons.

 

     Pour ma part, je préfère une explication étymologique plus simple en vieux saxon :

  • Engil,  "ange" suivi de Gēr, "année" soit "(né) l'année de l'ange".

     Engelger était en effet un prénom breton donné en l'honneur du bienheureux Engelger qui vécut au XIIème siècle et dont quelques détails sont fournis par "Vies des bienheureux et des saints de Bretagne". On y apprends  :

 

     13 janvier.  le bienheureux Engelger , abbé.

 

     Il s'unit au bienheureux Robert d'Arbrissel, et le seconda dans le bien qu'il fit dans l'ouest de la France. Lorsque le maître et les disciples se séparèrent pour fonder des établissements, Engelger se retira dans la forêt de Fougères dans le diocèse de Rennes.../... Pavillon, auteur de la vie de Robert d'Arbrissel, attribue au bienheureux Engelger deux ermitages qui existaient de son temps dans la forêt de Fougères. Le bienheureux mourut, vers 1108.

 

     Que de coïncidences quand la Gesta Consulum Andegavorum nous dit que le grand père d'Ingelger, un dénommé Torquatius, était forestier dans la forêt du "Nid de Merle" et trois siècles plus tard le bienheureux Engelger était ermite dans la forêt de Fougères soit à quelques kilomètres de la forêt du Nid de Merle où un autre disciple de Robert d'Arbrissel, Raoul de la Futaie fonda l'abbaye du même nom et dont la première abbesse est la sœur d'Etienne de Blois roi d'Angleterre entre Henri Ier Beauclerc et Henri II Plantagenet. Alors que, l'abbaye fondée par Robert d'Arbrissel, Fontevraud, devient l'abbaye préférée des Plantagenets issus des ingelgériens !

 

     La Gesta Consulum Andegavorum nous indique aussi que Torquatius était opposé aux Bretons et qu'il prit la place de Normands chassés de la région par Charles le Chauve il n'était donc ni Breton ni Normand. Or on a vu ci-dessus que son nom est d'origine germanique, peut être saxonne mais pas romane. D'autre part la forêt du Nid de Merle n'est pas éloigné du Bessin d'où les Saxons ont été exilés à peu près à cette époque (avant 900).

 

        Un texte de Karl Ferdinand Werner nous éclaire sur l'origine des grandes familles franques qui ont aidé les carolingiens à diriger la Neustrie : les Robertiens, les Welf, les Widonides, les Hattoniens, les Ottoniens... Nous tirerons de cette lecture 4 points rapprochant la Neustrie d'Ingelger de la Saxe :

  1. Un proche saxon de Charlemagne dirige en 785 une conjuration de princes de l'est du royaume franc. Son nom est Hardradus très semblable à celui des Hattoniens Hardré vicomtes de Tours en 898. Les vicomtes de Tours se succédant, Atto également vicomte de Preuilly en 878, Hubert vicomte d'Angers en 888, Hardré vicomte de Tours, Foulques Ier vicomte de Tours et d'Angers et fils d'Ingelger ont tous des prénoms de la famille des Hattoniens qui ont donc peut être des origines Saxonnes.
  2. En 832 Le Hattonien Banzleibs est comte du Maine puis en 838 Louis le Pieux le nomme comte et marquis de Saxe. Avec ses frères Adalbert comte de Metz et Hatto comte de Nassau il s'opposa à Louis le Germanique.
  3. En 915 Ermengarde de Nantes, petite fille de Lambert III épouse Billung de Stubenskorn et lui assurera une longue génération de comtes saxons. Billung fut vicomte des marches de Billung de la même façon que les Lambert et les gui Widonides furent vicomte des marches bretonnes. 
  4. Deux sœurs filles d'Henri l'Oiseleur, duchesses de Saxe ont épousé des dirigeants de Neustrie : en 937 Hedwige de Saxe épouse Hugues le Grand, elle est mère d'Hugues Capet roi des francs en 987 - en 941 Gerberge de Saxe épouse Louis IV d'Outremer roi de Francie occidentale.

     Des recherches généalogiques récentes donnent Pétronille d'Auxerre de la famille des Welf comme mère d'Ingelger. Il serait ainsi par sa mère petit fils du Welf Conrad Ier de Bourgogne, et par conséquent neveu d'Hugues l'Abbé et par alliance de Robert le Fort. Son arrière grand mère Heilwige de Saxe serait ainsi saxonne, fille (?) du plus célèbre de leur guerrier Widukind.

 

 

     

Welf Ier de Bavière

Heilwige de Saxe

     
     

Conrad I de Bourgogne

Adélaïde de Tours

     
Conrad II de Bourgogne Hugues l'Abbé

 

Eudes de Troyes

Pétronille d'Auxerre

Tertulle de Gatinais

Welf II Robert I de Bourgogne

Emma

Robert le Fort

      Ingelger    

 Robert Ier

et Eudes

 

     Un document des archives du Maine et Loire le présente d'ailleurs comme le digne successeur des maîtres d'Angers depuis le comte Paul en passant par Roland, Robert le Fort, Hugues l'Abbé, Eudes. Dans cette succession prestigieuse, il était tout à fait logique qu'Ingelger, très proche des saxons n'aie pas hésité à reprendre les habitudes castrales de ce peuple que ses successeurs vont si bien développer.